Hit Couleurs JAZZ

COULEURS JAZZ MONTH – THE BEST OF JUIN 2026

MIKE CLARK — Kuon Ganjo – Time Without Beginning

Album Hit Couleurs Jazz
Line-up : Mike Clark  batterie  Eddie Henderson trompette · Craig Handy saxophone ténor · Patrice Rushen piano, Rhodes · Essiet Okon Essiet basse
Label : Wide Hive Records
Sortie : 7 août 2026

CONRAD HERWIG — The Latin Side of Chick Corea

Album Hit Couleurs Jazz

Line-up : Conrad Herwig  trombone · Craig Handy saxophones ténor et soprano, flûte · Alex Norris  Trompette, bugle · Bill O’Connell  piano · Ruben Rodriguez basse  Robby Ameen batterie · Mauricio Herrera  congas

Label : Savant Records
Sortie : 3 juillet 2026

Trente ans déjà que Conrad Herwig a commencé à regarder les grands compositeurs du jazz depuis l’autre côté de la clave. Après John Coltrane, Miles Davis, Charles Mingus, Joe Henderson, Horace Silver ou McCoy Tyner, le tromboniste s’attaque à Chick Corea. Le choix est particulièrement heureux : les musiques latines et afro-caribéennes faisaient déjà partie du vocabulaire de Corea, qui avait notamment joué avec Mongo Santamaria au début de sa carrière.

Avec le pianiste Bill O’Connell, également co-arrangeur, Herwig pioche largement dans ce répertoire : Matrix, 500 Miles High, Tones for Joan’s Bones, Windows, Crystal Silence et, bien sûr, Spain figurent parmi les dix titres retenus. Mais le plaisir vient précisément du fait qu’on reconnaît ces compositions sans avoir l’impression de les entendre une énième fois. La clave modifie les appuis, les percussions déplacent les accents et certaines mélodies prennent soudain une tout autre allure.

Pour cela, Herwig dispose d’une équipe redoutable : Craig Handy, Alex Norris, Bill O’Connell, Ruben Rodriguez, Robby Ameen et Mauricio Herrera. Ça joue fort, ça joue beaucoup, mais toujours avec une véritable intelligence collective. Surtout, The Latin Side of Chick Corea évite le piège du disque-hommage respectueux au point de devenir prévisible. Herwig ne cherche pas à sanctuariser Corea : il remet ses compositions en circulation, les secoue et les fait danser. Et c’est probablement l’une des plus belles manières de rappeler combien cette musique était elle-même curieuse et ouverte.

ELIAS HASLANGER — Legacy

Album Hit Couleurs Jazz ·

Line-up : Elias Haslanger : saxophone · Mike Sailors : trompette · Andy Langham : piano · Ross Margitza : piano · Ryan Hagler : basse · Daniel Dufour : batterie ·

Label : Bandstand Presents / La Reserve Records
Sortie : 24 juillet 2026

JOSHUA BREAKSTONE — Wonderful!

Album Hit Couleurs Jazz

Line-up : Joshua Breakstone : guitare · Barry Harris : piano · Earl Sauls : contrebasse · Leroy Williams : batterie

Label : Capri Records
Sortie : août 2026

Il arrive parfois qu’une réédition fasse davantage que ressortir un disque oublié : elle remet soudain en lumière un moment précis dans la construction d’un musicien. C’est exactement ce qui se passe avec Wonderful!. Lorsque Joshua Breakstone entre en studio en 1983 pour enregistrer son premier album sous son nom, il n’a que 27 ans. À ses côtés, en revanche, l’expérience est considérable : Barry Harris au piano, Earl Sauls à la contrebasse et Leroy Williams à la batterie. Autrement dit, trois musiciens auprès desquels il est difficile de tricher.

Ce qui frappe aujourd’hui, c’est justement l’assurance du jeune guitariste. Breakstone ne cherche ni à impressionner par l’accumulation de notes ni à imposer sa présence au quartet. Son jeu est clair, articulé, profondément swing, avec cette élégance qui deviendra l’une de ses signatures. Et face à lui, Barry Harris est évidemment un partenaire idéal : son piano replace constamment la musique dans cette tradition bop qu’il connaissait mieux que personne.

