COULEURS JAZZ MONTH – THE BEST OF SEPTEMBRE 2026

Stochelo & Mozes Rosenberg — The Chaplin Project

Album Hit Couleurs Jazz
Stochelo Rosenberg • guitare · Mozes Rosenberg • guitare · Matheus Nicolaiewsky • contrebasse · Label • Label Ouest · Sortie • 18 septembre 2026

Angelo Debarre, Adrien Moignard & William Brunard — Django Celebration #03

Album Hit Couleurs Jazz

Angelo Debarre, Adrien Moignard & William Brunard — Django Celebration #03
Line-up : Angelo Debarre • guitare · Adrien Moignard • guitare · William Brunard • contrebasse · Label • Label Ouest · Sortie • 28 août 2026

Trois instruments, aucun endroit où se cacher et une envie manifeste de jouer. La rencontre entre Angelo Debarre, Adrien Moignard et William Brunard possède cette immédiateté que l’on retrouve dans les grandes jam-sessions : chacun connaît parfaitement le langage, mais personne ne semble vouloir réciter une leçon. Deux générations de guitaristes se répondent, se provoquent gentiment et prennent surtout plaisir à faire avancer la musique.

Will Blues, signé William Brunard, montre parfaitement que célébrer Django Reinhardt ne signifie pas rester enfermé dans son répertoire. Le morceau va chercher du côté de lignes plus bop tout en conservant l’élan, le swing et le caractère acoustique du jazz manouche. Compartiment Swing, Oyana, Tangogelo ou Autumn Leaves prolongent ce dialogue permanent entre héritage et liberté.

La virtuosité est évidemment au rendez-vous, mais elle ne devient jamais une fin en soi. Ce qui compte ici, c’est la conversation : une idée lancée par l’un, reprise ou détournée par l’autre, tandis que la contrebasse de William Brunard participe pleinement au jeu.

Du swing, du dialogue et surtout cette sensation réjouissante d’assister à une conversation entre trois musiciens qui n’ont plus rien à prouver.

Josh Lawrence — Philly Twisted

Album Hit Couleurs Jazz 

Line-up : Josh Lawrence • trompette · Willie Morris • saxophone ténor · Altin Sencalar • trombone · Art Hirahara • piano, Fender Rhodes · Boris Kozlov • contrebasse · Rudy Royston • batterie · Label • Posi-Tone Records · Sortie • 18 septembre 2026
Sortie : 18 septembre 2026

Pour son huitième album chez Posi-Tone, Josh Lawrence regarde du côté de Philadelphie et de cette formidable lignée de musiciens qui va de John Coltrane à Lee Morgan en passant par Benny Golson. Mais Philly Twisted n’est pas un disque nostalgique. Lawrence connaît parfaitement ce langage et préfère s’en servir pour construire une musique actuelle, énergique et remarquablement orchestrée.

Avec Willie Morris, Altin Sencalar et Art Hirahara, le trompettiste fait parfois sonner son sextet comme une formation beaucoup plus importante. Les cuivres ont de la puissance sans jamais devenir massifs, les arrangements respirent et laissent suffisamment d’espace aux solistes. Entre compositions originales et relectures de Monk, Mobley ou Silver, la tradition est bien présente, mais elle reste constamment en mouvement.

C’est toute la réussite de l’album : retrouver le swing, l’énergie et l’élégance du hard bop sans donner l’impression de rejouer le passé. Lawrence signe une véritable déclaration d’amour à Philadelphie, avec une écriture précise qui ne sacrifie jamais le plaisir immédiat du jeu.

Un disque solide, généreux et terriblement vivant, qui rappelle surtout qu’entre de bonnes mains, cette musique a encore beaucoup de choses à raconter.

👉 Lire la chronique complète de Jean-Michel Schlosser :
https://couleursjazz.fr/fr/josh-lawrence-philly-twisted

BenArt Ensemble featuring Baptiste Herbin — BenArt Ensemble

Album Hit Couleurs Jazz

Benoît Artuphel • basse électrique · Baptiste Herbin • saxophones alto & soprano · Amina Mezaache • flûte traversière · Céline Bonacina • saxophone baryton · Alexis Bajot-Nercessian • claviers, Fender Rhodes · Laurent Avenard-Kohler • guitare · Antoine Banville • batterie · Nils Wekstein • percussions · Label • Scene Libre· Sortie : 18 SPETEMBRE 2026

Avec le BenArt Ensemble, il y a aussi une petite histoire avec Couleurs Jazz. Nous avions découvert une première incarnation du projet au Couleurs Jazz Club à Musicora, autour de Ben Art, Amina Mezaache et Baptiste Herbin. Quelques années plus tard, cette énergie collective se retrouve sur un premier album qui a pris de l’ampleur sans perdre son goût du jeu.

