Au cours de son histoire, le jazz polonais fut souvent un moyen de lutte contre toutes les formes d’oppression et une « fenêtre sur la liberté » ouverte à de multiples influences. En témoigne la programmation de cette 33ème édition de « Jazz à Junas » largement consacrée aux formations actuelles de la scène polonaise.  

Mercredi 22 juillet 2025

Le groupe Prima Kanta a donné le coup d’envoi du festival à 18 heures, Place de l’Avenir, avec un show mettant en scène les procédés de la musique minimaliste de Terry Riley et de Steve Reich. Le format orchestral clarinette basse/saxo soprano, harpe électro-acoustique, claviers, voix, ici utilisé avec talent, favorise la recherche d’alliages sonores inusités en mettant en avant dans un esprit de liberté et de rigueur une musique originale accessible à tous.

Les festivités se sont poursuivies dans le cadre enchanteur des carrières du bon temps avec le Marcin Trio qui s’est fait connaître, il y a maintenant une bonne trentaine d’années, auprès du trompettiste Tomasz Stańko avant de devenir une formation phare du jazz polonais.

Le répertoire du groupe mêle des compositions originales et des standards interprétés avec un sens des nuances et de la mélodie hérité de la tradition illustrée par le trio de Bill Evans. En ressort une musique largement improvisée, portée avec rigueur et élégance par la complicité régnant entre les membres du groupe. Un travail d’orfèvre.

La soirée s’est terminée par un très bel hommage de Marion Rampal à Abbey Lincoln, une grande dame du jazz qui fut une activiste des Droits Civiques restée célèbre pour sa participation au disque « We Insist! Max Roach’s Freedom Now Suite » (1961) en compagnie du saxophoniste Coleman Hawkins et de son époux, le batteur Max Roach.

Une occasion pour la chanteuse d’interpréter avec sensibilité et authenticité quelques pièces significatives du répertoire de son idole. Ses accompagnateurs, qui participèrent à l’enregistrement de l’album intitulé « Song for Abbey« , furent remarquables.

Un beau concert.

 

 

Place de l’avenir :

Prima Kanta « In a purple time » (France)

Laurent Rochelle (clarinette basse, saxo soprano), Rébecca Féron (harpe électro-acoustique, voix), Frédéric Schadoroff (claviers, voix), Arnaud Bonnet (violon, voix).

Carrières du bon temps

Marcin Wasilewski Trio (Pologne)

Marcin Wasilewski : piano,

Sławomir Kurkiewicz : contrebasse,

Michal Miśkiewicz : batterie.

Marion Rampal « Song for Abbey » (France)

Marion Rampal : voix,

Matthis Pascaud : guitare,

Thibault Gomez : piano & clavier numérique,

Simon Tailleu : contrebasse,

Raphaël Chassin : batterie.

Jeudi 23 juillet

18h Duo Brady place de l’avenir

Bénéficiant d’une solide formation classique et jazz les violoncellistes Michèle Pierre et Paul Colomb du Duo Brady ont mené leur carrière sous le signe de l’éclectisme. Après leur album « Plaines » (2020), ils nous emmènent dans le domaine de la science-fiction en imaginant des épisodes de l’existence des humains hors du contexte de la Terre. Ceci nous vaut d’imaginer, autour d’une valse sentimentale ou des procédés de la techno, les interrogations d’un avenir incertain.

Après Marcin Wasilewski, un autre grand artiste polonais, Adam Baldych, a investi la scène des Carrières pour présenter au public le répertoire de son dernier album à paraître chez Act.

On l’entend utiliser toutes les ressources de son violon en multipliant les coups d’archet énergiques et les effets pizzicato pour improviser avec aisance et développer un univers personnel intimiste marqué par le jazz et les musiques traditionnelles d’Europe centrale.

L’entente avec ses partenaires favorise la plénitude du son du quartette. Parmi eux, figurent le pianiste suédois Jacob Karlzon qui propose toujours les bons choix harmoniques, le contrebassiste Michel Bénita qui assure, sans notes inutiles, une sûreté rythmique d’une grande solidité, et le bandonéoniste italien Danielle Di Bonaventura, ici limité au rôle d’accompagnateur, dont le discours s’intègre avec aisance au jeu d’ Adam Baldych.

Anne Paceo a conclu la soirée en nous présentant quelques-unes de ses compositions extraites de son album intitulé « Atlantis » inspirées par l’Océan et son expérience de plongeuse débutante.

C’est ce que traduit sa musique au travers de la voix profonde de Cynthia Abraham, des interventions de Christophe Panzani et Lillian Millie et de la pulsation rythmique engendrée par la batterie d’Anne Paceo, le tout enveloppé par les nappes sonores émergeant des synthétiseurs de Maya Cross et du piano de Gautier Toux, un grand architecte des sons.