Le répertoire est également révélateur. George Gershwin, Tadd Dameron, Lennie Tristano et Django Reinhardt y côtoient les premières compositions de Breakstone. Plusieurs générations et plusieurs façons d’envisager le jazz se rencontrent ainsi sans que l’album ressemble à un catalogue d’influences.

Resté indisponible pendant près de quarante ans, Wonderful! retrouve donc aujourd’hui une seconde vie. Et ce qui aurait pu n’être qu’un document intéressant sur les débuts d’un guitariste s’écoute surtout comme ce qu’il était déjà en 1983 : un excellent disque de jazz, direct, élégant et sans une ride.

MIKE JONES — Mike Jones With Strings

Album Hit Couleurs Jazz 

Line-up : Mike Jones : piano · Graham Dechter :guitare · Alex Frank : basse

Label : Capri Records
Sortie : 21 août 2026

Le titre peut prêter à confusion : les « strings » de Mike Jones With Strings ne désignent pas ici un grand orchestre à cordes, mais les cordes de la guitare de Graham Dechter et de la contrebasse d’Alex Frank. Avec Mike Jones au piano, les trois musiciens reprennent ainsi une formule devenue célèbre avec les trios de Nat King Cole puis d’Oscar Peterson : pas de batterie, et donc aucun filet pour maintenir artificiellement le tempo.

C’est précisément ce qui rend l’exercice intéressant. Enregistré en public au Vic’s Supper Club de Las Vegas, l’album repose entièrement sur la pulsation intérieure des trois musiciens. Jones possède largement la technique nécessaire pour occuper tout l’espace, mais il choisit intelligemment de ne pas le faire. Dechter est un véritable partenaire mélodique et Frank ne se contente pas de poser les fondations : la contrebasse participe pleinement à la circulation du swing.

Le terrain de jeu est volontairement familier : Lady Be Good, Gone With the Wind, Autumn Leaves, The Very Thought of You, Exactly Like You ou encore Destination Moon. Pas question ici de déconstruire le Great American Songbook pour prouver sa modernité. Tout se joue plutôt dans l’articulation, les relances, le toucher et cette capacité à faire respirer des chansons que l’on connaît parfois depuis toujours.

On pourrait qualifier la formule de classique. Elle l’est. Mais lorsqu’un trio possède ce niveau de complicité et prend autant de plaisir à jouer, la question de la nouveauté devient finalement assez secondaire. Mike Jones With Strings rappelle surtout une chose toute simple : faire swinguer trois musiciens sans batterie reste un sacré art.

SYLVAIN RANSY — Fingerprint

Album Hit Couleurs Jazz

Line-up : Sylvain Ransy : piano · Zacharie Abraham : contrebasse · Arnaud Dolmen : batterie · Nicolas Attie : guitare · Sylvain Joseph : saxophone · Joachim Des Ormeaux : percussions · Béatrice Civaton : voix

Label : indépendant
Sortie : 15 mai 2026

Il vaut mieux tard que jamais ! Fingerprint est sorti juste avant l’été et, même si l’album nous est arrivé un peu plus tard qu’à certains de nos confrères, ne pas l’intégrer à notre Best Of Summer aurait été une erreur. Voilà qui est réparé !

Car Sylvain Ransy possède aujourd’hui une voix pianistique que l’on reconnaît rapidement. Guadeloupéen, nourri aussi bien par Alain Jean-Marie et Mario Canonge que par Michel Petrucciani, il n’aborde jamais les rythmes caribéens comme un élément que l’on viendrait ajouter à une base jazz. Chez lui, les deux langages sont déjà mêlés. C’est précisément ce qui donne à Fingerprint sa cohérence et justifie particulièrement bien son titre.

Le cœur du disque repose sur son trio avec Zacharie Abraham à la contrebasse et Arnaud Dolmen à la batterie. Et quel trio ! La précision rythmique de Dolmen, capable de faire vivre les métriques les plus complexes sans jamais les rendre pesantes, répond parfaitement au jeu mélodique de Ransy, tandis qu’Abraham assure le lien avec une contrebasse aussi solide que mobile. Nicolas Attie, Sylvain Joseph, Joachim Des Ormeaux et Béatrice Civaton viennent ponctuellement élargir cette palette.

