Hit Couleurs JAZZ

… Quand deux monstres sacrés du jazz africain se rencontrent pour un projet unique. Une idée qui émergea dans les années ’70, un rendez-vous en 2010 pour commencer à planifier le travail, des rencontres et des enregistrements. Puis Hugh Masekela disparait en 2018.  Et le 20 mars 2020, l’album est finalement dans les Bacs !

Mais coup du sort qui poursuit ce projet et Corona oblige, les bacs sont au moment où je rédige cette chronique, et où sort justement l’album, clos. Aussi il était important que nous puissions vous faire goûter sans plus attendre ce diamant, cette pépite africaine, « Hit couleurs Jazz Media », et à l’écoute sur Couleurs jazz Radio.

Hugh Masekela est l’une des figures les plus importantes du Jazz Sud-Africain (avec Abdullah Ibrahim entre autres), à qui, enfant, un homme d’Église offrit une trompette ayant appartenu à Louis Armstrong. Il fit ses études et ses armes à la Guildhall School of  Music de Londres avant de s’envoler pour les Etats-Unis où il fut rapidement remarqué par Harry Belafonte, Dizzy Gillespie et Miles Davis.  On lui doit des titres comme  Grazing in the Grassou Bring Him Back Home, l’Hymne du mouvement de libération de Nelson Mandela, ou encore Soweto Blues, chanté alors par son ex femme, Miriam Makeba.

Il milita une partie de sa vie pour les valeurs d’égalité pour la musique Africaine et contre l’Apartheid.

Tony Allen, Nigérian,est un grand batteur respecté du milieu du jazz, il estco-fondateur de l’afrobeat (avec son maître et ami Fela Anikulapo-Kuti). Ilfut reconnu en France très tôt, puisqu’il enregistra pour le label électro Comet Record avec entre autres les frères Belmondo.

Les deux protagonistes qui s’étaient donc rencontrés grâce à leur ami commun Fela Kuti, envisageaient depuis les années 70 de faire ensemble un album Afro Beat.

©Photo Gavin Rodgers

Ce sont ce genre de paroles qui restent longtemps en l’air et auxquelles on croit sincèrement et que les vols interplanétaires, à cause des tournées mondiales qu’ils effectuent chacun de leur côté, demeurent longtemps repoussées.

Car malheureusement, même si Hugh Masekela et Tony Allen se croisent régulièrement sur le circuit des festivals européens, il est difficile de fixer des dates de studio. “A chaque fois qu’on se rencontrait, il me demandait : “Qu’est-ce qui se passe avec ce projet ? Je lui répondais : “Je ne sais pas“.

Et ce jusqu’à ce qu’en 2010, ils se retrouvent tous les deux en tournée au Royaume-Uni. Rendez-vous est alors pris dans les studios Livingston du producteur Nick Gold, qui profite de l’occasion pour enregistrer leur rencontre. Les sessions inachevées, constituées uniquement de compositions originales du duo, ont été archivées jusqu’à la mort de Hugh Masekela en 2018.

Suite à cet évènement, Tony Allen et Nick Gold se sont résolus à terminer l’enregistrement.

Tony Allen d’ajouter : Finalement, j’ai demandé à Nick si je pouvais entendre les bandes, et cela a relancé le projet. Malheureusement, Hugh est décédé peu de temps après.”

Avec la bénédiction et la participation de la succession de Hugh Masekela, ils déterrent les bandes et l’été 2019, ils retournent dans le même studio de Londres où les sessions originales ont eu lieu pour finaliser l’album.

©Photo Hugo Glendinning & Gavin Rodgers

Tony Allen, (comme nous !) se déclare très heureux de l’album définitif et reste flegmatique sur la durée prolongée de sa conception. “Dix ans, c’est long du début à la fin d’un album, mais ma propre philosophie est que tout finit par arriver au bon moment, pour une raison…”

Il ajoute à propos du dernier titre de l’album, We’ve Landed. “La chanson est dédiée à la jeunesse d’aujourd’hui. Les paroles s’adressent à des personnes de 17, 18, 19 ans, qui lentement deviennent des adultes, découvrent qui elles sont et réalisent que c’est au tour de leur génération d’agir !

Ils sont accompagnés alors par la fine fleur de la jeunesse jazz actuelle :

Tom Herbert ou Mutale Chashi  de Kokoroko à la basse, Elliot Galvin ou  Joe Armon-Jones d’Ezra Collective, aux claviers, Steve Williamson au saxophone tenor, Lekan Bablola aux percussions, Lewis Wright au vibraphone.

Une réunion de styles musicaux africains puissants, fondateurs, un dialogue jubilatoire qui swing entre Nigeria et Afrique du Sud. Les frontières sont abolies, les sources se rejoignent dans un même fleuve de rythmes et de notes envoutantes.

Les voix de Hugh Masekela sur Robbers, Thugs and Muggers (O’Glajani) en langage  Zoulou, Never (Lagos Never Gonna Be The Same) en Anglais, ou Jabulani (Rejoice, Here Come Tony) et de Tony Allen sur We’ve Landed, le titre qui clôt l’album, nous emportent.

On se sentait vraiment bien“, se rappelle Tony Allen à propos des enregistrements des premières sessions. “Nous pensions tous que nous allions poursuivre avec des overdubs de percussions, de claviers, de voix et ainsi de suite. C’était une idée excitante.”

Rejoice est-il un album d’Afrobeat ?

Bonne question… On ne retrouve pas ce mélange explosif ouest-africain et hyperpolitisé de funk, de polyrythmies débordantes et de jazz. Mais Rejoice propose une autre vision, que l’on pourrait qualifier d’Afrobeat de chambre, comme il existe une musique classique de chambre ; un Afrobeat minimaliste par rapport à une musique résolument maximaliste, avec des faders sur les guitares poussés à zéro et des voix assez discrètes, de sorte que sont poussées sur le devant de la scène, les percussions de Tony Allen, les hochets de la caisse claire et les syncopes de la charleston qui rythment en harmonie le souffle des cuivres de Hugh Masekela.

Ainsi nous avons l’impression d’écouter cette musique au centre de l’orchestre, ce qui constitue une formidable expérience.

À la fin de “Slow Bones“, le son du bugle s’éloigne, comme si Hugh Masekela avait quitté la pièce tout en continuant à jouer.

Note :

Tony Allen devait  interpréter les chansons de Rejoice avec un groupe spécialement constitué lors de concerts et de festivals tout au long de l’année 2020, dont deux concerts intimes à Londres au Church of Sound les 12 et 13 mars et la date de clôture du Festival Banlieues Bleues le 3 avril à l’Embarcadère à Aubervilliers… Mais voilà.

Rejoice est un album WORLD CIRCUIT RECORDS

©Photo Header : Brett Rubin & Bernard Benant

Leave a Reply

Pin It on Pinterest