Dans le lointain Pays du Val d’Adour, une fois par an, le petit village de Marciac se transforme. Les rues s’animent pour accueillir une marée d’hommes et de femmes de tous âges, venus des quatre coins de la France pour donner vie à un formidable festival. Jazz in Marciac enchante la région tous les étés depuis plus de quarante ans, déjà ! 

Sur la grande place centrale, se retrouvent chaque année artisans, commerçants, bénévoles, musiciens et festivaliers. Laurine, croisée dans les rues marciacaises se confie : “je viens au festival depuis que je suis toute petite, avec mes parents. Maintenant que je suis grande, je viens en tant que bénévole !” Ce type de témoignages ne sont pas rares, parmi les habitués du JIM. Il faut dire qu’il y a à faire à Marciac ! Bien que l’immense Chapiteau et la belle Astrada en soient les attraits principaux, le festival est très loin de s’y limiter.

La musique est partout !

La musique est partout, dans presque tous les restaurants, et le magret de canard aussi. Galeries, expositions, cinémas, lectures, conférences, jam sessions abondent. Sous le soleil d’août, Marciac est une fête. 

Au Chapiteau, c’est Angélique Kidjo qui ouvre la soirée du samedi 6 août, aux côtés d’Allen Hoist au saxophone et aux chœurs, Philippe Slominski à la trompette et au bugle, Thierry Vatton au piano, Dominic James à la guitare, Rody Cereyon à la basse, Edgardo “Yayo” Serka à la batterie et Magatte Sow aux percussions. Ils présentent l’album Celia sorti en 2018, hommage à l’étoile de la salsa, Celia Cruz. 

Arrangés dans le style afrobeat et jùjú, les titres illustres s’enchaînent : “La vida es un carnaval”, “Toro mata”, “Yemayá”, “Bemba colorá”…  Les liens profonds entre la salsa et la musique venue d’Afrique sont ainsi mis en évidence. 

Habillée d’un magnifique vêtement orange orné de feuilles bleues et de fleurs blanches, les cheveux très courts, Angélique fait l’effet d’une bombe sur la scène du Chapiteau. En plus de chanter, la béninoise danse comme si sa vie en dépendait. Elle impressionne par sa vivacité et sa capacité à parler à la foule, à qui elle adresse un message écologiste. L’excitation est à son comble quand la chanteuse invite les auditeurs à rejoindre sa danse sur scène. Le groupe quitte la salle sous les acclamations du public, qui en redemande encore.

Des spectateurs essoufflés accueillent le Manu Dibango & Soul Makossa Gang, composé de Manu Dibango au saxophone et à la voix, Julien Agazar aux claviers, Raymond Doumbe à la basse électrique, Guy Nwogang à la batterie, Patrick Marie-Magdelaine à la guitare, Isabel Gonzalez et Valérie Belinga aux chœurs et la jeune Manou Gallo à la basse, en invitée. 

Le voyage dans des contrées ensoleillées se poursuit, en cette deuxième partie de soirée, puisque Manu nous dit vouloir nous inviter « à faire un tour entre les Caraïbes et l’Afrique” !  Variant entre ambiances planantes et funk dansant, le groupe s’amuse sur scène, chante et danse au rythme de riffs impeccablement mis en place. 

Le public s’extasie en fin de concert à l’écoute du tube de Papa groove qui donne le nom à son groupe : “Soul Makossa”. Les festivaliers se sont réjouis de cette soirée tropicale en plein cœur du Gers.

Le lendemain, après une journée passée à découvrir le village et parcourir les nombreux étalages des artisans, on s’empresse de nouveau à l’entrée du Chapiteau pour un nouveau rendez-vous de musique nocturne.

Le pianiste azéri Shahin Novrasli lance les hostilités, accompagné de son trio, constitué de Samuel F’hima à la contrebasse et Josselin Hazard à la batterie. Les trois musiciens dialoguent sur un pied d’égalité, tantôt avec fureur, tantôt avec finesse. La musique est belle et inspirée. Batterie et contrebasse se défont de leurs rôles traditionnels d’indicateurs du rythme et de l’harmonie. Ils flottent tout autour, nous laissant dans l’incertitude… Shahin, lui, se contorsionne sur son siège et mugit de temps à autres, pris par l’émotion de son jeu. L’ambiance est méditative et mystique ce soir sous les lumières bleutées du Chapiteau. Le public est saisi, le trio récolte une standing ovation bien méritée.

