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Les 12 meilleurs albums Hit Couleurs Jazz sortis le mois dernier : juin 2026.
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- Ron Carter & Yotam Silberstein – Duets
- Helen Sung – Oracles
- Jun Iida – Bellflower
- Vincent Bourgeyx – Life Letters
- Steve Swallow – Winter Songs
- Mike Clement – Polka Dots and Ray Bans
- Salma Quartet – Loin du désordre
- Médéric Collignon – Hip-Hop ! Tout Samplement
- Hervé Celcal & Tilo Bertholo – Ti Piman
- Bruno Bongarçon – God Bless the Child
- Green Dolphin – One For The Road
- Zoot Big Band – Bagages en Zoot
Ron Carter & Yotam Silberstein, le duo comme conversation
Avec Duets, Ron Carter et Yotam Silberstein signent un dialogue à deux voix, enregistré dans l'écrin mythique du studio Rudy Van Gelder. Sans batterie ni piano, la contrebasse et la guitare se répondent avec une élégance rare.
Tout repose ici sur l'écoute, le silence et la justesse du geste. Un disque intime, limpide, qui rappelle qu'il suffit parfois de deux musiciens pour ouvrir un monde entier.
Helen Sung, lettre ouverte à ses maîtres
Plutôt qu'un simple hommage, Oracles est un véritable acte de transmission. Pour son premier projet en grand orchestre, Helen Sung rend hommage aux musiciens qui ont façonné son parcours au sein du Thelonious Monk Institute : Clark Terry, Ron Carter, Jimmy Heath, Wayne Shorter, Barry Harris, Kenny Barron, Herbie Hancock et Sir Roland Hanna.
Chaque composition dresse le portrait d'un mentor, sans jamais tomber dans l'imitation. À travers une écriture riche, précise et foisonnante, Helen Sung révèle toute l'étendue de son talent de compositrice et d'arrangeuse. Son big band déploie une palette orchestrale éclatante, où l'énergie du swing côtoie des harmonies sophistiquées et une narration musicale particulièrement évocatrice.
À la fois intime et ambitieux, Oracles célèbre les valeurs fondatrices du jazz : le partage, l'écoute et la liberté d'expression. Un premier album pour grand orchestre d'une remarquable maturité, qui inscrit Helen Sung parmi les compositrices les plus inspirées de sa génération.
Jun Iida, le trompettiste qui raconte
Bellflower, c'est du jazz qui raconte quelque chose. Ce trompettiste japonais basé en Europe construit ses albums comme on construit des récits — chaque composition dans le prolongement de la précédente, chaque morceau un chapitre d'un ensemble plus grand. On ne picore pas Bellflower. On le traverse.
Son langage puise dans le post-bop mais s'en échappe régulièrement vers des territoires plus ouverts — folk, Americana, ces musiques américaines qui portent en elles une certaine mélancolie du paysage. La mélodie est toujours là, jamais sacrifiée sur l'autel de la complexité. Iida sait où il va, et il prend le temps d'y aller. Pas de précipitation, pas de démonstration gratuite — juste cette conviction tranquille que l'atmosphère vaut autant que la note.
Autour de lui, des musiciens qui ont compris le projet et jouent en conséquence. Avec cette retenue des gens qui savent que le silence fait partie de la musique, que l'espace entre les notes n'est pas un vide mais une respiration. L'ensemble tient, de bout en bout, avec une cohérence qui n'est pas donnée à tout le monde.
Introspectif sans être fermé, cinématographique sans être illustratif. Bellflower est le disque d'un compositeur qui transforme ce qu'il a vécu en quelque chose d'universel. Quelqu'un qui a des choses à dire et qui sait comment les dire. C'est rare. Ça mérite attention.
Vincent Bourgeyx, lettres envoyées
Le trio piano est souvent considéré comme l'une des formations les plus exigeantes du jazz. Avec Life Letters, Vincent Bourgeyx en rappelle toute la richesse en privilégiant l'écoute, l'interaction et la spontanéité. Entouré du contrebassiste Darryl Hall et du batteur Gregory Hutchinson, le pianiste français signe un disque où chaque composition devient un espace de dialogue et d'exploration.
