
L’Italie est une terre de musicologues, du moins en ce qui concerne le jazz.
Personnellement j’en connais fort bien quelques-uns : Francesco Martinelli, Luca Vitali, Vincenzo Martorella, Franco Faienz… dont les ouvrages ne sont malheureusement pas traduits en Français. Or voici que j’en découvre un autre, dont j’ignorais tout, et dont un des livres vient d’être traduit en Français : Luca Cerchiari.
Il faut dire que sa biographie de Miles Davis tombe à pic pour célébrer le centenaire de la naissance du trompettiste. Il faut dire aussi que cette biographie particulièrement copieuse (plus de 500 pages), et qui se dévore comme un roman, est une véritable nouveauté par rapport à l’autobiographie de Miles (parue bien avant son décès) ou à la biographie publiée par le trompettiste britannique Ian Carr, par ailleurs fan de son aîné américain.
En effet Cerchiari resitue Miles dans son contexte historique en débutant son ouvrage par un premier — et passionnant — chapitre intitulé « La musique afro-américaine entre oralité et écriture ».
Suivent une dizaine de chapitres chronologiques qui explorent en détail le parcours et les choix musicaux et idéologiques de Miles, pour se conclure sur l’héritage du trompettiste. Exhaustivité, donc, mais jamais laborieuse — et fort bien traduite par Stéphanie Acquette, qui est elle-même musicienne, et ça se sent ! — car Cerchiari ne nous impose jamais son savoir musical : il le partage avec ses lecteurs, les incitant à passer de la simple écoute des musiques citées à une forme d’analyse qui en enrichit la perception.
Cette exhaustivité incite par ailleurs à aller écouter — ou réécouter — le corpus que constitue la discographie du musicien qui a le plus exploré les diverses facettes de l’idiome jazz « Du bebop au hip -hop », comme l’indique le sous-titre de cette magnifique biographie.
On ne sort donc pas indemne de cette lecture et, qu’on soit néophyte et peu au fait de l’œuvre de Miles Davis, amateur d’une de ses périodes à l’exclusion des autres, ou fan indécrottable et collectionneur de l’intégralité de la discographie du trompettiste, on trouvera toujours dans la présente biographie de quoi satisfaire sa curiosité et augmenter sa connaissance de l’œuvre de Miles et de l’idiome dans lequel elle s’inscrit en nous faisant, au passage, mieux connaître des compagnons de route du trompettiste : de Charlie Parker à Marcus Miller en passant par John Coltrane, Gil Evans, Quincy Jones ou Teo Macero.
Une plongée dans plus d’un demi-siècle de jazz via la carrière d’un des musiciens qui a le plus contribué à façonner le son de ces quelques décennies, voilà ce que nous propose Luca Cerchiari, loin de toute célébration d’un « génie », mais en creusant en profondeur le corpus musical et son contexte socio-historique pour en éclairer les multiples facettes. Un fort bel ouvrage, à mettre entre toutes les mains.
Miles Davis – Du bebop au hip-hop par Luca Cerchiari (traduction Stéphanie Acquette)
Editions Frémeaux & associés. Mai 2026.
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