
Laurent de Wilde, pianiste, a bien voulu poursuivre cette série des fameux portraits-questionnaires de Proust, légèrement revisités Couleurs Jazz…
Une manière originale de monter les premières marches de l’univers de ces formidables musiciens de Jazz, artistes de notre siècle.
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–Quel est pour vous le comble de la misère musicale ?
D’assister à un concert si gigantesque qu’on n’entend ni ne voit rien (genre stade de France).
-Où aimeriez-vous vivre ?
Je suis content d’habiter à Paris, je trouve que c’est une belle ville, créative, inspirante. Même si parfois, comme le dit le slogan, le Parisien, il vaut mieux l’avoir en journal.
-Votre idéal de bonheur terrestre ?
Des concerts, des disques, des livres, ma famille et mes amis jamais loin, avec, allez soyons fous, une petite maison sur la côte bretonne pour voir passer les quatre saisons en une journée.
-Pour quelles fausses notes avez-vous le plus d’indulgence ?
J’ai envie de répondre comme Monk : les mauvaises fausses notes, mais ce serait tricher, alors je dirais celles qui ne cassent pas le mouvement général de la musique. Ce qui est bien dans la musique live, au contraire par exemple de la peinture ou de la littérature, c’est qu’elle avance dans le temps et ce qui est laissé derrière ne doit plus avoir d’importance.
–Quels sont les héros de roman que vous préférez ?
Le Concombre Masqué de Nikita Mandryka (c’est une BD mais ça vaut quand même).
–Quel est votre musicien classique favori ?
–Vos héroïnes ou divas favorites dans la vie réelle ?
Lady Gaga me laisse pantois. Elle chante et joue du piano vraiment très bien, c’est une excellente comédienne, elle s’habille très bien et elle me surprend toujours par son aplomb de pure diva en même temps très concrète, pour moi elle coche toutes les cases. Sinon il y a toujours Joséphine Baker, merveilleuse jusqu’au bout.
–Vos héroïnes dans la fiction ?
Julia Ségovie dans Le dimanche de la vie de Raymond Queneau.
-Votre peintre favori ?
Sans doute Mark Rothko. Ses couleurs m’aspirent. Et le Douanier Rousseau.
-Votre musicien de jazz favori ?
Alors là je déclare forfait… c’est comme de demander à un père lequel de ses enfants il préfère…mais pour le jazz j’ai envie de dire : le prochain ! Heureusement, nous jouons une musique qui se réinvente continuellement, et pour ne citer qu’un exemple, regardez Sullivan Fortner qui est en train de s’installer tranquillement dans une sorte de pérennité évolutive reconnue par à peu près tout le monde. Et il n’y a bien sûr pas que lui, en France aussi ça se bouscule au portillon, le niveau est absolument phénoménal.
-Votre qualité préférée chez l’homme ?
La droiture.
-Votre qualité préférée chez la femme ?
La courbure.
-Votre vertu préférée ?
L’honnêteté.
–Votre occupation préférée ?
Lire, rire, jouer, manger, écrire, parler, dormir, recommencer.
–Qui auriez-vous aimé être ?
Peut-être Louis Armstrong. Un talent inné exceptionnel combiné à une bonhomie naturelle, elle aussi, qui ont fait changer les choses en douceur mais pour toujours. De mon point de vue, mais je me trompe peut-être sur la réalité du monde, il a eu une belle vie.
-Le principal trait de votre caractère ?
Le besoin de vitesse.
–Ce que vous appréciez le plus chez mes amis ?
Leur affection.
-Votre principal défaut ?
Douter de tout.
-Votre rêve de bonheur ?
Douter de tout, mais mieux et un peu moins.
-Votre plus grand malheur ?
De ne pas y arriver comme je voudrais.
-Ce que vous voudriez être ?
Plombier chauffagiste ou électricien, un métier utile. Je bricole un peu et je trouve que c’est très gratifiant de réparer ou installer quelque chose de nécessaire au quotidien. Parce que quand ça casse, le même quotidien devient un enfer. Donc merci les plombiers et les électriciens.
-La couleur que vous préférez ?
Orange.
-La fleur que vous aimez ?
La passiflore. C’est véritable astroport pour bourdons. Si j’étais une abeille, j’y passerais tous mes étés.
–L’oiseau que vous préférez ?
Le merle chanteur.
–Vos auteurs favoris en prose ?
Poh ça n’arrête pas de changer. Mais la couche de fond est sans doute constituée de littérature française (Raymond Queneau, Marcel Aymé, Le petit Nicolas de Sempé et Goscinny, Denis Diderot, Jean Echenoz, LF Céline, H de Balzac, Raphael Confiant), étrangère (Mario Vargas Llosa, Dostoievski, Gombrowicz, Robertson Davies) dont américaine, surtout pour la SF et le polar (Isaac Asimov, Jim Thompson, Chester Himes), et bien sûr la BD (Daniel Goossens, Jean Tardi, Marcel Gotlib, Mandryka, Hergé, Franquin).
-Vos poètes préférés ?
Rimbaud, Saint-John Perse, Char, Apollinaire, Mallarmé, je suis très classique car je n’en lis plus. C’est stupide d’ailleurs, car il y a encore de très belles choses écrites aujourd’hui. C’est fou quand même ce qu’on peut faire avec seulement 26 lettres et un peu de ponctuation…
-Vos héros dans la vie réelle ?
Sonny Rollins, Herbie Hancock.
–Vos héros dans l’histoire ?
Diderot, De Vinci, JS Bach, Ellington, Monk, Miles, Hergé, Léon Theremin, Jimi Hendrix.
– Vos héros dans la vie réelle ?
Avec un grand H : celles et ceux qui risquent leur vie.
–Vos noms favoris ?
Athanase, Raoulette, Theophraste, Puck, Mû, tous ont été soumis à ma femme et ont été fermement rejetés pour le choix du nom de nos trois enfants (qui s’appellent quand même Ulysse, Pannonica et Emile, ce sont mes vrais favoris).
-Ce que vous détestez par-dessus tout ?
Les gens qui ne doutent de rien et en abusent, parce qu’il paraît que c’est entraînant.
-La réforme que vous admirezle plus ?
Toujours la dernière car ça ne doit jamais s’arrêter, en l’occurrence celle qui force les contrôleurs de la SNCF à tolérer la présence des contrebasses dans les TGV.
–Le don de la nature que vous voudriez avoir ?
L’oreille absolue et une mémoire photographique.
-Comment aimeriez-vous mourir ?
Sur scène, enfin non, mais pas trop loin. En tout cas, pas à l’hôpital. Mais on ne choisit pas.
-Votre définition du jazz ?
Une musique qui se fait ensemble sans trop savoir où on va, mais on y va et on est content d’y aller, et ça s’entend.
-État présent de votre esprit ?
Positif et soulagé d’arriver à la dernière question.
-Et enfin, votre devise ?
Prépare-toi au pire mais espère le meilleur.
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–Votre Titre Signature ?




















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