L'écriture de Vincent Bourgeyx trouve un équilibre naturel entre sophistication harmonique et limpidité mélodique. Les thèmes offrent une base solide aux improvisations, sans jamais enfermer les musiciens dans un cadre figé. La complicité du trio s'entend à chaque instant, portée par une rythmique d'une remarquable souplesse et un sens du swing qui ne cherche jamais l'effet spectaculaire. On retrouve dans ce disque l'élégance du jazz acoustique moderne, nourrie d'une profonde culture américaine mais pleinement assumée dans une expression personnelle.
Enregistré avec une grande sobriété, Life Letters laisse toute la place à la musique et aux nuances de jeu. Plus qu'une démonstration de virtuosité, Vincent Bourgeyx propose une œuvre où le temps, l'espace et le son deviennent de véritables partenaires de l'improvisation. Un album d'une belle maturité qui séduira les amateurs de trios où la conversation musicale prime sur l'esbroufe.
Steve Swallow, l'hiver en musique
Figure incontournable du jazz moderne, Steve Swallow retrouve le rôle de leader avec Winter Songs, son premier album sous son nom depuis plus de dix ans. Fidèle à une esthétique où la mélodie prime toujours sur l'effet, le bassiste et compositeur réunit un sextet de fidèles complices composé de Mike Rodriguez, Chris Cheek, Gil Goldstein, Steve Cardenas et Adam Nussbaum.
Les neuf compositions originales privilégient la nuance et la respiration plutôt que la démonstration. Les lignes mélodiques circulent avec une grande fluidité entre les cuivres, le piano et la guitare, tandis que Steve Swallow, fidèle à sa discrétion naturelle, préfère soutenir le discours collectif plutôt que d'occuper le devant de la scène. L'ensemble développe une sonorité chaleureuse, où le swing se mêle à une approche presque chambriste de l'espace et de l'écoute.
Enregistré pour ECM, Winter Songs s'inscrit pleinement dans l'identité sonore du label tout en affirmant la personnalité singulière de son auteur. À travers une écriture d'une remarquable limpidité, Steve Swallow rappelle qu'une musique profondément expressive n'a pas besoin d'en faire trop. Un disque tout en finesse, porté par la sagesse d'un musicien qui continue d'écrire parmi les plus belles pages du jazz contemporain.
MIKE CLEMENT – POLKA DOTS AND RAY BANS
Une fois n'est pas coutume… deux fois, cela commence à le devenir. Après nous avoir fait découvrir Mike Clement il y a quelque temps, Guillaume Lagrée, fidèle ami de Couleurs Jazz, a une nouvelle fois encouragé le guitariste à nous adresser son nouvel album, Polka Dots and Ray Bans. Une excellente initiative, tant ce disque confirme tout le bien que nous pensions déjà de ce musicien.
Profondément enraciné dans la tradition du jazz, Mike Clement signe un album où le bebop, le swing, le blues, la soul et les grooves typiques de La Nouvelle-Orléans se rencontrent avec une remarquable fluidité. Entouré d'une impressionnante équipe de musiciens – Leroy Jones, Miles Berry, Connor Stewart, Julian Lee, Gerald Watkins Jr. et Tris Duncan –, le guitariste privilégie avant tout le plaisir du jeu collectif. Ses compositions, inspirées et généreuses, offrent un terrain d'expression idéal à des improvisateurs de premier plan, tout en conservant une remarquable cohérence d'ensemble.
À une époque où certains projets cherchent avant tout à surprendre par leur concept, Polka Dots and Ray Bans rappelle que les fondations du jazz restent intemporelles : de belles mélodies, un swing irrésistible, des arrangements soignés et des musiciens qui jouent avec le cœur. Un disque sincère, lumineux et terriblement attachant, qui confirme Mike Clement parmi les guitaristes les plus inspirés de la scène jazz actuelle.
Salma Quartet, Marseille prend la parole
À seulement quelques mois d'existence, le Salma Quartet incarne avec fraîcheur l'émergence d'une nouvelle génération de musiciens marseillais. Réuni autour de la pianiste et compositrice Salma Blanchard, le quartet puise dans l'héritage du be-bop et du jazz moderne pour construire un langage personnel où l'écriture, l'improvisation et l'énergie collective avancent d'un même élan.
