
Quand on pense aux rapports entre le jazz et la musique africaine moderne on cite souvent des artistes décédés tels que le Nigérian Fela Ransome Kuti, le Sud-Africain Hugh Masekela ou le Camerounais Manu Dibango, qui tous ont réalisé un mix entre le langage du jazz et l’improvisation et les rythmes et mélodies de leurs pays d’origine.
Le Ghanéen Peter Somuah est plus jeune que ces prédécesseurs mais il a lui aussi réussi à opérer une fusion entre le style « highlife », né dans les années 60 dans son pays natal, et le jazz de Miles Davis ou de Freddie Hubbard.
C’est dire que sa musique a un pied dans la tradition locale de ses origines et un autre dans le dialecte universel du jazz moderne.
Cette double appartenance se manifeste dans le fait que les sidemen de Somuah sont tous néerlandais — puisque le trompettiste réside depuis un certain temps à Rotterdam — et dans l’autre élément qui est que Somuah a fait intervenir sur certains titres des chanteurs ghanéens du highlife historique qu’il est allé enregistrer sur place et un guitariste également ghanéen qui contribue amplement au balancement chaloupé de quelques morceaux. Fusion réussie, donc, pour un album enregistré à Berlin — ville fort peu tropicale — dans les conditions du live qui lui confèrent un son chaleureux et direct, loin de toute production excessivement sophistiquée.
Il est difficile de résister à l’envie de claquer des mains ou de danser sur cette musique entraînante qui peut aussi s’écouter tranquillement tant elle recèle des richesses mélodiques qu’on peut apprécier sans bouger son corps.
C’est que le trompettiste est un véritable improvisateur à la sonorité tantôt ouatée tantôt plus incisive et ses solos — qui évoquent parfois le regretté Roy Hargrove — s’écoutent tous avec grand plaisir.
Le groupe qui l’entoure a totalement intégré l’esprit de la musique que Somuah entend créer au croisement de deux styles, et ils réussissent l’exploit de donner l’impression de jouer sous les baobabs et les tamariniers.
Voici donc une musique d’une grande fraîcheur d’inspiration et d’une facture resplendissante et tout à fait convaincante. On sait que le jazz vient en partie de l’Afrique. Quand cette dernière fait un retour vers cet idiome qui lui doit tant, les réussites sont nombreuses.
Le « Highlife » de Peter Somuah en est un bel exemple et on attend avec impatience de pouvoir l’écouter sur scène.
Musiciens :
Peter Somuah : trompette, voix, cloche
Jesse Schilderink : sax ténor
Anton de Bruin : claviers, Fender Rhodes, synthétiseur
Marijn van de Ven : contrebasse, basse électrique
Jens Meijer : batterie
Danny Rombout : congas, shekere
Thomas Botchway : talking drum, shekere
Bright Osel Baffour : guitare
Lamisi Akuka, Pat Thomas, Gyedi-Blay Ambolley : voix
Highlife, Hit Couleurs Jazz est sorti sous le label Act Records, le 1er novembre 2024
©Photo Header Patrick Kenawy



















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