
Il y a des artistes qui avancent par fragments, et d’autres qui construisent patiemment une œuvre.
Avec Last Dance for Boogaloo, Phil JL Robert signe l’aboutissement d’un triptyque entamé il y a près de dix ans, une trajectoire pensée dans la durée, où chaque disque vient nourrir le suivant. Dès le premier morceau, Je Pars, une idée s’impose : celle d’une énergie à aller chercher, presque à canaliser.
Cette énergie, c’est celle du groove — brut, direct, incandescent. Ici, pas de détour : le boogaloo retrouve sa dimension la plus physique, nourri de funk et porté par une dynamique collective irrésistible. Phil JL Robert s’inscrit dans une histoire, évoque au passage des figures comme Miles Davis ou Wes Montgomery, mais sans jamais s’y enfermer. Ce qui compte ici, ce n’est pas la citation, c’est l’élan.
Le disque prend aussi des airs de carnet de voyage. Dans “Qui est cet homme ?”, les noms surgissent comme autant de balises : le Greenwich Village, l’Apollo, Herbie Hancock, Ella Fitzgerald, Nat King Cole… Toute une mythologie new-yorkaise qui défile, presque comme un rêve éveillé. On s’y croirait. Une semaine à New York condensée en quelques minutes, entre clubs, souvenirs et fantasmes très réels.
Les interludes parlés et chantés, portés par Melvin Clairault, jouent un rôle clé dans cette immersion : ils installent une continuité, une atmosphère, presque comme des instantanés de vie entre deux montées de groove. Sa voix, à la fois proche et habitée, donne au disque une dimension narrative rare dans ce registre.
Musicalement, tout repose sur l’impact. Les guitares avancent avec une précision nette, tendue, sans fioriture inutile. Les cuivres, nourris du bop, livrent des solos incisifs, vibrants. Les claviers, eux, apportent une autre couleur : plus fluides, parfois presque aériens, ils ouvrent des espaces, relancent l’énergie, et viennent dialoguer avec le reste du groupe avec une vraie liberté. Derrière, la rythmique — solide, funky, implacable — maintient la tension de bout en bout.
Et puis il y a ce qui reste, une fois le disque terminé. Ce mouvement presque involontaire, la tête qui balance encore, le corps qui garde le tempo. Comme si, l’espace d’un instant, on s’était retrouvé à swinguer quelque part entre La Havane et New York, porté par les percussions, le souffle des cuivres et cette chaleur latine qui ne vous lâche pas. Du latin jazz, du funk, du groove — bref, du boogaloo, dans ce qu’il a de plus vivant.
Un cycle s’achève peut-être. Mais l’énergie, elle, continue de circuler.
Musiciens :
- Davy Honnet : batterie
- Anthony Honnet : orgue
- Xavier Desandre Navarre : percussions
- Philippe Sellam : saxophone alto
- Yves Le Carboulec : trompette, bugle
- Guillaume Grosso : saxophone baryton, fûte
- Philippe Gonnand : saxophone ténor
- Nicolas Benedetti : trombone
- François Morin : trombone
- Phil J Robert : guitare, arrangements, composition et paroles
- Melvin Clairault : paroles
- Véronique Mavros : choriste
- Christophe Sarlin : ingénieur du son
Last Dance For Boogaloo , Hit Couleurs Jazz, est sorti sous le label Feel-Time Music, le 6 mars 2026.
©Photo Header Feel-Time Music
©Photo Cover Jeff Ludovicus



















COMMENTAIRES RÉCENTS