
C’est dans le Restaurant de Philippe Excoffier, à deux pas de la Tour Eiffel, que cette dégustation des vins de la Maison Vidal-Fleury se tenait.
Une rencontre organisée par Aurélie Soulat de Vinconnexion, à l’invitation du nouveau Directeur Général et oenologue Antoine Dupré, qui depuis sa prise de fonction a apporté nombre de modifications et améliorations pour répondre à l’air du temps en matière de vinification, et d’élevages de ces vins de la Vallée du Rhône.
Dans ce bistrot chic à l’atmosphère feutrée, la cuisine française s’exprime avec précision, sans ostentation. Ici, les produits sont respectés, les cuissons justes, et les célèbres soufflés de la maison jouent une partition à part entière.
Le décor est posé : une table élégante, un accueil chaleureux, la dégustation de trois vins blancs et de cinq rouges peut alors commencer. Mon voisin journaliste, un Anglais très professionnel en matière de vins est un fin connaisseur (il faut toujours se méfier des Anglais ! Ils ne font pas de vin, mais certains s’y connaissent fort), l’homme est en plus Président du plus grand club amateur de Rugby de Paris. (Appelons-le David, puisque c’est son nom). C’est mon terrain, le rugby… Ayant participé activement au magazine Attitude Rugby, pendant de nombreuses années, nous pouvons dialoguer sur un autre terrain. (Le XV de France venant de battre l’Angleterre à la dernière minute, j’ai un avantage).Good game isn’t it ?!
Après cette parenthèse, nous semblons apprécier autant l’un que l’autre, les vins qu’Antoine Dupré nous sert et dont il nous conte les secrets. Nous divergeons cependant sur deux blancs dont je perçois une très belle minéralité. David lui, n’est pas d’accord avec moi. La minéralité d’un vin ne signifie rien pour lui. Nous repartirons dos à dos sur cette question essentielle. Pour le reste, comment ne pas être en accord avec les vins de la Maison Vidal Fleury et par le moment. C’est avec plaisir que je partage avec vous lectrices fidèles, amateurs de belles sensations ce moment rare.
Les blancs : fraîcheur, tension… et gastronomie !
Crozes-Hermitage Blanc 2023 (Marsanne 95%, Roussane 5%)
Ouverture nette et cristalline. Fruits blancs, agrumes, finale saline.
Un vin qui éveille le palais comme une première note claire. Belle minéralité (pour moi)
Saint-Péray 2024 (Marsanne)
Plus discret, plus floral. Amande fraîche, texture délicate.
Une respiration dans la dégustation.
Saint-Joseph Blanc 2024 (Marsanne 70%, Roussane 30%)
On gagne en ampleur. Fruits mûrs, structure plus affirmée, belle longueur.
Le vin commence à s’installer.
Un Condrieu 2022 servi avec des asperges, œuf poché, mousseline citron ciboulette
Ici, l’accord devient scène !
Le Condrieu 2022, ample et aromatique, déploie ses notes d’abricot, de fleurs blanches et de fruits mûrs.
Face à lui, l’asperge, toujours délicate à marier, trouve un équilibre inattendu grâce à la mousseline citronnée et à l’onctuosité de l’œuf poché.
👉 Résultat :
le vin enveloppe, le plat éclaire.
Une alliance où la richesse du viognier est canalisée par la fraîcheur du citron et la finesse végétale.
Ces sensations apportées par le palais et le nez se répandent sur les autres zones du cerveau, et ainsi j’ai comme une envie, écouter Eleonora Strino 4tet, dans ce morceau « 21 Marzo ». J’attends vos reactions, comme celle de David.
Les rouges : structure, profondeur et crescendo
Crozes-Hermitage Rouge 2023 (Syrah)
Accessible, fruité, charme immédiat.
Une entrée en matière gourmande.
Saint-Joseph Rouge 2022 (Syrah)
Plus structuré, plus épicé.
Le vin gagne en sérieux.