Mais Fingerprint ne vaut pas simplement par la qualité de ses interprètes. Ce qui séduit surtout, c’est cette façon de faire vivre l’identité guadeloupéenne dans une musique qui n’a nul besoin de la souligner à chaque mesure. Le jazz, les rythmes créoles, le goût de la mélodie et l’improvisation circulent librement. Un disque chaleureux, très personnel et suffisamment riche pour justifier quelques écoutes supplémentaires cet été.

TERENCE COLLIE — DNA

Album Hit Couleurs Jazz ·

Line-up : Terence Collie : piano · Nick Lenner-Webster:  contrebasse · Ted Carrasco :batterie · Cosimo Keita Cadore: percussions · Ruth Elder  :violon · Clare Kennington  alto · Jocasta Mudge :violoncelle

Label : indépendant
Sortie : 21 août 2026

Le titre ne laisse guère de doute sur le caractère personnel du projet. Dans DNA, Terence Collie remonte le fil de son histoire familiale jusqu’aux Seychelles et transforme cette recherche autour des origines, de la migration et de la transmission en matière musicale. Mais le pianiste évite heureusement le piège du disque-concept dont il faudrait connaître toute l’histoire pour apprécier la musique. DNA fonctionne d’abord par ses mélodies, ses rythmes et la façon dont les différentes formations viennent enrichir son trio.

Celui-ci réunit Nick Lenner-Webster à la contrebasse et Ted Carrasco à la batterie. Autour d’eux, Cosimo Keita Cadore apporte les percussions tandis que Ruth Elder, Clare Kennington et Jocasta Mudge forment un ensemble de cordes qui ne se contente pas d’habiller les compositions. Violon, alto et violoncelle participent réellement à l’écriture, prolongent certaines lignes du piano, créent des tensions ou modifient complètement la couleur d’un morceau.

Le rythme joue lui aussi un rôle déterminant. Les influences afro-diasporiques et seychelloises apparaissent sans transformer l’album en démonstration ethnomusicologique : elles nourrissent naturellement le vocabulaire de Collie, au même titre que son expérience du jazz contemporain.

C’est sans doute la réussite principale de DNA. Terence Collie part d’une histoire extrêmement intime mais ne nous demande jamais de simplement l’écouter raconter ses souvenirs. Il en fait une musique suffisamment ouverte pour que chacun puisse y projeter quelque chose de sa propre histoire. Un disque ambitieux, sensible et certainement l’un de ses projets les plus aboutis.

RANDY INGRAM — Sound Within: A Celebration of Bill Evans

Album Hit Couleurs Jazz ·

Line-up : Randy Ingram :piano · Rufus Reid  :contrebasse · Joe La Barbera :batterie

Label : Chill Tone Records
Sortie : 10 juillet 2026

Comment consacrer tout un album à Bill Evans alors que son langage pianistique a déjà été étudié, imité et célébré par plusieurs générations de musiciens ? Randy Ingram trouve une réponse assez intelligente : ne surtout pas essayer de jouer comme lui. Sound Within s’intéresse moins aux signes extérieurs du style Evans qu’à ce qui animait sa musique — l’écoute, l’intériorité, le toucher, le silence et cette recherche permanente d’un son personnel.

Le choix de la rythmique donne évidemment une profondeur particulière au projet. Joe La Barbera fut le batteur du dernier trio de Bill Evans, jusqu’à la disparition du pianiste en 1980. Rufus Reid, de son côté, eut également l’occasion de jouer avec lui en 1978. Leur présence pourrait donner au disque des allures de caution historique ; c’est tout l’inverse. Les deux musiciens permettent surtout à Ingram d’entretenir un dialogue vivant avec cette musique.

Le programme mêle Turn Out the Stars, My Foolish Heart, Ezz-Thetic, Letter to Evan, For All We Know ou encore Mother of Earl à plusieurs compositions de Randy Ingram, dont Aloft, Sound Within et Remembrance. Les arrangements prennent suffisamment de libertés pour que les morceaux familiers cessent d’être de simples passages obligés.

Le résultat est un hommage d’une grande finesse, respectueux mais jamais intimidé par son sujet. Ingram a compris qu’honorer Bill Evans ne consistait pas à reproduire son vocabulaire. Il préfère poursuivre l’une de ses idées essentielles : trouver son propre son. Et c’est précisément ce qui rend Sound Within aussi juste.

