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Pour cette 25ème édition, (2020 et 2021 ayant été quelque peu perturbées pour les rasions que nous connaissons) le Nisville Jazz Festival, a rassemblé cette année encore, une joyeuse foule bigarrée de toutes générations, au sein de la forteresse ottomane, poumon vert de l’agglomération.

Pour s’y rendre, il suffit du centre ville, de passer le pont du fleuve Nisava.

La forteresse de Nis, ancienne défense militaire ottomane, clôture un parc contenant des vestiges archéologiques et de nombreuses essences d’arbres. Il fait bon y flâner à différentes heures de la journée, comme pendant les chaudes soirées d’été. Le soir tombant, le lieu s’anime à partir de 19H de scènes musicales diverses dont certaines n’éteignent les sonos et les lumières que tout au bout de la nuit.

Le mot festival prend ici tout son sens : la foule arpentant les allées et les pelouses vient clairement ici pour faire la fête, tandis que des familles prennent l’air du soir, les airs de différents types de musiques flottent alors d’un endroit à l’autre, dans une parfois joyeuse cacophonie.

Bref, l’endroit ouvert 24H/24 est naturellement « the place »  pour organiser un festival de musiques.

Tandis qu’en journée, les cafés sous les pins et les feuillus retrouvent leur calme, la musique des oiseaux de la forêt apporte calme et douceur avant le déferlement des musiques amplifiées du soir.

Premier soir. Jeudi 11 août 2022.

La Scène principale est une large plateforme où sont disposés les gradins et les tribunes permettant d’éclairer, de gérer le son et d’accueillir les spectateurs libres de prendre des sièges, de déambuler ou de rester debout jusqu’au pied des deux scènes. Aucune barrière métallique ne les contraint et tout se passe de manière détendue.

La logistique est de tout premier plan. Les deux scènes permettent que les concerts s’enchainent toutes les heures sans pratiquement d’interruptions, entre autres pour des questions techniques de changements de plateaux. Les sponsors, marques de bières et même cigarettiers américains (!) ferment le cercle permettant aux festivaliers de s’abreuver, se sustenter ou d’attraper un cancer des poumons ou de la gorge. Au choix.

Nisville Rojaze Band

La scène s’ouvre et le Festival débute sur le Nisville Rojaze Band, dans le cadre du Rojaze project, une initiative qui réunit les musiciens Roms  (et non-Roms) originaires de Belgique, de France et de Serbie. Ces formations se produisent dans différents festivals de ces trois pays « Balkan Trafic » en Belgique, « Welcome in Tziganie » en France et donc en ouverture du Nisville Jazz Festival.

Un jazz-rom fusion qui intègre également des éléments rocks et des musique traditionnelles des Balkans, grâce à une guitare aux riffs saturés servi par de jeunes musiciens virtuoses et sans complexes, dotés de fortes personnalités, pour intégrer et sauter d’un genre à l’autre, d’une mesure à la suivante de manière aussi soudaine qu’inattendue.

Line up :

Zlata Marincovic, voix,

Nikola Bajramovic, violon

Andrej Maksimovic, trompette

Andrija Zdravkovic, guitare,

Mladen Milosevic, claviers

Petar Plavsic, basse

Andrej Ilic, batterie

Vanja Harti, percussions

Puis vient le tour de Beti Djordjevic, chanteuse pop locale comptant cinquante années sur les planches des différents festivals de l’ex-Yougoslavie au Nisville Jazz Festival.

Koh Mr Saxman Band

Ce band venu de Thaïlande conquiert une partie du public par son jazz fusion éclectique, électrique. J’admire l’énergie et l’enthousiasme du band coloré et pimenté. Mais reste sur ma faim…

Line up :

Sekpol Unsamran, saxophone

Wishudej Netsin, bass

Masaomi Fukurono, DJ

Pattaya Yusathit, piano

Sompop Prae-Sangeiam, batterie

Duangpon Pongphasuk, voix

Kurt Rosenwinkel – Caipi

Le virtuose guitariste possédant son propre univers, Kurt Rosenwinkel après une trentaine d’années de carrière et plus d’une dizaine d’albums en tant que leader à son actif, n’est plus à présenter.  

