
Parmi les moments privilégiés qui ont marqué l’imaginaire des amateurs de jazz figurent le concert de Benny Goodman au prestigieux Carnegie Hall de New York (1938), ceux de Louis Armstrong au Town Hall (1947), de Dizzy Gillespie à la Salle Pleyel (1948), d’Ella Fitzgerald dans la pinède de Juan-les-Pins (1964) et de Keith Jarrett au Blue Note de New York (1998).
À cette liste non exhaustive s’ajoute celui présentant sur la scène du Massey Hall de Toronto, le 15 mai 1953, un quintet de rêve constitué des maîtres du bebop : le saxophoniste alto Charlie Parker, le trompettiste Dizzy Gillespie, le pianiste Bud Powell, le contrebassiste Charles Mingus et le batteur Max Roach. C’est cet instant de légende qu’évoque d’une plume alerte Franck Médioni dans un livre intitulé fort justement « Jazz at Massey Hall« .
Organisé par des amateurs passionnés de la New Jazz Society (NJS), le concert se déroula sans une campagne de publicité préalable devant un public clairsemé, nombre de spectateurs potentiels étant restés devant leurs postes de télévision pour voir la retransmission, depuis le Stadium de Chicago, du championnat du monde de boxe poids lourds opposant Rocky Marciano à Jersey Joe Walcott.
Si la réussite commerciale de cette téméraire initiative ne fut pas au rendez-vous, sa qualité artistique fut époustouflante comme le montre l’enregistrement du concert proposé ici dans son intégralité avec le « solo absolu » de batterie de Max Roach (Drum Conversation) et les versions complètes de Perdido et Wee.
Une précision : Comme le signale Jean Buzelin, Charles Mingus, qui avait récupéré les bandes du concert pour les publier sur son label Debut, réenregistra en studio sa partie de contrebasse jugée peu audible qu’il mixa en overdubbing au matériau d’origine.
Si on peut regretter l’absence d’une bibliographie mentionnant des références historiques sur le sujet comme « Quintet of The Year » de Geoffrey Haydon (Aurum Press, 2002) ou « Cool Blues. Charlie Parker in Canada, 1953 » de Mark Miller (Nightwood Editions, 1989), des chapitres présentant fort utilement la genèse du bebop et la carrière des acteurs du concert, ajoutent encore à la qualité de l’ensemble.
Tout aussi bienvenus sont les commentaires de musicien(ne)s interviewés par l’auteur comme Franck Amsallem, Antoine Berjeaut, Laurent bataille, Joe Lovano, Christophe Monniot, Alexandra Grimal, Christophe Marguet, Fabrice Moreau, Matthieu Donarier, Enzo Carniel, Stéphane Kerecki qui apportent sur cet instant unique de l’histoire du jazz un éclairage fort précieux.
Bref, nous avons là le jazz dans sa liberté, sa splendeur et sa magie.

« Jazz at Massey Hall » de Franck Medioni
Éditions Frémeaux & Associés (2026), 231 pages.
« The Complete Jazz at Massey Hall, Toronto, 15-05-1953«
1 Cd Frémeaux & Associés FA5924





















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