Approche lexicologique, esthétique et culturelle du jazz

Préface de Ben Sidran, avant-propos de Pierre-André Taguieff.

Édition Presses universitaires du Midi, Toulouse, 2021 -pum.univ-tlse2.fr

Jean Szlamowicz est professeur des universités, linguiste et traducteur. Membre de l’Académie du jazz et producteur (www.spiritofjazz.fr), il est l’auteur de nombreux articles et interviews réalisées pour le magazine Jazz Hot.  Spécialiste de l’anglais oral, il examine ici le(s) sens portés par les mots du jazz.

Cab Calloway figure parmi les premiers à s’être intéressé à cette question avec le “New Cab Calloway’s Hepster’s Dictionary : Langage of Jive” (1944). Vinrent ensuite le “Dan Burley’s original Handbook of Harlem Jive” (1944), réédité par la Northern Illinois University Press (2009) et un classique du genre, “Jazz Talk” de Ben Sidran (Da Capo Press, Cambridge, 1971). En France, Jean-Paul Levet effectua un travail remarquable en écrivant “Talkin’ That Talk”, un dictionnaire anthologique et encyclopédique paru chez Outre Mesure (2010). Signalons que Paul Oliver dans ses nombreux ouvrages et Paul Garon (“Blues and the Poetic Spirit”, City Lights Books, 2001) ont abordé le domaine spécifique du blues.

Se démarquant de ses prédécesseurs, Jean Szlamowicz développe une approche sociolinguistique et esthétique du sujet. Il examine avec une grande compétence les liens étroits associant le jazz et son langage au travers de références historiques, culturelles et sociales. Le sens caché des mots du jazz évoque bien sûr son histoire mais aussi la vie des musiciens qui l’ont créé et, au-delà, son rapport avec la communauté afro-américaine. De cette analyse se dégagent différents thèmes traitant de l’église, du blues, du jazz, des termes caractérisant la musique, des rapports entre rythme et mouvement, danse et musique, nourriture et musique, conditions sociales et musique, ségrégation et négritude, corps, rythme et sexualité.Ajoutons qu’un chapitre intitulé “What Jazz” est consacré à la genèse du mot jazz. En plus du vocabulaire du jazz, l’auteur examine le sociolecte* afro-américain illustré par quelques exemples comme les mots en ing orthographiés in’ dans le titre d’albums bien connus des amateurs : Steamin’, Preachin’, Workin’… ; you devenu ya (“Hear me talking to ya”, le livre de Nat Hentoff et Nat Shapiro) ; Shaw Nuff, le titre d’une composition de Dizzy Gillespie et Charlie Parker, à la signification bien obscure pour le profane, venant de sure enough. Sont ainsi décryptées de nombreuses expressions comme hip, hot, churchy, corny, Jim Crow… qui prennent alors tout leur sens.

Familier de l’univers du jazz, l’auteur utilise avec succès une approche multidisciplinaire qui lui permet d’aborder tous les aspects de son sujet. Le style est clair et précis, l’argumentation rigoureuse. La présence d’un index et une bibliographie particulièrement fournie ajoutent encore à la valeur d’un ouvrage appelé à devenir une référence incontournable du jazz talk.

* Un glossaire fort utile des termes linguistiques définit le sociolecte comme une variation de la langue standard propre à une communauté linguistique. Les variations peuvent être générationnelles, géographiques, sociales, etc… et concerner la phonétique, la syntaxe, etc.

 

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