La voie qu’il prend là, avec de toujours aussi belles lignes mélodiques, est un jazz popisant mainstream, qui plait donc au public venu en  nombre, l’écouter dans la forteresse serbe.

Je suis conquis et impressionné par le jeu fluide de Pedro Martins, un jeune guitariste Brésilien, dont on entendra parler dans les années à venir. (Il gagna le concours de Montreux comme meilleur guitariste il y a 7 ans déjà).

Line up :

Kurt Rosenwinkel, guitare & voix

Pedro Martins, guitare & voix

Olivia Trummer, piano & voix

Doug Weiss, basse

Andi Haberl, batterie

J’en profite alors pour m’éclipser un moment de la scène principale et me rendre à la « Kristina Movie Stage » où le public surplombe un piano dans la fosse naturelle constituée par l’excavation de ruines Byzantines. A hauteur d’yeux, est disposé un écran blanc, où sont projetés des films.

J’écoute un jeune pianiste, Aleksandar Stevanovic improviser sur un film muet de Charlot. Un instant de nostalgie, un univers entier recréé sous ce ciel de pleine lune. Un vrai bonheur dans ce magnifique cadre insolite et théâtral !

Ma première soirée se termine par une visite brève des différentes autres scènes pop, rock, hip-hop du festival : « l’Open Stage », «  La Midnight Jazzdance Stage, réservée aux DJ’s en majorité serbes et croates, mais pas que. Ou encore la « Hip-hop Stage ».

La pleine lune éclaire sur un ciel chargé, la nuit du Festival.

Certains quitteront les lieux comme tous les autres soirs, avec le jour qui se lève. Je n’étais plus là pour le constater.

Deuxième soir. Vendredi 12 août 2022.

Vladimir Kostadinovic, Mindedness band

Très belle ouverture pour cette deuxième soirée du Festival avec la venue du batteur Serbe, Vladimir Kostadinovic, inconnu en France mais ayant joué dans des clubs de jazz et des festivals des cinq continents.

Une opportunité offerte par le Nisville Jazz Festival pour écouter ce batteur de grand talent.

Son quintet formé de musiciens autrichiens de tout premier plan, fixe la barre, pour ce premier concert, à un haut niveau. Groove impeccable, respect de la tradition du jazz avec un son pourtant actuel et walking bass de bon aloi. Une mise en appétit toute en élégance.

Line up :

Vladimir Kostadinovic, batterie & compositions

Stepan Flagar, saxophone tenor

George Vogel, piano

Christopher Pawluk, guitare

Stefan Pista Bartus, contrebasse

 

Mattan Klein 4tet

Mattan Klein, flûtiste et compositeur présentait avec son quartet  son dernier album, « The Long Run” sorti sous le label londonien, Ubuntu Music en début d’année. Le musicien né à Jérusalem, élève de la Rubin Academy et du Berklee College de Boston s’inspire comme une grande partie de la scène Israélienne des différentes origines culturelles de son pays, comme des Etats-Unis, berceau du jazz ou encore de l’Amérique Latine, plus particulièrement du Brésil ou quelques-uns de ses maîtres s’appellent Hermeto Pascoal, entre autres ou Chick Corea dont il rendit les hommages avec une émotion que le public accueillit avec un enthousiasme non dissimulé.

Mattan Klein est également un professeur réputé. Il revendique ce rôle de transmission avec vigueur. Ses élèves au fil du temps deviennent ses jazz mates comme l’excellent jeune pianiste Toki Stern. A noter également la prestation l’excellent Yoran Oron à la basse.

L’écriture est mélodiquement et rythmiquement riche. Le quartet de talentueux musiciens est soudé et cohérent. Mattan Klein à la virtuosité tranquille mène sa barque avec élégance. Une magnifique découverte. Une invitation, une suggestion adressée aux programmateurs des festivals et des salles de jazz de l’hexagone. L’atmosphère est chargé d’amour et de bienveillance. Le public sourit.