Place de l’avenir

Duo Brady place de l’avenir

Michèle Pierre et Paul Colomb : violoncelle

Carrières du bon temps

Adam Baldych Quartet

Adam Baldych : violon, Pologne

Danielle Di Bonaventura : bandonéon, Italie

Jacob Karlzon : piano,   Suède

Michel Bénita : contrebasse    France

Anne Paceo « Atlantis » France

Anne Paceo : batterie, voix, compositions,

Cynthia Abraham : voix, percussions,

Christophe Panzani : saxophone ténor, effets,

Lilian Millie : trompette

Maya Cross : Claviers,

Gautier Toux : piano

 Vendredi 24 juillet

Place de l’avenir

L’univers musical du trio Gigigi est construit autour d’une fusion très libre du rock alternatif et de l’électro exprimée par des mélodies attachantes et le groove solide généré par la batterie de Matteo Stefani.  Le projet prometteur de jeunes musiciens.

Carrières du bon temps

Motion Trio 21 h

Fondé en 1996 par Janusz Wojtarowicz, le Motion Trio prolonge la tradition de l’accordéon en l’enrichissant d’apports originaux. Utilisant un répertoire constitué pour l’essentiel de compositions du leader, ici accompagnés par ses complices Pawel Baranek et Marcin Gałażyn, le trio visite les domaines du classique, du jazz, du rock et des musiques des balkans avec panache, virtuosité et authenticité sans jamais tomber dans la facilité. Arrangée avec goût, leur musique de feu a enthousiasmé le public.

Leon Phal quintet 22h 30

Le Léon Phal Quintet mêle en un tout structuré les procédés de la musique électronique, ici les cycles et les loops conçus par l’imaginatif Gautier Toux aux claviers, pour générer un groove dansant porté par la contrebasse acoustique de Rémi Bouyssière et la batterie d’Arthur Allard, le tout visiblement apprécié des danseurs qui ne tardèrent pas à investir le devant de la scène.

Les souffleurs du groupe, le trompettiste Zacharie Ksyk qui possède une belle sonorité et le saxophoniste ténor Léon Phal capable de jouer la ballade avec un sens aigu de la note juste, ont beaucoup apporté à la réussite de l’ensemble. On attend avec impatience le quatrième disque du groupe dont quelques titres ont été présentés en avant première au public de Junas.

Place de l’avenir

Gigigi France & Italie

Anna Bouchet : clarinette basse et chant     France

Teresa Bertoni : guitare et chant                 Italie

Matteo Stefani : batterie et chant                 Italie

Carrières du bon temps

Motion trio Pologne

Janusz Wojtarowicz : accordéon chromatique à touches piano

Paweł Baranek : accordéon chromatique à boutons

Marcin Gałażyn : accordéon chromatique à boutons

Léon Phal Quintet

Léon Phal : saxophone ténor

Zacharie Ksyk : trompette

Gauthier Toux : claviers

Arthur Alard : batterie

Rémi Bouyssière : contrebasse

Samedi 25 juillet

Ce samedi 25 juilllet qui terminait en beauté le festival, le batteur et peintre suisse Daniel Humair a présenté au temple de Junas sa biographie* en compagnie des auteurs, Julien Le Gros et Frédérick E. Grasset.

Ce moment de convivialité fut suivi au même endroit d’un concert qui l’associait à son complice, le saxophoniste Vincent Lê Quang, le tout éclairé par la lumière filtrant des vitraux réalisés par le batteur en 2013.

Une occasion pour les deux hommes de proposer au public un répertoire où figurait une version originale des Oignons, le tube du grand Sidney Bechet emportée par la pulsation rythmique énergique de l’octogénaire Daniel Humair.

* »Daniel Humair » de Julien Le Gros et Frédérick E. Grasset, éditions Frémeaux & Associés.

La soirée s’est poursuivie aux Carrières avec le trio d’Avishai Cohen qui a interprété le répertoire de son nouvel album intitulé « Eternal Child », du nom d’un morceau de Chick Corea qui le fit connaître.

On y trouve, écrites d’une plume habile, dix compositions du contrebassiste évoquant ses proches (Simchover dédié à Itay Simhovich), ou des ambiances particulières (Tonight décrivant l’univers des Jazz Messengers version Lee Morgan).

Toutes sont interprétées avec enthousiasme par un trio de choc mené de main de maître par Avishai Cohen ici entouré de musiciens de la jeune garde comme le batteur Jeff Ballard et le pianiste Itay Simhovich, découvert en 2024 par le patron au festival « Jazz in Marciac ».

Dans un contexte musical complètement différent, le groupe polonais Pink Freud a terminé en fanfare cette 33e édition de « Jazz à Junas » aux sons puissants d’une musique parfois surprenante faisant référence au rock, à l’électro, au punk et aux pittoresques foutoirs de l’Art Ensemble of Chicago.

Temple de Junas

Daniel Humair : batterie

Vincent Lê Quang : saxophones ténor et soprano

Carrières du Bon temps

Avishai Cohen Trio              Israël / États-Unis     

Avishai Cohen : contrebasse

Itay Simhovich : piano

Jeff Ballard : batterie

Pink Freud Pologne

Wojtek Mazolewski : basse

Tomek Duda : saxophone

Adam Milwiw-Baron : trompette

Jerzy Rogiewicz : batterie

 

©Photos Patrick Martineau/JZZM

 

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