ANDREW KIM — Lineage

Album Hit Couleurs Jazz · 

Line-up : Andrew Kim :trombone · Sharel Cassity : saxophones alto et ténor, flûte · Xavier Davis :piano · Rodney Whitaker :basse · Ulysses Owens Jr. :batterie

Invités : Randy Napoleon · Michael Dease · Steven Bowman

Label : Origin Records
Sortie : 24 juillet 2026

Dès les premières minutes de Lineage, une chose est claire : Andrew Kim n’a aucune intention de faire du trombone un instrument à part qu’il faudrait mettre artificiellement en avant. Il pense d’abord en compositeur et en chef de groupe. Pour ce premier album, il s’entoure d’ailleurs d’une formation impressionnante : Sharel Cassity aux saxophones et à la flûte, Xavier Davis au piano, Rodney Whitaker à la contrebasse et Ulysses Owens Jr. à la batterie. Michael Dease, qui a accompagné le jeune tromboniste dans son développement, assure la production et participe également au projet.

Le titre Lineage dit évidemment quelque chose de la filiation revendiquée par Kim. J.J. Johnson et Curtis Fuller figurent au répertoire et l’histoire du trombone jazz n’est jamais très loin. Pourtant, le disque ne ressemble pas à une carte de visite destinée à prouver que son auteur connaît ses classiques. La majorité du programme est composée par Kim, avec une vraie attention portée aux formes, aux mélodies et aux changements de dynamique.

C’est aussi là que le quintette fait la différence. Cassity apporte un contrepoint idéal au trombone, tandis que la paire Whitaker–Owens Jr. peut faire monter la pression en quelques mesures avant de retrouver immédiatement davantage de souplesse. Xavier Davis, lui, possède tout l’espace nécessaire pour faire respirer les arrangements.

Pour un premier album, Lineage impressionne finalement moins par la virtuosité — pourtant bien présente — que par sa maturité collective. Andrew Kim sait déjà qu’un leader n’a pas besoin d’être constamment au premier plan. Il construit un groupe, lui donne de bonnes compositions et le laisse vivre. C’est plutôt bon signe pour la suite.

KELLY GREEN — Eat Your Greens!

Album Hit Couleurs Jazz ·

Line-up : Kelly Green :piano, voix · Luca Soul Rosenfeld :contrebasse · Evan Hyde : batterie · Elijah J. Thomas :lûtes · Wallace Roney Jr. : trompette, bugle · Wycliffe Gordon :trombone, voix · Scott Robinson :saxophone ténor · Steve Wilson:saxophone alto

Label : Green Soul Studios / La Reserve Records
Sortie : 28 août 2026

Derrière le titre malicieux Eat Your Greens! se cache un disque qui résume assez bien ce qui rend Kelly Green attachante : une connaissance très sérieuse du jazz qui ne l’empêche jamais de s’amuser avec lui. Pianiste, chanteuse, compositrice et arrangeuse, elle refuse de choisir entre ces différentes facettes. Chez elle, un standard n’est pas un objet que l’on respecte à distance mais une matière que l’on peut déplacer, réharmoniser, accélérer, ralentir ou simplement raconter autrement.

Sa voix et son piano restent naturellement au centre du projet, soutenus par Luca Soul Rosenfeld à la contrebasse et Evan Hyde à la batterie. Mais Eat Your Greens! prend aussi des allures de petite réunion de famille avec Scott Robinson, Wycliffe Gordon, Wallace Roney Jr., Steve Wilson ou encore Elijah J. Thomas. Ces invités ne viennent pas aligner les solos : leurs personnalités modifient réellement la physionomie des morceaux.

Le répertoire permet justement à Green de montrer plusieurs visages. Elle peut se confronter au redoutable Tongue Twister de Mulgrew Miller, retrouver toute la tendresse de The Very Thought of You ou partager avec Wycliffe Gordon un When You’re Smilin’ où le plaisir de jouer devient presque contagieux.

C’est peut-être ce que l’on retiendra surtout de cet album. Derrière des arrangements parfois très travaillés et une solide culture du jazz, Kelly Green ne perd jamais le goût du jeu. Eat Your Greens! est intelligent sans être cérébral, virtuose sans être démonstratif et suffisamment imprévisible pour donner envie d’y revenir. Et oui, pour une fois, on mangera volontiers nos légumes.