Line up :

Mattan Klein, flute & compositions

Toki Stern, piano

Yorai Oron, basse

Joca Perpignan, percussions

 Des pluies s’abattent alors sur le Nissville Jazz Festival. Le public pourtant s’équipe et reste…

Kirk Lightsey & Piero Odorici Quartet

Kirk Lightsey, l’un des plus grands maîtres vivants du jazz américain, un artiste au phrasé élégant et au son raffiné. Le pianiste de Détroit se produit ici avec le trio formé par Darryl Hall à la contrebasse et Jason Brown à la batterie avec le saxophoniste ténor Piero Odorici.

Kirk Lightsey, « Mr. Piano Man« , figure emblématique de l’histoire du jazz a joué et fait par le passé, des tournées avec Dexter Gordon entre 1979 et 1983, devenant ainsi un membre du groupe Leaders.  Il a également enregistré et joué avec des artistes comme Chet Baker, Bobby Hutcherson et bien d’autres. La section rythmique, contrebasse-batterie est de tout premier plan. Tout était en place lors de cette soirée mémorable pour offrir un tapis volant aux lignes mélodiques inspirées du saxophone de Piero Odorici.

Une connivence et un réel enthousiasme de jouer ensemble s’est clairement ressenti tout au long de ce concert mémorable.

Malgré les pluies qui se sont abattues sur la forteresse de Nisville, le public d’abord conquis, puis en parfaite communion avec les artistes, n’a jamais voulu quitter les lieux. Cette vidéo l’illustre bien.

Line up :

Kirk Lightsey, piano

Piero Odorici, saxophone tenor

Darryl Hall, contrebasse

Jason Brown, batterie

Les averses et les éclairs continuant à éclater dans le ciel serbe, redoublant d’intensité, je suis obligé de trouver refuge, puis de me quérir de vêtements de pluie pour retourner sur la scène principale. Ce manque d’anticipation me fait manquer avec regret le Jungsu Choi Tiny Orchestra, originaire de Corée. 

Troisième soir. Samedi 13 août 2022.

 Milan Petrovic 4tet invite Saso Popovski

Un jazz coloré de funk de blues et de swing. Parfait pour commencer cette soirée du samedi. Les Nisvillois sont encore plus nombreux de sortie malgré le ciel toujours incertain.

Le quartet de Milan Petrovic aux claviers est l’un des plus actifs jazzbands en Serbie. A la guitare, en invité le Nord-Macédonien Saso Popovski offre des rifs avec parfois des sonorités orientales tout à fait adéquates. C’est bien ce que nous sommes venus cherchez au Nisvile Jazz Festival : d’autres couleurs du jazz. Nous sommes servis avec talent.

Line up :

Milan Petrovic, claviers et compositions

Lehel Nagy, saxophone & clarinette

Robert Gostnicar, basse

Dimitrije Mojsijevic, batterie

Invité :

Saso Popovski, guitare.

Sur le scène du Musée de la Jeunesse, à l’entrée de la forteresse, toute la soirée s’enchaineront les Groupes, belges, français et serbes du « Rojaze » le « Roma Jazzing Europe ». Le public est très réceptif aux musiques tziganes et aux fusions jazz que les différents collectifs interprètent. Ce collectif Rom et non-Rom a bénéficié d’un dizaine de jours de travail en résidence, permettant de fructueux échanges entre les trois équipes.

Saluons cette jolie initiative supportée par le programme Européen, « Creative Europe »

https://www.welcome-in-tziganie.com/rojaze-roma-jazzing-europe/

https://www.facebook.com/balkantrafikfestival/

http://nisville.com/en/rojaze-eng/

Nikola Kolodziejczyk Band

Une première pour ce pianiste de jazz, chef d’orchestre, compositeur-arrangeur reconnu.

Le projet est soutenu par le Ministère de la Culture Polonais dans le cadre de la célébration de « 200 ans de Romantisme national ».

Le thème de cette première mondiale, donc présentée pour la première fois lors du Nisville Jazz Festival 2022 est la mise en musique de poèmes d’Adam Mickiewicz (première moitié du XIXème siècle). Les solistes qui interprètent les poèmes chantés sont une star du rock en Pologne le guitariste-chanteur Tomasz Organek et Natalia Grosiak, chanteuse lyrique.