Châteauneuf-du-Pape Rouge 2022 (Grenache, Syrah, Mourvèdre)
Plus solaire, plus ample. Fruits rouges mûrs, épices, rondeur.
Le Rhône change de visage, devient plus généreux, plus enveloppant.
Hermitage 2023 (Syrah)
Dense, profond, presque monumental.
Une architecture plus qu’un vin.
Côte-Rôtie Brune et Blonde 2021 (95% Syrah, 5% Viognier)
Dialogue entre deux terroirs mythiques :
- Côte Brune : structure, profondeur
- Côte Blonde : finesse, aromatique
Résultat : un vin équilibré, mêlant fruits noirs, violette, épices et une grande élégance .
Je voulais vous proposer avec ce vin d’exception un dialogue à trois (le fameux trio classique en jazz : piano, basse batterie) avec des musiciens de très haut rang, exceptionnels également. Martial Solal au piano accompagné d’une rythmique mythique : Gary Peacock à la contrebasse et Paul Motian à la batterie.
Les moments d’exception : quand le vin rencontre la signature du chef.
Côte-Rôtie “La Chatillonne” 2019 & soufflé de homard, bisque au curry et gingembre
Voici un moment clé.
Le soufflé, signature de Philippe Excoffier, arrive comme un nuage doré, aérien mais intensément parfumé.
La bisque, relevée de curry et de gingembre, apporte profondeur et exotisme maîtrisé.
Face à lui, la Côte-Rôtie Côte Blonde La Chatillonne 2019 (90% Syrah, 10% Viognier complanté) :
soyeuse, complexe, florale, avec une finesse presque caressante.
👉 L’accord est remarquable :
- le soufflé joue sur la texture et la délicatesse
- le vin répond par sa précision et sa longueur
Un dialogue subtil entre puissance contenue et élégance.
Rien ne domine, tout s’entrelace.
Ce tourbillon de sensations donne alors envie de swinguer avec Jeanne Michard sur son titre Hip Hop entre la Flores.
Cornas 2022 & Brie de Meaux aux truffes
Changement de registre.
Le Cornas 2022 impose sa puissance : structure solide, tanins affirmés, caractère terrien.
Face à lui, le Brie de Meaux aux truffes déploie une richesse crémeuse et aromatique.
👉 Ici, l’accord est plus instinctif :
le gras du fromage adoucit la structure du vin,
la truffe fait écho aux notes profondes de la syrah.
Un mariage terrien, presque instinctif, comme une poignée de main ferme.
Et pour finir un délicieux Pavlova aux Fruits Rouges avant en bonus le célèbre soufflé de la maison.
Quoi de mieux que de s’offrir en conclusion de ce moment prtagé, une édition de Gil Evans revisitée par le 4tet du batteur David Georgelet, du pianiste François Chesnel avec Yoni Zelnik à la contrebasse puis en invité à la table, Thierry Lhiver au trombone.
Le morceau s’appelle opportunément «Spoonfull »
Conclusion : un dialogue chaleureux entre terroir et cuisine
Cette dégustation ne se résume pas à une succession de vins.
Elle devient une conversation à trois voix :
- les terroirs du Rhône, du nord au sud
- le savoir-faire de la Maison Vidal-Fleury
- et la cuisine précise de Restaurant Philippe Excoffier
Les accords ont révélé une évidence :
ici, le vin ne se contente pas d’accompagner.
Il dialogue, il répond, il prolonge.
Et au cœur de cette expérience, les soufflés du chef jouent un rôle inattendu :
celui de passerelle entre puissance et légèreté, entre matière et finesse.
Comme si, l’espace d’un repas, le Rhône avait trouvé à Paris une scène à sa mesure. 🍷
Allez et en bonus, un clin d’œil à mon voisin David, qui s’intéresse au Jazz également, un 2ème morceau de cet album Live For Gil (et un hommage également pour l’anniversaire de Miles Davis ) : « Miles Ahead. »
©Photo Cover Vidal Fleury – Côte Rôtie
©Photo Header Couleurs Jazz


















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