Aux côtés d'Antoine Lucchini (ou Matthieu Fabre sur l'album), France Duclairoir et Antoine-Aurèle Cohen-Perrot, Salma Blanchard alterne compositions originales et relectures inventives de standards méconnus. Nourrie par l'influence de Bill Evans, Michel Petrucciani, Brad Mehldau ou Emmet Cohen, la musique privilégie le dialogue, les contrastes et une liberté d'expression qui ne sacrifie jamais la mélodie.
Premier album d'un groupe né en 2024, Loin du désordre révèle une formation déjà très cohérente, portée par une ambition assumée : faire vivre le jazz d'aujourd'hui tout en ouvrant la scène à une nouvelle génération d'artistes. Une entrée en matière pleine de fraîcheur qui confirme également la vitalité de la scène jazz marseillaise.
Médéric Collignon, le jazz comme terrain de jeu total
Médéric Collignon a mis Camus, Mandela et Einstein dans un album de hip-hop. Et ça marche. Hip-Hop ! Tout Samplement est exactement le genre de projet qu'on n'attendait pas — et qui, une fois lancé, semble une évidence.
Le cornettiste français n'en est pas à son premier écart. Miles Davis, King Crimson, le cinéma — Collignon a toujours cherché ailleurs ce que le jazz ne lui donnait pas entièrement. Cette fois, c'est le hip-hop qu'il convoque. Pas pour faire semblant, pas pour le décorer — pour en extraire la substance et la faire dialoguer avec son propre langage. Les grooves, les samples, les rythmiques héritées de cette culture s'entremêlent avec l'improvisation et des arrangements d'une richesse inattendue.
Et au milieu de tout ça, ces voix. Camus, Mandela, Chaplin, Einstein, l'Abbé Pierre — des prises de parole du XXe siècle qui s'intègrent à la musique comme si elles avaient toujours été là. Collignon ne les utilise pas comme des gadgets. Il en fait des instruments.
L'histoire de cet album mérite d'être racontée. Prévu en 2019, retardé par le Covid, le disque a failli ne jamais sortir. Pendant l'attente, Collignon n'a pas chômé — il a composé, créé Arsis Thesis, une musique-monde qui a encore poussé le projet hip-hop dans ses retranchements. Un parcours semé d'embûches, mené sans filet. Et au bout, un ovni qui a même surpris un chauffeur de cab new-yorkais — "surpris qu'un Blanc fasse sonner cette musique comme ça", raconte Collignon. La meilleure des critiques.
Le jazz a toujours absorbé les musiques de son époque. Hip-Hop ! Tout Samplement le rappelle avec une liberté et une audace qui font du bien. Un disque vivant, signé par quelqu'un qui n'a visiblement peur de rien.
Hervé Celcal & Tilo Bertholo, les racines comme langue
Le bèlè n'a pas attendu le jazz pour exister. Hervé Celcal le rappelle. Ti Piman est un album de duo — piano et batterie, rien d'autre — qui revendique une identité plutôt que de simplement mélanger les genres. La musique martiniquaise n'est pas ici un habillage exotique. Elle est la fondation.
Hervé Celcal n'est pas un inconnu pour la rédaction de Couleur Jazz Radio. Ce pianiste martiniquais a l'habitude de séduire nos oreilles, et Ti Piman ne fait pas exception. Construit autour d'un duo avec le batteur Tilo Bertholo, l'album revendique une identité plutôt que de simplement mélanger les genres. Hervé Celcal bâtit ses compositions à partir des traditions antillaises, des rythmes créoles, du bèlè — et les fait évoluer au contact d'une écriture contemporaine sans jamais les trahir. Son piano est tour à tour percussif et lyrique, ancré et libre, capable de passer en quelques mesures de la chaleur d'une mélodie antillaise à la complexité d'un langage jazz totalement contemporain.
En face, Tilo Bertholo ne se contente pas d'accompagner — il dialogue, il répond, il pousse, il surprend. Sa batterie est inventive, nourrie autant des rythmiques créoles que du jazz moderne, et ses interventions donnent à chaque morceau une respiration unique. Le duo joue avec une intensité organique qui n'appartient qu'aux musiciens qui ont quelque chose à défendre ensemble, quelque chose qui dépasse la simple performance.
