The Gloaming… Ce moment de la journée où le soleil vient de se coucher et avant que le ciel ne soit complètement sombre. Entre chien et loup…

Allons droit au but : The Gloaming, ce n’est pas du jazz. The Gloaming (exemple : ‘Doctor O’Neill’ sur YouTube) se situe à un pas de Gretchen Parlato et Dayna Stephensbold take on Wayne Shorter’s ‘Juju’ qui sont eux considérés comme faisant partie du jazz. Alors où se situe la frontière ? Où la dessine-t’on ? Est-ce l’absence de batterie, la basse et le cor qui font que le son ne serait pas jazz, du moins comme on l’entend habituellement ?

Disons juste que, comme nombre de groupes de jazz contemporains, The Gloaming refuse l’appartenance à une catégorie, transcendant toute classification. C’est ainsi. Et c’est simplement beau. Le groupe se décrit comme proposant “une nouvelle voie reliant la riche tradition du folklore irlandais à la scène musicale contemporaine new-yorkaise».

J’eus le privilège de voir le quintet en concert au théâtre Athénée-Louis Jouvet à Paris, le 27 février dernier. Ils fêtaient la sortie de leur troisième album,  The Gloaming 3 ,à l’invitation du Centre Culturel Irlandais de Paris, qui est essentiellement un levier de la Culture Irlandaise, l’agence gouvernementale irlandaise pour la promotion de la culture irlandaise dans le monde. L’Irlande sait comment traiter ses fils prodigues : les 7 prochains concerts du groupe à Dublin affichent complet, de même que le concert prévu au Carnegie Hall de New York en avril prochain.

 

 

 

©Photo Conor Horgan 
La musique de The Gloaming peut s’identifier au jazz par d’autres aspects. D’abord elle s’appuie sur une forte tradition musicale qu’elle secoue dans tous les sens. Tout comme le musicien jazz qui doit connaître ses grilles d’accords par coeur, de manière à exécuter des solos pleins de sens dans n’importe quelle direction, ces musiciens ont une profonde et intime connaissance de la musique traditionnelle irlandaise, ce qui leur permet de s’en emparer, de multiplier les expériences et de jouer avec ses codes. Quatre des cinq musiciens viennent de cet univers de la musique traditionnelle Irlandaise.“une tradition suffisamment puissante pour qu’on puisse jouer avec elle et l’enrichir.  “
The ‘odd man out’, le pianiste Thomas Bartlett de New York , participe à l’abolition des principes propres à ce genre, parce qu’il ne vient pas de la musique traditionnelle. Il vient de la musique contemporaine de la scène New-Yorkaise et ainsi estompe les différences. Cette musique est rendue ainsi très fluide et les émotions qu’elle véhicule, demeurent universelles.

Deuxièmement, The Gloaming est largement basé sur l’improvisation et les paroles proviennent souvent de la poésie. Il y a le thème mélodique, puis les solos, puis à la fin une reprise du thème. Les impros solos rebondissent sur le tremplin du thème mélodique et vont à des endroits bien au-delà du familier, d’une manière différente à chaque fois. La section rythmique de The Gloaming est composée du piano et de la guitare. Mais le martèlement du maestro violoniste et leader du groupe, Martin Hayes, ressemble beaucoup au son du bodran, le tambour irlandais traditionnel. Ils impriment le rythme, menant souvent avec ferveur à un point culminant jubilatoire. Les solos dépendent de l’énergie collective qui s’exprime sur  scène et entre le public et la scène, des forces invisibles de l’énergie humaine. Un homme, parmi les spectateurs parisiens a dû se lever et commencer à bouger et crier, lors du dernier morceau, il ne pouvait plus se contenir.

Les musiciens eux-mêmes sont presque constamment en mouvement, se balançant, se penchant en avant, surtout pendant leurs solos. (Cela vous semble-t-il familier, fans de jazz?) Ils sont si brillamment concentrés qu’ils semblent être dans une sorte de transe, canalisant des sons et des poèmes venus de l’au-delà. Nous, les spectateurs, sommes les témoins privilégiés du paradoxe exquis qui se produit lorsque des musiciens contrôlant et maîtrisant totalement leurs instruments, soudain lâchent prise et deviennent possédés par une force, indépendante de leur volonté, communiquant les uns avec les autres au sein de cette transe. Le tiraillement improvisé qui se produit entre Ó Raghallaigh et Bartlett sur les côtés opposés de la scène crée un champ magnétique aussi palpable qu’hypnotisant.

Troisièmement, le but premier de la musique irlandaise traditionnelle était de donner la parole à un peuple opprimé. Comme pour dire “vous pouvez nous priver de notre langue, vous pouvez nous enlever notre liberté, mais vous ne pouvez pas nous déposséder de notre musique”. Si vous connaissez les racines du blues et du jazz, cela vous semblera très familier. La nécessité de la musique est ce qui lui donne son dynamisme et sa force. Cette musique n’est pas le résultat d’un caprice royal ou d’un divertissement léger pour une élite privilégiée. C’est un tollé collectif, un besoin fondamental d’exprimer la peine de vivre et la joie de vivre. À la fois cathartique et édifiant. The Gloaming tient le flambeau de cette envie primordiale de chanter le blues et se permet de rompre avec les habitudes, de contourner les règles (et les notes !) Et de créer de nouvelles choses. Le résultat est poignant, progressif et intemporel.

Comme le souligne Quincy Jones, “oubliez les différents genres de musiques ; au final, cela se résume à deux types de musiques : la bonne musique et la mauvaise musique. The Gloaming appartient clairement au premier.

Le line-up:

Martin Hayes (violon et band leader), Iarla O Lionáird (voix), Caoimhín Ó Raghallaigh (violon Hardanger ), Dennis Cahill (guitare), Thomas Bartlett (piano).

The Gloaming is a wonderful mix of soulful and passionate talents who have created their own genre.”

Peter Gabriel

 

©Photo cover  & header, Julien Mouffron-Gardner

 

 

 

 

 

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