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Hit Couleurs JAZZ

Le talent de la chanteuse Abbey Lincoln éclate dans les reéditions du légendaire label CANDID  (déjà réapparues sur Barnaby, dans les années 70), cette fois gratifiées d’un remastering remarquable.

Impulsion viscérale des enregistrements Straight Ahead et We Insist ! (1961) : la lutte pour les Droits civiques des Noirs aux Etats-Unis. Le batteur Max Roach la prend à son compte. Les sit-ins se multipliaient aux USA depuis 1960, d’abord spontanés, puis repris par Martin Luther King.  Les musiciens les plus apolitiques de l’époque (Count Basie, Duke Ellington, Art Blakey), déclarent leur soutien. Max Roach brandit l’oriflamme.

 

Sur We Insist ! supervisée par l’éminence critique musicale Nat Hentoff, la fine fleur des souffleurs envoie le meilleur. On se régale certes des chorus de Coleman Hawkins, Eric Dolphy et Booker Little. Mais surtout, la session porte au sommet Abbey Lincoln, alors jeune épouse de  Max Roach. La prestation de l’actrice en vue rejaillit sur l’ensemble. Max Roach et Oscar Brown Jr (paroles) composent l’intégralité des titres. Les textes dénoncent l’esclavage, décrivent la libération en cours en Afrique et aux Etats-Unis, donnent l’impulsion. L’auditeur fond à l’écoute des stances convaincantes d’Abbey, empreintes d’émotion. Album-culte, We Insist ! révèle une stature.

Tout au long du second disque, Straight Ahead, l’Américaine s’implique davantage dans les chansons. Elle gagne en force, en rebellion… et en consécration. Abbey a rédigé les paroles de Blue Monk. Qu’ajouter ? Sinon que Thelonius Monk, présent aux sessions de l’album, écoute, apprécie la performance, donne sa bénédiction. Le pianiste adoube Abbey (« I Like the Way You Stand »), pour le Blue Monk d’Abbey, désormais un classique. Trois airs lancinants finissent de nous envoûter : Left Alone (écrit par Billie Holiday), African Lady (un poème de Langston Hugues) et Retribution (paroles d’Abbey). Abbey nous transporte à chaque phrase, et les musiciens à chaque intervention : Coleman Hawkins (ténor sax, quel maître!), Eric Dolphy, (saxophone alto & clarinette basse), Julian Priester (trombone), Art Davis (contrebasse), Walter Benton (ténor sax) et Booker Little (trompette).

Candid remasterise dans la fournée Charles Mingus presents Charles Mingus. De l’avis général l’un des plus grands disque de Mingus. Quatre titres d’un quartet millésimé ! Ted Curson (trompette), Eric Dolphy (saxophone alto & clarinette basse), et le fidèle Dannie Richmond (batterie)  accompagnent le patron, tous à cran, vibrant dans leur expression la plus personnelle. La session aux Nola Studios de New York, tendue comme une peau de tambour, date de 1960, supervisée également par le crititoffque Nat Hentoff. La séance est à répertorier parmi les enregistrements les plus importants de la seconde moitié du Vingtième siècle. Mingus mitraille à tout va, place les musiciens sous tension, catapulte les chorus ahurissants de ses congénères, met le feu. Hentoff évoque la version des Original Faubus Fables dans les notes de pochette. Mingus y brocarde le gouverneur de l’Arkansas Eugene Faubus, partisan de la ségrégation raciale, dans les années 50-60. Pour Hentoff, le propos de Mingus résonne beaucoup moins revendicatif dans le CD qu’en public. On se dit : qu’est-ce que ça devait être en club…

Dernière remastérisation de Candid, en catégorie blues. Sortie moins connue (injustement) que les trois précédentes. Le premier album d’un géant du piano. Ecoutez Otis Spann is the Blues, associé au guitariste Robert Lockwood Junior. Une cuvée supérieure. Otis Spann naquit en 1930 dans le Mississipi. Monta à Chicago, dans la grande période du blues électrique. Tout le monde se l’arracha, de Buddy Guy à Muddy Waters. Il tourna en Europe. Disparut à quarante ans. On ne peut incarnation plus naturelle, plus poignante, plus pétrie d’âme, plus virtuose du blues au piano. Et quel son !

Sam Hopkins, connu sous le surnom Lightnin’Hopkins (« Hopkins L’Eclair ») est né le 15 mars 1912 à Centerville, le siège du comté de Leon, dans l’État du Texas. Le bluesman est connu comme un chanteur profond, à la voix sombre, et comme un guitariste flamboyant. L’amateur identifie le fameux style texan à ses phrases incisives, des « éclairs », énoncés pour le moins inhabituels chez un guitariste acoustique. Mais surtout, quel raconteur d’histoires! Le rôle favori, du reste, du Texan qui n’en prive pas l’auditeur de « Lightnin’ in New York« .
Le producteur de l’album, Nat Hentoff, est au courant : Hopkins ne se sent à l’aise que chez lui, dans les bars de Houston, voire dans la rue à faire la manche. Aussi, lorsqu’Hentoff invite l’artiste en 1960 pour des sessions à New York, organise-t-il des passages en clubs, à la télé (CBS), et même à Carnegie Hall… Voilà l’artiste remonté. L’on a droit du coup à un Hopkins L’Eclair pur sucre. L’on déguste ! Avec un bonus de taille : il se met à plusieurs reprises au piano. Là, énorme surprise : le monsieur, qui pianote en gardant la guitare sur les cuisses (tout en chantant!), se trouve à son affaire. Lightnin’ meurt en 1982, à Houston.

Le spécialiste incontesté Mack McCormick écrivait en substance ceci : lorsque Lightnin’ montait sur scène, le blues s’incarnait dans son image.

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