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trio bach's groove

Le trio du pianiste de jazz Paul Lay, prix Django Reinhardt de l’Académie du Jazz en 2016, a servi un récital somptueux à la Scala Paris (Bd de Strabourg dans le 10e arr. ), le samedi 25 juin en hommage à… Jean-Sébastien Bach ! Maîtrise à tous les niveaux.

C’est le destin du live dans la musique de jazz : certaines interprétations resteront inoubliables pour ceux qui les écoutent sur place. Souvenirs éblouis assurés. Hélas, si les concerts ne sont pas enregistrés, les absents devront se faire une raison. Il en fut samedi 25 juin de la sidérante ballade Blues for Anna-Magdalena Bach, composée par Paul Lay pour la deuxième femme de Jean-Sébastien Bach.

D’abord recueilli, puis survolté, le pianiste né à Orthez en 1984 a joué – pour que notre plaisir demeure – sur un toit brûlant. Blues ovationné longuement, évoqué par tous à la sortie. Une séquence jubilatoire de la soirée Bach’s Groove, clin d’oeil au disque Bags Groove de Miles Davis, soirée offerte par le trio formé avec Donald Kontomanou (batterie) et Matyas Szandaï (contrebasse). 

Paul Lay a grandi « un pied dans le classique, un autre dans le jazz et comprend la vérité inhérente à chacune de ces traditions », observe Laurent de Wilde dans les notes de la pochette de son (excellent) précédent disque Full Solo (Label Gazebo), sorti en 2021. Paul Lay se consacrait alors au répertoire de Ludwig van Beethoven. Nous ensorcelant de la relecture inédite d’une dizaine d’œuvres du génie de Bonn. Album salué, comme les précédents.
Paul Lay imbrique le groove naturel de son jeu à la singularité des grands compositeurs classiques.
Pour le programme Bach’s Groove, sitôt formulé le premier phrasé, le charme encercle la salle d’un anneau magique. Une tournure à la Hank Jones ( « un de mes pianistes préférés », me confiera Lay après le spectacle) : c’est dans la poche ! Deux préludes de Bach établissent la complicité avec la section rythmique. L’osmose avec Donald Kontomanou éblouit. Suivra la Bach Suite d’Oscar Peterson, rarement jouée en concert. On est bluffé. En effet, là s’enchevêtrent, de façon limpide, la virtuosité du Canadien, le génie de Bach, le talent de Lay. Le tout porté par la contrebasse lyrique de Szandaï.

Émerveillement à suivre avec le formidable Blues for Anna-Magdalena Bach. Enoncé comme un Requiem, la perle fournit l’occasion d’une exploration magistrale. Cadeau !

Lay me confirmera écouter en ce moment beaucoup de saxophonistes. On entend la marque de Charlie Parker. Les citations de Bach (ainsi Jésus que ma Joie Demeure) crépitent. L’exercice n’est pas facile. Pourtant, d’un hommage au géant du baroque, Lay a échafaudé un monument.

Le public, enivré, applaudit à tout rompre le quart d’heure de bonheur, dont l’empreinte matérielle, hélas, ne sortira pas des murs de La Scala.

Enchaînement avec des improvisations sur la musique de Bill Evans, séduisantes par leur architecture et le volume de notes (Alice in Wonderland, magnifique). Paul Lay annonce pour décembre un disque sur le pianiste américain disparu en 1980.

Autre bonne nouvelle : on apprend le renouvellement de la résidence de l’Orthézien à La Scala.

Personnel

Paul Lay (piano)

Donald Kontomanou (batterie)

Matyas Szandaï (contrebasse)

Photos couverture ©Aurélia Gaudio

Photos Header ©DR

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