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Des personnes qui ont un regard aiguisé on dit qu’elles « ont l’œil ». De celles qui en surveillent d’autres on dit qu’elles les ont « à l’œil ».

Quiconque a vu ne serait-ce qu’une photographie de Pascal Kober a aussitôt compris qu’il faisait partie des personnes qui ont l’œil, et le bon. Quant à la seconde catégorie, ce n’est que de façon ironique qu’on pourrait dire que Pascal Kober a les musiciens qu’il photographie « à l’œil » car il ne jette pas sur eux un regard inquisiteur. Il ne les surveille pas. Il veille à garder d’eux une image qui ne manquera pas de frapper les spectateurs qui « ont l’œil », créant ainsi entre les musiciens photographiés, le photographe qu’est Pascal Kober et les spectateurs/lecteur de «L’Abécédaire amoureux du jazz » un triangle vertueux (le contraire — on l’aura compris — d’un cercle vicieux) qui relève de l’évidence autant que de la magie. Magicien, Pascal Kober ?

Aucun de ceux/celles qui auront feuilleté distraitement (est-ce possible ?) ou compulsé amoureusement cet opus majeur ne peut en douter. Et cette magie, c’est justement la magie de l’amour. Amour des musiciens, de la musique qu’est le jazz (et ses idiomes périphériques : le blues, le funk, les musiques africaines…), amour des spectateurs irrémédiablement et joyeusement/rêveusement entraînés dans le triangle mentionné plus haut.

Du festival Jazz à Vienne (Isère) — dont il a abondamment arpenté les scènes et les coulisses — à celui de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) en passant par celui d’Istanbul (Turquie) ou de Tanger (Maroc), Pascal Kober a globe-trotté de ville en ville et de continent en continent pour capturer des images qui immortalisent de petits instants proprement fabuleux qui nous rappellent tel concert auquel nous avons assisté ou nous font rêver à ceux où nous n’avons pu nous rendre.

Aucune frustration à ce niveau : la lecture de ce beau livre, où chaque cliché est complété par un bref texte explicatif, nourrit et rassasie notre mémoire et notre imagination en donnant des musicien(ne)s qui y figurent une image tantôt inattendue, pertinente, bienveillante, surprenante, évidente…

Car derrière l’appareil photo, l’on sent que se tient un être humain amoureux de l’humanité des jazzmen/women et soucieux de mettre en évidence cette humanité pour les humains/lecteurs que nous sommes.

Ce livre est donc un cadeau qu’on parcourt sans se lasser, à son rythme, comme une sorte de « concert visuel », qu’on a hâte de compulser à nouveau et qu’on a envie d’offrir à ses proches, comme les musiciens représentés nous ont offert leur musique et à Pascal Kober leur image ou plutôt une image d’eux qu’il a su saisir avec son œil de lynx amoureux.

Acquérir cet ouvrage et l’offrir à ses amis, amours, parents… est donc une sorte d’obligation morale pour quiconque aime le jazz, ses protagonistes et les lieux où il se joue.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire et j’en ai assez dit. Bon concert visuel !

©Photos Pascal Kobber – cover: Agathe Iracema ; Header: Bobby McFerrrin

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