JOSEPH GIUSEPPE DE GREGORIO — The Trilogy (The Opening)

Album Hit Couleurs Jazz ·

Line-up : Joseph Giuseppe De Gregorio : piano · Ron Carter : contrebasse · Peter Erskine :batterie · Ike Sturm : contrebasse · Géraldine Laurent :saxophone · Louis Moutin  :batterie · Stéphane Kerecki :contrebasse · Karine Fôret : voix

Label : autoproduction
Sortie : 14 août 2026

Il faut une certaine ambition pour imaginer un projet qui relie New York, Los Angeles et Paris, puis décider d’en faire les trois étapes d’un même récit musical. Joseph Giuseppe De Gregorio ouvre ici cette trilogie avec un pianisme qui ne cherche jamais à impressionner par la force. Tout repose plutôt sur le son, la respiration et la façon dont quelques notes bien placées peuvent installer une atmosphère.

Les rencontres donnent évidemment une dimension particulière au projet. Ron Carter et Peter Erskine apportent deux signatures immédiatement reconnaissables, mais The Trilogy (The Opening) ne se transforme jamais en album de leader entouré de prestigieux faire-valoir. De Gregorio privilégie l’écoute et laisse suffisamment d’espace à chacun pour que la musique se construise réellement dans l’échange. D’autres partenaires, parmi lesquels Ike Sturm, Géraldine Laurent, Louis Moutin, Stéphane Kerecki et Karine Fôret, participent à cette géographie musicale qui relie les deux côtés de l’Atlantique.

Le blues reste l’un des fils conducteurs, mais il est abordé davantage comme une couleur émotionnelle que comme une forme à respecter. Le pianiste laisse également apparaître une sensibilité européenne dans son goût pour les silences, les climats et une certaine économie de moyens. Quelques interventions vocales, parfois en italien, rendent encore le projet plus personnel.

The Trilogy (The Opening) demande donc un peu de temps. Ce n’est pas un disque qui cherche à convaincre dès les trente premières secondes. Il installe progressivement son climat et laisse les personnalités se révéler. Une ouverture élégante et contemplative qui remplit surtout sa première mission : nous donner envie de connaître les deux prochains chapitres.

ALLAN HARRIS — Swingin’ Love Songs

Album Hit Couleurs Jazz ·

Line-up : Allan Harris : chant, guitare · Miles Okazaki : guitare · Hayes Greenfield : saxophone · Jon Flaugher : contrebasse · Russell Farhang : violon · Jesse Jones Jr. : saxophone

Label : Love Productions Records
Sortie : 28 août 2026

Voilà un album qui aurait très bien pu ne jamais exister. Ou plutôt ne jamais nous parvenir. Swingin’ Love Songs a été enregistré au début des années 2000, lorsque Allan Harris découvre les chansons d’Ike Joseph, auteur encore largement inconnu du public. Les séances sont réalisées, Joseph disparaît peu après et le projet finit par rejoindre les archives. Plus de vingt ans passent avant que les masters ne refassent surface. À leur écoute, une évidence : ces chansons méritaient mieux que l’oubli.

Il faut dire qu’elles ont trouvé en Allan Harris un interprète idéal. Sa voix possède cette chaleur et cette décontraction qui permettent de faire swinguer une phrase sans jamais la forcer. Harris sait aussi raconter une chanson, qualité indispensable pour ce répertoire sentimental qui pourrait facilement devenir trop sucré entre de moins bonnes mains. Ici, l’élégance l’emporte toujours.

Autour de lui, Miles Okazaki à la guitare, Hayes Greenfield au saxophone ténor, Jon Flaugher à la contrebasse, Russell Farhang au violon et Jesse Jones Jr. au saxophone alto donnent au disque une couleur qui appartient clairement à son époque d’enregistrement sans le rendre pour autant daté. La production et les orchestrations d’Eddie Montilla participent à cet équilibre.

C’est finalement ce paradoxe qui rend Swingin’ Love Songs particulièrement sympathique. Nous écoutons en 2026 une musique enregistrée plus de vingt ans auparavant, écrite par un auteur qui n’aura jamais pu entendre l’album terminé, et pourtant rien ne donne vraiment l’impression d’ouvrir une vieille boîte d’archives. C’est simplement du jazz vocal chaleureux, romantique et généreusement swing. Et la redécouverte de ces bandes offre aujourd’hui à Ike Joseph ce qui lui manquait encore : un public.

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