Sans basse, sans harmonie supplémentaire, chaque silence pèse. Chaque accent devient une couleur. Cette économie de moyens ne réduit pas la musique — elle la concentre, la rend plus dense, plus directe. Huit compositions originales, traversées par le groove, l'improvisation et une émotion qui touche juste. Les mélodies sont souvent lumineuses, portées par une architecture rythmique d'une sophistication qui ne se révèle qu'à l'écoute attentive.
Ti Piman est un album exigeant et immédiatement vivant. Profondément martiniquais, profondément jazz, profondément personnel. Qui mérite largement d'être entendu au-delà du cercle des amateurs de jazz créole.
Bruno Bongarçon, Kenny Burrell réinventé
Les guitaristes sont décidément à l'honneur ce mois-ci. Après Mike Clement, Bruno Bongarçon s'impose avec God Bless the Child, un projet aussi personnel qu'ambitieux — une relecture d'un album marquant de Kenny Burrell, enregistré en 1971, qui en révèle de nouvelles couleurs sans jamais trahir son esprit.
Kenny Burrell, c'est une légende vivante. Né en 1931 à Detroit, il est l'un des derniers témoins directs de l'âge d'or du bebop et du jazz moderne. Il a côtoyé les plus grands — John Coltrane, Gil Evans, Jimmy Smith, Oscar Peterson, et même Duke Ellington qui voyait en lui le guitariste idéal. Une carrière de plus de soixante-dix ans, une sonorité reconnaissable entre toutes, un sens de la mélodie et du blues qui n'appartient qu'à lui. À plus de 90 ans, son œuvre continue d'irriguer le jazz d'aujourd'hui.
C'est cet héritage que Bruno Bongarçon aborde avec respect et liberté. Musicien de studio parmi les plus sollicités de la scène française, figure discrète mais incontournable du jazz hexagonal, il signe ici l'un de ses projets les plus personnels. Pour y parvenir, il réunit un sextet d'exception — guitare, section rythmique et un remarquable quintette de violoncelles — avec des arrangements signés Pierre Bertrand qui ouvrent la musique vers des territoires inattendus, entre jazz, musique de chambre et atmosphères cinématographiques.
Le résultat ne cherche pas à reproduire l'original. Il en révèle de nouvelles nuances, portées par une interprétation élégante et profondément sensible. God Bless the Child célèbre autant l'héritage de Burrell que la force intemporelle des grandes mélodies. Un album raffiné, qui mérite largement d'être découvert.
Green Dolphin, fidèles à leur nom
Un groupe qui s'appelle Green Dolphin ne peut que jouer du bebop. Et c'est exactement ce que font Patrick Billion au piano, Arnaud Gobin à la contrebasse et Julien Querbes à la batterie. One For The Road est leur album — chaleureux, généreux, ancré dans la grande tradition du trio acoustique.
Le répertoire navigue entre standards, bossa nova et quelques compositions originales. Ellington, Parker, Gillespie, Henderson, Jarrett, Zawinul, Stevie Wonder — les références se devinent en filigrane, sans jamais figer le trio dans une esthétique muséale. Le swing et la mélodie restent les fils conducteurs, portés par une écoute mutuelle qui prime toujours sur la démonstration.
One For The Road, c'est aussi un titre qui résume bien l'esprit du disque — le dernier verre avant de partir, celui qu'on savoure le plus. Un album qui prouve, une fois encore, que le bop et le hard bop n'ont rien perdu de leur force ni de leur pouvoir de séduction. La rédaction de Couleurs Jazz, qui affectionne tout particulièrement cette esthétique, ne s'y est pas trompée.
ZOOT BIG BAND – BAGAGES EN ZOOT
Depuis près de dix ans, le Zoot Collectif s'impose comme l'un des ensembles les plus créatifs de la scène jazz française. Avec Bagages en Zoot, son tout nouveau Big Band poursuit cette aventure en renouant avec la grande tradition du swing et du bebop, dans l'esprit des orchestres de Count Basie, Duke Ellington, Neal Hefti ou Woody Herman, tout en privilégiant des compositions originales.
Porté par seize musiciens parmi les plus talentueux de leur génération et dirigé par le trompettiste Noé Codjia, l'ensemble affiche une énergie communicative, une précision redoutable et un véritable plaisir de jouer ensemble. Un album qui confirme la vitalité du jazz orchestral français et dont nous reparlerons plus en détail dès réception du dossier de presse.




















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