Hit Couleurs JAZZ

Quand, le 13 février 1947, Django Reinhardt rentre à Paris après une tournée américaine de trois semaines avec Duke Ellington, il vient d’être confronté, de visu, aux nouveaux concepts rythmiques et harmoniques du bop qui ne sont plus ceux du discours jazzistique qu’il maîtrisait à la perfection. Le voila donc face à un nouveau pari.

Sa première réaction sera de reconstituer son quintette de 1941 composé d’Hubert Rostaing (cl), Eugène Vées (g), Emmanuel Soudieux (b) et Pierre Fouad (dms) et d’équiper sa Selmer d’un micro amovible DeArmond découvert lors de son séjour aux États-Unis.

Les faces bruxelloises du 21 mai 1947 le voient chercher de nouvelles marques dans un environnement qui lui est donc familier. Guidé par son inspiration, Django Reinhardt glisse dans sa ligne mélodique quelques touches bop qui s’intègrent à l’environnement swing de l’orchestre (Babik) sans que cela tourne au procédé. Au fil des séances, il expérimente les ressources de l’amplification électrique. On l’entend apprivoiser la matière sonore en développant le côté expressionniste de son jeu et, surtout, exprimer sa conception orchestrale de l’accompagnement en distribuant des séries d’accords qui fournissent un tapis harmonique à ses accompagnateurs (Porto Cabello, Féerie, Stockholm).

Cette sélection d’enregistrements de l’année 1947, qui le montrent dialoguer tour à tour avec les clarinettistes Hubert Rostaing, Maurice Meunier et Gérard Lévecque autour d’un répertoire constitué de ses compositions et de standards, marque donc une étape importante dans sa carrière. Elle révèle aussi un instant rare : celui où un message musical prend forme, se construit et va en s’affermissant pour atteindre son aboutissement. Ce disque est donc précieux.

Interprètes :

Hubert Rostaing, clarinette

Eugène Vées, guitare

Emmanuel Soudieux, basse

Pierre Fouad, batterie

 

©Photo: Photos tirées du livret de l’album “Django Reinhardt – Electrified Django (1947), distibué par Label OUEST

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