« Horum omnium fortissimi sunt Belgae » — « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus forts », écrivait Jules César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. La statue d’Ambiorix, érigée en 1884 sur la Grand-Place de Tongres, nous rappelle que le roi des Éburons n’a pas seulement donné son nom à une marque de chaussures : il avait surtout fièrement combattu les légions romaines sans jamais être capturé par César.

Plus de 2 000 ans plus tard, c’est dans cette charmante petite ville de Belgique que se tenait cette année le Motives for Jazz Festival, troisième édition d’un événement itinérant qui met le jazz flamand à l’honneur, sans pour autant s’y limiter. Ainsi, Ola Tunji, premier groupe à l’affiche le jeudi soir, est basé à Bruxelles et dirigé par la saxophoniste française Onella Noulet. Déjà auréolé de plusieurs prix en France comme en Belgique, le quartet voue une admiration sans bornes au jazz spirituel de John Coltrane, sans que cela ait le moindre rapport avec la célébration du centenaire du célèbre musicien. Avec un premier album dont la sortie sur le label brugeois Werf est prévue plus tard cette année, le quartet a livré une musique originale et intense, dans le sillage du mouvement New Thing initié dans les années 1960.

Un peu plus tard, le pianiste belge Alex Koo présentait, aux côtés de son épouse, la vocaliste Lorena Del Mar, son tout nouveau projet, Kimono Garden. Le couple était rejoint par Andrew Claes aux flûtes et à l’EWI ainsi que par Trui Amerlinck à la basse et au violoncelle. L’alternance entre instruments électriques et acoustiques confère à la musique d’Alex Koo une dimension particulière, sublimée par son talent de compositeur.

Cette première soirée, certes modeste en nombre d’heures d’écoute, devait être suivie de deux journées plus riches, au cours desquelles pas moins de huit formations se sont succédé sur la scène du Velinx, superbe centre culturel sorti de terre en 1994.

Parmi celles-ci, on retiendra notamment le jeu à quatre mains du pianiste Bram Weijters et de Martijn Vanbuel. Ce dernier est davantage connu comme contrebassiste, mais il avait relevé ce soir-là le défi d’alterner entre le piano à quatre mains et le duo piano-accordéon. À la frontière du classique et du jazz, le répertoire incluait un thème de saison, Autumn Leaves, même si, dehors, point de feuilles mortes à ramasser à la pelle : l’été continuait à mener la danse.

Un peu plus tard dans la soirée, juste après le nouveau et très mélodieux projet Zilt du flûtiste Stefan Bracaval, le jeune pianiste anversois Milan Verbist démontrait toute l’étendue de son talent aux côtés de Toon Rumen à la contrebasse et de Jens Meijer à la batterie. Fils du contrebassiste Piet Verbist, il présentait un répertoire varié, issu en partie de son premier album paru sur Origin Records, label basé à Seattle et dirigé par le batteur américain John Bishop. Celui-ci connaît bien la famille Verbist puisqu’il avait déjà produit plusieurs albums de Piet avant d’accueillir son fils pour ce premier opus, qui sera suivi d’un deuxième l’année prochaine.

Le jazz ne connaît heureusement pas de frontières, linguistiques ou autres. En témoigne le quartet Elements d’Olivier Chavet, avec lequel la soirée du vendredi devait se terminer en beauté. Le batteur Olivier Chavet a en effet réuni le contrebassiste Werner Lauscher, musicien allemand, autour d’un projet où la frontière entre les deux pays s’efface naturellement : tous deux sont originaires d’Aix-la-Chapelle. Le pianiste liégeois Igor Géhénot et le trompettiste régional de l’étape, Carlo Nardozza, complétaient l’ensemble. Forts de leurs expériences respectives comme leaders et sidemen dans de nombreux projets, les quatre musiciens apportent chacun leur pierre à l’édifice bâti par Olivier Chavet autour de ses propres compositions.

Comme pour Ola Tunji, c’est une nouvelle fois Bruxelles qui sert de base au quartet international Dear Uncle Lennie, créé en 2022 par le pianiste suisse Camille-Alban Spreng. Après un premier album paru sur Yolk, leur deuxième opus est le fruit d’une collaboration entre le label hongrois BMC Records et le belge Igloo. C’est évidemment ce nouvel album, Sister Juniper, qu’ils étaient venus présenter, sans le clarinettiste Joachim Badenhorst, remplacé pour l’occasion par l’Irlandais Sam Commerford.

Avec Benjamin Sauzereau à la guitare et Marco Giongardi au banjo, l’instrumentation originale confère au quartet une sonorité singulière, où la touche folk s’imbrique parfaitement dans l’univers improvisé propre au jazz.

L’autre concert marquant du samedi fut celui du trio Kin Gajo. Ces trois figures de proue du jazz flamand — l’accordéoniste Stan Maris, le saxophoniste Werend Van Den Bossche et le batteur Tom Peeters — ont collaboré avec l’artiste visuel Moon, qui s’est inspiré de leur musique pour créer un manga en noir et blanc offert aux détenteurs du vinyle. Le projet, qui porte le nom japonais Tsuki, signifie avant tout « lune », mais désigne également le nom d’un personnage de manga. C’est tout cet univers à la forte portée symbolique dans lequel le trio nous plonge une fois sur scène.

Nous ne devions d’ailleurs pas totalement quitter l’univers japonais avec le concert pop légèrement teinté de jazz d’An Pierlé. Non pas musicalement, mais visuellement, la chanteuse arborant durant la première partie de son set un vêtement clairement inspiré du kimono traditionnel japonais.

De Kimono Garden, le premier soir, au concert de clôture d’An Pierlé, le programme éclectique du Motives for Jazz Festival nous aura donné autant de motifs d’apprécier le jazz sous toutes ses formes. Dommage, toutefois, que le public n’ait pas suffisamment répondu présent pour cette édition 2026. Espérons qu’il en sera autrement l’année prochaine à Genk.

Lien vers le site de Motives for Jazz Festival 2026.

©Photos provenant du site officiel de Motives for Jazz Festival 2026.

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