Retour sur le Vitoria-Gasteiz Jazz Festival 2026

La ville de Vitoria (Gasteiz en basque) accueille depuis 1977 l’un des plus prestigieux festivals de jazz d’Espagne. Forte d’une programmation éclectique, cette 49e édition s’est tenue du 13 au 18 juillet. N’ayant pu assister qu’à la journée de clôture, je me concentrerai sur ce bouquet final, marqué par une affiche entièrement américaine.

Répartie entre deux salles aux dimensions et aux atmosphères radicalement différentes, cette ultime soirée débutait dans le plus petit auditorium, malheureusement dépourvu d’une climatisation efficace, où se produisait le saxophoniste originaire de Chicago Isaiah Collier. La soirée se poursuivait ensuite au Polideportivo Mendizorrotza pour un double plateau réunissant The Bad Plus et Snarky Puppy.

L’année 2026 marquant à la fois le centenaire de la naissance de Miles Davis et celui de John Coltrane, c’est ce dernier qui était mis à l’honneur le 18 juillet. Après avoir célébré l’an dernier à Los Angeles le 60e anniversaire de l’enregistrement du mythique A Love Supreme, Isaiah Collier apparaissait comme l’un des héritiers les plus légitimes de cette œuvre, tant il partage avec Coltrane une même intensité musicale et une profonde quête spirituelle. Il ouvrit son concert avec My Favorite Things, standard immortalisé par Coltrane sur l’album éponyme de 1961, avant d’enchaîner avec la suite A Love Supreme. Si le quartet, emmené notamment par l’excellent pianiste David Whitfield, se montrait d’une remarquable cohésion, Collier monopolisait naturellement l’attention grâce à de longs développements au saxophone soprano puis ténor, ne s’accordant pratiquement aucun répit. Ce n’est qu’à l’approche du final qu’il prit la parole pour annoncer avec enthousiasme Olé, composition inspirée par l’Espagne et parue elle aussi en 1961 sur l’album du même nom — décidément une année particulièrement féconde pour Coltrane. Après avoir ponctué tout le concert de petites interventions sur divers instruments de percussion disposés à ses côtés, Collier saisit une paire de castagnettes afin de souligner avec malice les accents ibériques de cette ultime pièce.

Un peu plus tard, The Bad Plus ouvrait les festivités au Polideportivo Mendizorrotza avec un concert chargé d’émotion. Dans un espagnol assez correct, le contrebassiste et cofondateur Reid Anderson annonça qu’il s’agissait du dernier concert du groupe sur le sol espagnol avant sa dissolution prévue à la fin de l’année. Le bien nommé Farewell Tour mettra un terme à vingt-sept années d’existence pour une formation qui a su se réinventer au fil des départs successifs d’Ethan Iverson puis d’Orrin Evans. Principalement composé de créations d’Anderson et du batteur Dave King, le programme faisait également une place à une reprise d’Ornette Coleman. Comme à son habitude, la guitare aérienne de Ben Monder dialoguait avec le saxophone ténor et la clarinette de Chris Speed, offrant plusieurs envolées d’un lyrisme saisissant.

C’est ensuite dans un espagnol presque parfait que le bassiste et fondateur de Snarky Puppy, Michael League, s’adressa au public. Installé depuis près de dix ans dans un village catalan, il a fait de l’Espagne la base européenne du groupe. Deux jours plus tôt, Snarky Puppy se produisait d’ailleurs au Gent Jazz Festival, comme en témoignait le T-shirt porté avec fierté par l’un des musiciens. Après avoir rendu un vibrant hommage à The Bad Plus, que League considère comme une influence majeure pour toute une génération de musiciens, il expliqua que le concert serait entièrement consacré à Somni (« rêve » en catalan), le dernier album du collectif. La grande force de Snarky Puppy demeure cette capacité constante à se réinventer tout en conservant une identité musicale immédiatement reconnaissable, capable de séduire bien au-delà du seul public jazz. Si chaque musicien apportait sa pierre à l’édifice, le violoniste Zach Brock s’imposa souvent comme la figure centrale du concert grâce à un jeu aussi brillant à l’archet qu’en pizzicato.

Aucun festival de jazz digne de ce nom ne saurait se conclure sans sa traditionnelle jam session. À Vitoria, pendant quatre nuits consécutives, la pianiste italienne Francesca Tandoi retrouvait le public aux alentours de minuit dans un hôtel voisin, bientôt rejointe par d’autres musiciens désireux de prolonger la fête. Jusqu’aux premières lueurs du jour, le jazz continuait ainsi de résonner dans une ville qui, à l’image de tant d’autres en Espagne, ne semble jamais vraiment s’endormir. En attendant, peut-être, de revenir l’an prochain célébrer dignement le cinquantième anniversaire de ce remarquable festival, les amateurs de jazz ont déjà rendez-vous quelques jours plus tard, à une centaine de kilomètres de là, pour un autre grand rendez-vous estival : le festival de Saint-Sébastien.

Vitoria Jazz Festival 13-18 juillet, 2026 Program – 49th Edition | Vitoria-Gasteiz Jazz Festival

Pascal Dorban

Texte et photographies : Pascal Dorban © Couleurs Jazz, 2026. Toute reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation préalable.

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