
Pierre Durand, guitariste, a bien voulu poursuivre cette série des fameux portraits-questionnaires de Proust, légèrement revisités Couleurs Jazz…
Une manière originale de monter les premières marches de l’univers de ces formidables musiciens de Jazz, artistes de notre siècle.
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–Quel est pour vous le comble de la misère musicale ?
Premier degré : l’exploitation. Être si mal payé qu’on ne peut pas vivre de son art.
Deuxième degré : l’indifférence.
-Où aimeriez-vous vivre ?
Ici et maintenant.
-Votre idéal de bonheur terrestre ?
De l’amour, des amis, des livres, de la bonne nourriture, du bon alcool, de la musique, un feu de cheminée, un petit joint de temps en temps. Et pourquoi pas un clebs si je vis en Cévennes.
-Pour quelles fausses notes avez-vous le plus d’indulgence ?
Quasiment toutes. La recherche de la perfection comme performance m’ennuie et m’est indifférente. C’est ce qui fait que je n’ai pas aimé le jazz pendant longtemps.
Une note est considérée comme fausse car on n’entend pas dans quel contexte harmonique (gamme) elle peut s’inscrire. Jouer un do# sur un accord de Cmajeur7 classique, n’est faux que si on n’entend pas la couleur qui inclut à la fois ce do# et cet accord de do.
Après, une « fausse » note peut être gênante si elle n’est pas assumée, ou si elle vient d’un manque d’implication ou si la rigidité des gens avec qui vous jouez rend cette note fausse.
J’ai trouvé des idées musicales pour improviser ou composer grâce à des erreurs.
–Quels sont les héros de roman que vous préférez ?
Celles et ceux qui me surprennent quand le roman ou la pièce sont bien écrits ou bien traduits. En général un personnage bien pensé, subtil et pas manichéen.
–Quel est votre musicien classique favori ?
Je suis un ignorant en musique classique. Du peu de ce que j’en connais, Bach, mais probablement celle ou celui que je ne connais pas encore.
–Vos héroïnes ou divas favorites dans la vie réelle ?
Héroïnes : trop de personnes pour n’en citer que quelques-unes.
Particulièrement celles dont on ne parle pas, les anonymes ou les oubliées.
Divas : ça ne me fait pas rêver
–Vos héroïnes dans la fiction ?
DCI Jane Tennison, Prime Suspect, première saison (1991).
-Votre peintre favori ?
Pareil, je suis trop ignorant.
Le peu que je connaisse : un tableau de Venise de James Ensor, les différentes époques de Rothko.
-Votre musicien de jazz favori ?
Impossible. Ils et elles sont trop nombreux et nombreuses. Trop d’artistes ont rempli une page blanche dans l’histoire de cette musique voire de la musique en général.
-Votre qualité préférée chez l’homme ?
La gentillesse.
-Votre qualité préférée chez la femme ?
L’indépendance.
-Votre vertu préférée ?
Je ne fais pas la différence avec la qualité. Et elles sont toutes importantes.
–Votre occupation préférée ?
Vivre pleinement, kiffer. Et factuellement : jouer en concert, travailler la musique, en écouter, lire.
–Qui auriez-vous aimé être ?
Personne. Être moi-même me suffit.
-Le principal trait de votre caractère ?
Ça dépend des jours.
–Ce que vous appréciez le plus chez mes amis ?
Ça dépend des jours.
-Votre principal défaut ?
Ça dépend des jours.
-Votre rêve de bonheur ?
Se rendre compte quotidiennement qu’on l’a souvent sous les yeux.
-Votre plus grand malheur ?
Plutôt mon plus grand malheur si je tombe dedans : être nostalgique.
-Ce que vous voudriez être ?
Celui que je serai demain.
-La couleur quevouz préférez ?
Je ne sais pas. J’ai l’impression que ce sont plus des habitudes qu’un goût et ça dépend des jours.
-La fleur que vous aimez ?
Ça dépend des saisons et je ne les connais pas assez.
–L’oiseau que vous préférez ?
Tous, sauf les pigeons à Paris. « Bouffis dégoûtants et idiots » disait Gérard de Nerval. Mais j’ai l’impression qu’il y en a de moins en moins.
–Vos auteurs favoris en prose ?
Beaucoup trop. Mohammed Choukri, Le Clézio, Driss Chraïbi, Amadou Hampâte Bâ, Manuel Vasquez Montalban, James Lee Burke, le Céline du Voyage au bout de la nuit, José Mauro de Vasconcelo, par exemples.
Et surtout celles et ceux que je ne connais pas encore !
-Vos poètes préférés ?
Je ne lis pas assez de poésie. Comme pour la musique classique, je suis ignorant dans ce domaine. Du peu que je connaisse : James Baldwin, Blaise Cendrars
-Vos héros dans la vie réelle ?
Denzel Washington, Yaron Gottfried.
–Vos héros dans l’histoire ?
Comme les héroïnes. Et dans tous les cas, sans s’illusionner sur le fait que les gens formidables peuvent se mal se comporter et inversement. Une raison pour laquelle je ne sépare l’artiste de la personne. On n’est pas dans un dessin animé Disney, on est complexe. Et même si c’est rassurant de voir la vie comme un code informatique fait de 1 et de 0, je préfère les ½, ¾, 9/10ème.
– Vos héros dans la vie réelle ?
Avec un grand H : celles et ceux qui risquent leur vie.
–Vos noms favoris ?
Je ne sais pas.
-Ce que vous détestez par-dessus tout ?
J’essaie de ne pas juger mais j’ai encore la faiblesse de craquer avec les motivations animées par l’opportunisme.
-La réforme que vous admirezle plus ?
En France : l’abolition de la peine de mort
–Le don de la nature que vous voudriez avoir ?
Etre bon en solfège ainsi qu’en sport, moins paresseux en somme !
-Comment aimeriez-vous mourir ?
Dans un état digne. Dans l’idéal, dans mon sommeil.
-Votre définition du jazz ?
Le mariage de deux aspects :
1 : le mélange de toutes les musiques du monde, des plus anciennes aux plus récentes, avec de fortes racines africaines.
2 : l’art de l’improvisation.
-État présent de votre esprit ?
Je vis au jour le jour et me prépare à faire face à des années sombres
-Et enfin, votre devise ?
D’habitude le mantra de Harry Bosch : « Tout le monde compte ou personne ne compte » mais en ce moment, plutôt « Vivre et laisser vivre ».
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–Votre Titre Signature ?
Fight or Flight.
©Photo cover Sylvain Gripoix




















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