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Alors qu’une nouvelle génération tente désespérément de se faire une place dans un jazz formaté, les légendes du passé largement octogénaires – à l’image de Charles Lloyd, Herbie Hancock, Chucho Valdès, voire Gilberto Gil – ont montré, dans le cadre de la 61è édition de Jazz à Juan d’Antibes/Juan-les-Pins (du 6 au 19 juillet) – qu’il fallait encore compter sur elles.

A la suite de la disparition en 2021 de Jean-René Palacio, qui fut durant dix ans le directeur artistique de la manifestation, un triumvirat de producteurs/tourneurs français – à savoir Jean-Louis Ginibre (Loop Productions), fils de Simone Ginibre, qui fut avec Georges Wein à l’origine de « La Grande Parade du Jazz » de Nice dans les années 1970, Reno Di Matteo (Anteprima) et Pascal Pilorget (GiantSteps) – a été choisi par les organisateurs.

Une décision qui a son influence sur la programmation du millésime 2022 où se côtoient figures historiques et  jeunes pousses.

Charles Lloyd 4Tet

Charles Lloyd (ténor-saxe & flûte)

Bill Frisell (guitare)

Reuben Rogers (contrebasse)

Kendrick Scott (batterie)

A désormais 84 ans, le saxophoniste-ténor/ flûtiste et compositeur –  qui avait donné son premier concert à Juan-les-Pins en 1966 avec au sein de son groupe un tout jeune Keith Jarrett – n’a rien perdu de son ardeur et de sa vigueur. Et surtout de la puissance de son souffle.

Avec l’âge, le leader est devenu un impressionniste du jazz. Ses mélodies souvent expressives ressemblent à des tableaux d’où émerge un certain mysticisme appuyé par la splendeur de l’incantation. Le tout sublimé par un souffle et une sonorité absolument intacts. Là où certains de ses contemporains ont renoncé. Et quand il s’empare de la flûte, c’est pour un voyage chaloupé au pays des calypsos.

Tout ceci sans oublier l’apport et l’attaque tranchante sur des rythmes brisés de Bill Frisell (guitare Fender) dont l’immense et créative technique fait de lui un magnifique guitariste tout terrain.

Un seul regret, un concert d’une heure environ sans aucun rappel. Dommage !

ChuchoValdes/Paquito d’Rivera Reunion Sextet

D’emblée sur scène, le saxophoniste alto et clarinettiste cubain Paquito D’Rivera annonce la couleur : « 42 ans de séparation musicale » avant des retrouvailles avec son ancien complice d’Irakere, le pianiste également cubain et octogénaire, Chucho Valdes.

Et comme de bien entendu, le latin jazz et afro cubain sous toutes ses formes et surtout riches de rythmes, de Cuba à l’Amérique latine en passant par le Brésil défile et explose durant plus de deux heures pour la plus grande joie des spectateurs.

Une paire d’as réunie pour le meilleur d’un jazz dansant.

Gilberto Gil & Family

Jeune octogénaire, Gilberto Gil, guitariste/compositeur et chanteur et accessoirement ancien ministre brésilien de la Culture du gouvernement Lula au début des années 2000, se concentre désormais sur ce qu’il y a de plus précieux en vieillissant : la famille.

Pour son concert antibois, le patriarche avait réuni sur scène filles, fils, neveux, nièces, petits enfants et même arrières petits enfants. Soit une douzaine de personnes. Bref, une fratrie tournée vers un seul objectif : la musique et son sens festif.

Car, on ne le dira jamais assez, la musique brésilienne –de surcroît celle de Gilberto Gil – est une irrésistible invitation à la fête, à la danse et un hymne à la joie. En maître de céans, le vénérable doyen a exploré à la fois toute la richesse de son répertoire personnel mais a aussi lancé quelques clins d’œil.

Ici à Antonio Carlos Jobim avec sa reprise en famille de « The Girl From Ipanema » ou sa version en portugais et en anglais de « Get Back » de Paul McCartney (devenu lui aussi octogénaire depuis juin dernier !).

Tout le charisme d’une légende de la musique brésilienne contemporaine !

Herbie Hancock 5tet

Herbie Hancock (piano/claviers)

Terence Blanchard (trompette)

Lionel Loueke (guitare)

James Genus (contrebasse/basse)

Justin Tyson (batterie)

Malgré ses 82 ans, Herbie Hancock ne semble pas vouloir mettre un frein à sa déjà très longue carrière comme il en a donné un parfait exemple lors de la dernière soirée de Jazz à Juan.

Le pianiste/claviériste et compositeur fait un peu office de couteau suisse dans le  jazz. Un « Chameleon » pour reprendre le titre d’un de ses succès. Du jazz au jazz-rock en passant par le funk, le jazz funk, voire des exercices vocaux aux allures stratosphériques grâce au « vocoder », il est capable de s’adapter et de créer toutes les situations musicales, d’autant qu’il fut un des acteurs majeurs de ces courants.

Qu’il survole et fasse au début du show une relecture de ses compositions dans un medley baptisé « Overture », qu’il fasse référence au jazz et à son ami de toujours Wayne Shorter en reprenant un de ses morceaux, « Footprints », qu’il esquisse un clin d’œil aux années jazz funk des Headhunters avec « Actual Proof » ou qu’il clôt son concert des près de deux heures avec un autre de ses tubes des années funky et binaires « Cantaloupe Island », en utilisant un « synthé à brettelles » (le keytar) il affiche sa maîtrise et le côté magique de sa riche, inventive et impressionnante technique et pianistique.

© Festival Jazz à Juan – Riviera Kris

Pour parfaire ce travail, le leader s’est adjoint quelques pointures. Notamment le guitariste béninois Lionel Louéké, qui puise ses interventions plus dans ses racines que dans le jazz pur, et le trompettiste/compositeur de musiques de films (surtout Spike Lee) de la Nouvelle-Orléans, Terence Blanchard, qui tout au long du concert, n’a jamais abandonné la chambre d’écho sur son instrument.

Très lassant à la longue !

 

©2022APJPhoto by Patrizio Gianquintieri

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