L’attendu quartet d’Ahmad Jamal est programmé pour la suite. Petite surprise peut-être pour les inconditionnels de At the Pershing : Ahmad Jamal ne joue pas swing avec James Cammack à la contrebasse, Herlin Riley à la batterie et Manolo Badrena aux percussions.

Sobrement habillé, avec un col très haut, il porte des lunettes avec des verres bleus. Du haut de ses 89 ans, il avance d’un pas lent et mal assuré. On croirait voir maître Yoda arriver sur scène. Mais, une fois installé au piano, c’est bien le Jedi du jazz qui apparaît ! En pleine possession de ses moyens, il dirige ses musiciens avec autorité et bienveillance. Il les pointe du doigt, leur indiquant quand c’est leur tour de prendre un solo, et se délecte de ce qu’entendent ses oreilles. Son jeu à lui est énergique aussi bien que délicat, et truffé de citations. Nous reconnaissons dans ses interprétations des bouts de “Summertime”, “The surrey with the fringe on top”, “The Sidewinder”, “I got rhythm”… 

Nous sommes devant une autorité. De celle qu’il appelle la musique classique américaine. Au bout d’une heure de concert, il se lève pour clore la soirée. Mais, acclamé par l’assemblée enfiévrée, il est gagné par l’enthousiasme et nous offre un rappel d’une demi-heure pendant lequel il continue de mettre à l’honneur le Great American Songbook. Le ravissement est tel sous le Chapiteau, que dans le cœur de chacun s’exprime le souhait de voir Ahmad Jamal revenir à Marciac. 

Le lundi 5 août la soirée promet deux concerts très éloignés l’un de l’autre. La première partie est assurée par le trio post-bop du pianiste italien Antonio Faraò, avec Ira Coleman à la contrebasse et Mike Baker à la batterie. Contrairement au trio de Shihan entendu la veille, le piano est clairement mis en avant par rapport à la contrebasse et la batterie, nous sommes sur un jeu plus individualiste. Antonio nous sert d’abord un jazz énergique aux tempi effrénés, puis, ensuite, des compositions lentes, très douces, dédiées à ses enfants. 

La deuxième partie, si elle propose une musique bien différente, va elle aussi nous parler de famille, et d’amour. À 22h30, le grand groupe de Gilberto Gil débarque sur scène : Gilberto Gil, donc, à la guitare et à la voix, Thiagô Queiroz au saxophone et à la flûte, Diogo Gomes à la trompette et au bugle, Bem Gil à la guitare et aux chœurs, Danilo Andrade aux claviers et au piano, Bruno Di Lullo à la basse, Jose Gil à la batterie, Domenico Lancellotti aux percussions et Nara Gil aux chœurs. 

Trois des enfants de l’ancien ministre de la culture brésilienne sont sur scène avec lui ! Tous vêtus de couleurs pastels, ils commencent par jouer le dernier album de Gilberto : OK, OK, OK. Il s’agit de très belles chansons à texte, avec des arrangements féeriques, où il y a peu de place laissée à l’improvisation. 

Gilberto, dans un très bon français, prend le temps, entre chaque morceau, de nous expliquer de quoi parlent ses chansons : la famille, l’amitié, l’amour… Il rendra aussi hommage au récemment disparu João Gilberto avec un morceau qu’il joue en solo, “Se eu quiser falar com Deus”, à la guitare et à la voix. Sous le Chapiteau règne le silence, et l’émotion. Après un début de concert très intimiste, il est temps de changer d’ambiance : les musiciens, jusque là assis, se lèvent, les projecteurs mutent leurs lumières bleues et vertes pour des couleurs plus chaudes et Gilberto troque sa guitare acoustique contre une guitare électrique. 

Suivent une série de titres entraînants dans le style MPB (musique populaire brésilienne), connus des fans du groupe. En invitée surprise, arrive sur scène une fillette d’une dizaine d’années pour chanter un morceau, la petite-fille de Gilberto. Elle démontre déjà beaucoup de talent et d’aisance dans son rôle de chanteuse. Décidément, chez les Gil, la musique est bien une affaire de famille ! La soirée s’achève dans une ambiance dansante et festive avec le tube inoubliable : “Toda menina Baiana

La suite des aventures gasconnes dans l’épisode 2… 

©Image Header : Marciac Plaisance tourisme / Pixabay

©All Photos Laurent Sabathé

 

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