Hit Couleurs JAZZ

Gonam City c’est la rencontre d’un pianiste qui joue sur un piano à 102 touches et qui les utilise toutes, et d’un trompettiste qui double au bugle et qui triple à la trompette à coulisse. Et ces deux-là nous font un jazz d’aventuriers dans des contrées musicales incertaines avec des sonorités à couper le souffle et les doigts.

Et ces deux-là nous entraînent dans un enchevêtrement charivarié d’histoires sans début ni fin.

Et ces deux-là nous convient à un ballet de sons qui se percutent, s’aiment et se déchirent, s’harmonisent en brinqueballant.

Et ça marche. Voilà, vous savez tout sur Gonam City. Ou presque…

Le duo piano-trompette, on connaît déjà. Quelques belles pages ont été écrites dans la domaine, généralement à haute dose de ballades, mettant en scène des artistes de haut vol des deux instruments. La liste serait longue et belle.

Bien que sorti en 2018, le disque n’a pas eu les honneurs du box-office sans doute à cause de sa nature par trop avant-gardiste, d’ailleurs distribué par un label spécialisé dans le jazz contemporain. Malgré tout, il révèle quelques surprises qu’il est bon de redécouvrir à l’occasion de l’écoute.

Ici, la surprise tient d’abord à la personnalité des intervenants qui ne sont pas à ce jour des pointures reconnues mondialement dans le landerneau jazz, mais gageons que la première marche est franchie…Ensuite, des ballades sirupeuses n’en cherchez pas trop, ou alors absconces…Enfin, les instruments : de pas tous les jours !

Tenez, un piano à 102 touches (fabriqué pour l’occasion) c’est déjà grand dans un salon, mais dans des mains, imaginez ? Ou plutôt écoutez ce disque et vous verrez à quoi sert un piano en dehors de la décoration. La palette, toute la palette et pas rien que la palette, mais plus encore. Toute l’étendue possible des octaves qui poussent encore le souffleur dans ses derniers retranchements, servi par un jeu de piano à la scansion très moderne à fois académique et intemporelle !

Le souffleur, on entend même le souffle. Le souffle sans le son, ce qui donne vie à l’instrument au-delà du jeu. Sur Terrarium par exemple, ou l’on sent l’infini du souffle et la co-existence de l’instrument. Du Kenny Wheeler mâtiné de Chet !

Et puis il y a la trompette à coulisse, très rarement vue (parfois entre les mains de Stéphane Belmondo), qui est à la trompette ce que le trombone à pistons est au trombone.

Étendue de clavier, prolongement du souffle, donnent à cet album de défricheurs un parfum de jamais entendu. Et il ne s’agit pas d’un simple tour de force présentant des prouesses de virtuosité techniques, non, ce disque à une âme, une profondeur au sens vrai du terme, sans doute dû au lyrisme qui reste présent même dans les pièces les plus avant-gardistes. Que ce soit sur l’échevelé Etourneaux, sur la revisite du Celia de Bud Powell ou de From Gonam City with Love, on sent cette même passion du son qui se doit de raconter une histoire, même décousue.

Un de ces disques qu’il faut exhumer des bacs et remettre à sa juste valeur. Une  très grande cuvée pour une première. Chapeau les artistes.

Personnel :

Marc Benham – piano

Quentin Ghomari – trompette, bugle, trompette à coulisse


Gonam City est un album du label NeuKlang.

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