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Hit Couleurs JAZZ

Curieusement, alors que ses cousins ténors, altos et même sopranos ont fréquemment adopté la formule du trio avec basse et batterie, le saxophone baryton a très rarement (à ma connaissance) été joué dans ce contexte dépourvu du soutien d’instruments harmoniques tels que le piano ou la guitare.

Et — significativement — celui qui s’y colle ici est non pas un des praticiens de l’instrument établis à New York City mais un Chicagoan bon teint, ce qui contribue à renforcer la réputation de la Cité des Vents comme une ville où le jazz fleurit sans se préoccuper de ses rivales de la Côte Est ou Ouest.

Alors qui est ce Jimmy Farace dont j’ignorais tout jusqu’à présent et qui signe ici son second opus en deux ans ?

Eh bien tout d’abord un excellent saxophoniste baryton au timbre chaleureux, fruité, tantôt ample tantôt plus languide, bref un musicien original qui peut sans vergogne s’afficher aux côtés d’aînés tels que Nick Brignola ou Gary Smulyan (qui se fend d’un bref et pertinent éloge de son cadet dans le press book du présent CD).

Si l’on veut trouver des influences à Jimmy Farace, c’est davantage du côté de Gerry Mulligan que de Pepper Adams (pour ne citer que deux vétérans décédés), quoique ne se situe pas dans la veine du jazz cool.

Non c’est plutôt au niveau de la plénitude du son, de sa ductilité et de la fluidité du phrasé qu’on peut rapprocher les deux musiciens tout en reconnaissant que Farace a développé une personnalité propre et qu’il affiche une maturité resplendissante. Une maturité que l’on retrouve au niveau des cinq compositions que signe le saxophoniste, les trois autres étant des standards, dont le « Chelsea Bridge » de Billy Strayhorn.

Sur les ballades comme sur les morceaux enlevés, Farace fait montre d’une belle imagination mélodique et son timbre somptueux et profond est un régal de bout en bout.

Il faut ajouter qu’il est magnifiquement accompagné par deux sidemen talentueux qui contribuent amplement au son de groupe en déployant une solide assise boisée pour le bassiste et un jeu d’une polyrythmie mélodique et foisonnante pour le batteur.

Ces trois-là vous font voyager dans des paysages sonores variés et enchanteurs et, si on ne craignait pas quelque peu les frimas, la hausse du prix du kérosène et les chicaneries débiles de Trump pour les passeports et visas, on serait prêt à acquérir asap un billet d’avion pour Chicago afin de voir et d’entendre live on stage cet excellent trio qu’on a malheureusement peu de chances de voir arpenter un jour les scènes françaises ou européennes.

Tant pis pour nous mais, reconnaissez-le, c’est rageant !

Musiciens :

Jimmy Farace : sax baryton

Dana Hall : contrebasse

Clark Sommers : batterie

Big Shoulders, Big Sound, Hit Coulers Jazz et Best of The Month est sorti sous le label Shifting Paradigm Records, le 17 avril 2026.

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