Igor Willcox 4tet

Un groupe brésilien qui décoiffe vraiment (!) et enthousiasme votre interlocuteur comme le public qui ne s’y trompe pas. Le batteur-compositeur leader Igor Willcox est venu avec un jeune musicien fougueux et virtuose aux claviers – il chante aussi très bien : Erik Escobar. Au saxophone, Wagner Barbosa nous offre également des chorus éblouissants.

Quand au bassiste inclassable Glecio Nascimento, je dirais qu’il est injustement méconnu dans nos régions d’Europe occidentale.

Un jazz fusion dont celle-ci s’opère autant avec un public conquis.

Line up :

Igor Willcox, compositions, arrangements et batterie

Wagner Barbosa, saxophone

Glecio Nascimento, basse

Erik Escobar, claviers & synthés

Suivent le groupe Montuno venu de la Bulgarie voisine pour un melting pot des genres qui vont du rock à la variété en passant par les musiques traditionnelles des Balkans en effleurant le jazz, mais à peine. Le public semble ravi. A noter l’excellent pianiste Pavel Tzonev.

Puis vers minuit, le clou du spectacle est la très attendue chanteuse Natacha Atlas avec le Dzambo Agushevi Orchestra de Macédoine du Nord. Il s’agit d’une sorte de Brass band gipsy débridé, débordant d’énergie et de fougue. A recommander pour les kermesses et les mariages tonitruants. Natacha Atlas débute son tour de chant avec ne chanson en français qui ravit le public resté nombreux en cette heure tardive.

Je n’ai pas le courage de rester jusqu’au bout et ne pourrai assister à la performance du trio serbe Slide Ride.

Quatrième soirée et clôture du Nisville Jazz Festival 2022. Dimanche 14 août 2022.

Unleashed Cooperation

Le quintet polonais Unleashed Cooperation mené par le saxophoniste-compositeur Krzysztof Kusmierek, incorpore des éléments des musiques traditionnelles de Pologne au Jazz d’aujourd’hui. Hommage aux grands jazzmen engendrés par la Pologne et disparus ces dernières années – Tomasz Stańko – comme de pures créations.

Line up :

Krzysztof Kusmierek, saxophone

Patryk Rynkievicz, trompette

Patryk Matwiejczuk, piano

Flavio Gulotta, contrebasse

Stanislaw Aleksandowicz, batterie

Yellow Jackets

Le groupe américain légendaire, Yellow Jackets, les Vestons Jaunes en français, fondé par le guitariste Roben Ford, sévit de par le monde depuis maintenant 44 ans. Le pianiste et claviériste Russell Ferrrante est toujours présent et à Nissville cette année encore. 25 albums plus tard -le prochain album est prévu dans les bacs avant la fin du mois d’août – ils se produisent sur la scène principale du Nisville Jazz Festival.

Le légendaire saxophoniste Bob Mintzer est également du voyage. Le batteur, figure également historique du groupe, Will Kennedy, qui s’absenta une dizaine d’années pour convenances personnelles est toujours aussi actif. Il proposa lorsque le bassiste du groupe prit son congé un bassiste originaire d’Australie, Dane Alderson, de rejoindre le band. L’interplay, la cohésion du groupe se ressentent dès les premiers morceaux.

 

On passe du swing au bop au jazz fusion, c’est-à-dire rock, au Rythm & Blues. Ces différents courants mis bout-à-bout constituant en quelque sorte leur marque de fabrique. La machine de conception assez ancienne – ce qui en jazz n’est certainement pas un défaut-  reste toujours extrêmement bien huilée. C’est professionnel, efficace et également joyeux. « Nous voulons donner du bonheur aux gens, surtout en ces temps compliqués » confie Russell Ferrante en conférence de presse.

Peut-on parler de positive jazz ? Le concept n’existe peut-être pas encore, il reste alors à définir. Pari réussi, folks !

Line up :

Russell Ferrante, piano & claviers

Bob Mintzer, saxophone & EWI

Will Kennedy, batterie

Dane Alderson, saxophone tenor

 

Il doit exister une logique… Une organisation Jazzy, placement libre.

©Photos & vidéo Jacques Pauper pour Couleurs Jazz

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