Le Nice Jazz Festival, désormais septuagénaire, est une manifestation bicéphale.

D’un côté, une scène (Masséna), uniquement dédiée aux locomotives destinées à attirer la grande foule. Souvent très éloignées du jazz…

De l’autre, le théâtre de Verdure où, lors de ce millésime 2019 s’est succédé la relève du jazz, avec notamment l’étourdissant Christian Sands (piano), Makaya McCraven (batterie) et plusieurs éléments de la scène jazz londonienne actuelle comme Nubya Garcia.

La citation de William Shakespeare, « le passé est du prologue » s’adapte totalement à Christian Sands, 30 ans. Découvert au sein de la formation du contrebassiste Christian McBride, le jeune pianiste – élève de Jason Moran à la Manhattan School of Music de New York – à la tête de son trio – Yasushi Nakamura (contrebasse) et Clarence Penn (batterie) – a évoqué avec cœur et âme de belles pages de l’histoire du jazz.

Pas question pour cet élégant virtuose de reprendre tous les poncifs néo-« evansiens » très à la mode actuellement chez certains de ses alter ego. Pas question non plus d’être le pianiste qui joue « plus vite que son ombre » en favorisant souvent une technique trop démonstrative et ennuyeuse au souffle vital et à une véritable noblesse. Pas question d’être un clone ou un ersatz.

En quelque sorte, Christian Sands est l’héritier.

L’héritier de l’histoire du piano d’Art Tatum à Kenny Barron en passant par Oscar Peterson, Bud Powell, Thelonious Monk et tant d’autres. Il a tout compris, assimilé, ingéré et digéré de l’esprit des plus grands.

Et dans la folie de sa jeunesse, il n’hésite pas avec son phrasé, son touché, l’élégance de sa main droite et son style en général empreint d’originalité et de spontanéité à citer le grand maître Thelonious Monk, avec Blue Monk, pour terminer en beauté une de ses propres compositions lors de son set.

A la fois, évocateur et explorateur aux commandes d’un trio absolument remarquable, il était tout à fait normal qu’une « standing ovation » (la seule de toute l’édition 2019 du festival !) salue une prestation fantastique, pleine de swing, de feeling et de générosité.

Le groove forme la jeunesse

Le batteur Makaya McCraven, né par hasard à Paris – d’un père batteur qui a joué avec Archie Shepp et d’une mère flûtiste d’origine hongroise – est devenu depuis une des figures majeures du jazz vivant actuel de Chicago (Chicago ? Rappelez-vous de l’AACM et de l’Art Ensemble of Chicago, il y a plus de 60 ans….. !) et surtout un des fers de lance de cette nouvelle forme de « jazz » (la Great Black Music de ses prédécesseurs ?) aux contours plus que variés.

C’est dans une formation où brillent notamment un autre Chicagoan, Marquis Hill (trompette) et une harpiste, Brandee Younger (quand même quelque peu submergée dans la mêlée sonore), que le leader, âgé de 35 ans, propose une musique qui ressemble étonnement à une énorme rouleau compresseur balayant et écrasant tout sur son passage. Ici, peu de temps morts, peu de respiration. Rien que du souffle en continu. Toujours et encore.

A l’image d’une confrérie du souffle et des rythmes qui délivre son message aux allures extatiques dominé par la pulsation.

Le souffle est également l’ingrédient de base de la toute jeune saxophoniste-ténor britannique Nubya Garcia.

Née à Camden (un des quartiers de Londres, il a 28 ans, la jeune femme aux origines caribéennes et qui est active dans plusieurs formations, est une des représentantes de cette nouvelle et originale scène jazz londonienne dont la caractéristique principale est de pratiquer une forme de jazz post-John Coltrane voire surtout post-Pharoah Sanders.

Les fameuses « cascades de notes » (« Sheets of sound » chères à Ira Gitler) sont de retour, rajeunies, avec des accents afro-beat explosifs qui pourraient donner naissance à une sorte « d’afro-free-beat », s’il fallait tenter de définir la musique de Mademoiselle Garcia.

Une jazzwoman à suivre…

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