
Pour Jazz à La Villette, les médias n’ont droit qu’à deux concerts en invitation presse. Il faut donc choisir avec discernement entre les artistes à découvrir et ceux dont on sait qu’il vont vous plaire.
Pour moi ce sera donc la saxophoniste chilienne Melissa Aldana — que je ne connais que de réputation et qui fait partie des talents jazz ADAMI —, le groupe Floating, d’Emile Parisien — que j’avais vu quelques semaines plus tôt à Souillac en Jazz (compte rendu ici même) —, un jeune groupe issu du CNSMDP et le duo de Roberto Fonseca et Vincent Segal, dont on attend beaucoup.
Melissa Aldana c’est avant tout une magnifique sonorité de sax ténor, pleine, fortement timbrée, au service d’un phrasé volontiers torrentiel qui monte fréquemment dans le suraigu. Sur des compositions de sa plume, la saxophoniste se lance dans des solos aventureux soutenue par le jeu de piano d’un Levi Harvey au lyrisme épanoui.

©Photo Aurélien Kalasz
Sur une belle ballade cubaine la sonorité du ténor devient plus veloutée avec des accents quasi benwebsteriens qu’on retrouve sur le Lush Life final où le piano est magnifique, soutenu par une rythmique impeccable. Voici des musiciens trentenaires (la saxophoniste) ou d’à peine une vingtaine d’années qui ont un avenir prometteur devant eux.
Jazz à La Villette c’était pour moi une nouvelle occasion de voir à quel point le nouveau projet d’Emile Parisien est passionnant, entre autres par la présence de la contrebassiste Linda May Han Oh — qu’on n’a pas tant d’occasion de voir sur les scènes françaises — qui, introduisant un morceau en solos absolu rappela à quel point elle est une voix majeure sur l’instrument. De Parisien et de Yaron Herman on a déjà dit tout le bien qu’on pense d’eux mais la complicité du saxophone soprano du premier et du piano du second éclate ici de façon particulière.

©Photo Aurélien Kalasz
Quant à Prabhu Edouard il est l’autre révélation de ce quartet et son jeu de percussion à la fois rythmique et mélodique est un des points forts de ce groupe.
Le septet Hypnagogic Drift c’est avant tout une sonorité de groupe hautement originale : trois souffleurs (flûte, trombone et clarinette basse), un vibraphone et une rythmique piano/basse/batterie. Les morceaux du leader et vibraphoniste Lucas Cord’homme sont longs et les timbres produisent un son d’ensemble à la fois dense et fluide sur laquelle les solos viennent apporter une touche mélodique de toute beauté. Le vibraphone du leader est omniprésent et contribue à donner une couleur aérienne à l’ensemble. On aurait aimé les entendre plus longtemps qu’une petite demi-heure mais on espère qu’ils auront bientôt d’autres occasions de se produire devant un public.
Roberto Fonseca et Vincent Segal ce sont d’abord deux timbres magnifiques qui se sont trouvés et dont la complicité est patente. Sur des thèmes majoritairement cubains où le violoncelle alterne le jeu à l’archet et en pizzicato, ils donnèrent un concert resplendissant de lyrisme et de liberté. Le violoncelle est ici une véritable voix qui chante. Fonseca lui donne par moments la réplique en chantant à son tour et ils sont rejoints sur quelques morceaux par Gildaa, une chanteuse au timbre profond qu’ils accompagnent en beauté.

©Photo Maxime Guthfreund
S’il se contente souvent d’accompagner son partenaire, Fonseca prend également des solos pleins de verve où son sens du rythme fait merveille tandis que le violoncelle joue une partie de basse répétitive de toute beauté. Le toucher de Fonseca est tantôt puissant tantôt d’une grande délicatesse et ses notes piquées sont splendides tandis que Segal tire de son instrument des sonorités tantôt sombres tantôt lumineuses. On pense par endroits aux sonates pour piano et violoncelle de Beethoven ou aux pièces de Schumann pour ces deux instruments tant il y a chez Fonseca et Segal une sensibilité profondément romantique. Par contre quand Fonseca et la chanteuse laissent Segal seul sur scène, on a droit à un festival de violoncelle dans tous ses états. Et quand c’est au tour de Fonseca de jouer seul, il montre une tendance à en faire beaucoup, voire parfois trop, mais il est difficile de résister à tant de générosité.
©Photo Header Maxime Guthfreund



















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