Dès Barsoom, le ton est donné : une rythmique qui pousse, des cuivres qui circulent, de la flûte, du Fender Rhodes et surtout beaucoup de groove. Le disque voyage ensuite sans complexe entre funk, jazz, bossa, samba et rythmes afro-cubains. Sur le papier, le mélange pourrait partir dans toutes les directions ; à l’écoute, c’est au contraire la personnalité du groupe qui donne sa cohérence à l’ensemble.

Huit musiciens sont réunis, mais l’album ne ressemble jamais à une succession de démonstrations individuelles. Les arrangements distribuent les rôles, font apparaître les couleurs et laissent suffisamment d’espace pour que chacun puisse s’exprimer. On retrouve surtout cette sensation de collectif qui nous avait séduits lors de notre première rencontre avec le projet.

Un premier album généreux, très écrit sans jamais être figé, qui rappelle qu’une musique ambitieuse peut aussi avoir simplement envie de groover et de faire plaisir.

Asaf Yuria — In Light of a New Moon

Album Hit Couleurs Jazz 

Asaf Yuria • saxophone ténor · George Cables • piano · Omer Avital • contrebasse · Billy Hart • batterie · Joe Magnarelli • trompette · Label • JOJO Records · Sortie • 4 septembre 2026

Asaf Yuria aime le hard bop et ne s’en cache pas. Pas celui que l’on ressort avec précaution pour célébrer une époque révolue, mais celui qui swingue, qui mord et qui donne immédiatement envie de monter le volume. Il faut dire qu’avec George Cables, Omer Avital et Billy Hart derrière lui, le saxophoniste dispose d’un sacré terrain de jeu.

Hipsippy Blues en est probablement la meilleure démonstration. Le thème de Hank Mobley retrouve toute sa puissance, Joe Magnarelli vient renforcer la ligne de front et Billy Hart pousse l’ensemble avec cette façon unique de faire avancer la musique sans jamais la brusquer. Mais In Light of a New Moon ne repose pas uniquement sur son énergie : le disque sait aussi ralentir, respirer et laisser davantage d’espace aux musiciens.

Yuria possède un son généreux, sans effets inutiles, et surtout un rapport très naturel à cette tradition. Il ne cherche ni à déconstruire le hard bop ni à le reproduire à l’identique : il le joue simplement comme une langue toujours bien vivante.

Du jazz qui connaît parfaitement son histoire, qui assume pleinement le plaisir du swing et qui n’éprouve surtout aucun besoin de s’en excuser.

Benny Green — Renovation

Album Hit Couleurs Jazz

Benny Green • piano solo · Label • Sunnyside Records · Sortie • 18 septembre 2026

Seul devant son piano au Dizzy’s Club de New York, Benny Green n’a pourtant jamais vraiment l’air de jouer seul. Sa main gauche installe la basse, le rythme devient presque physique et tout son passé auprès de Ray Brown, Art Blakey ou Freddie Hubbard semble affleurer naturellement, sans que la musique regarde pour autant dans le rétroviseur.

For Duke Pearson en est une magnifique démonstration. Le toucher est précis, le swing permanent et Green possède cette capacité à faire vivre plusieurs voix simultanément à l’intérieur du piano. De Hi-Fly à This Here, il accélère, suspend une phrase, laisse quelques silences puis repart, sans jamais surcharger son discours.

C’est sans doute ce qui rend Renovation aussi vivant : derrière une maîtrise technique impressionnante, Benny Green ne perd jamais de vue l’essentiel. La virtuosité n’est pas une destination, mais simplement un moyen de faire avancer la musique et de raconter une histoire.

Un piano solo généreux et habité, où la technique finit par s’effacer derrière ce qui compte vraiment : le swing.

👉 Lire la chronique complète de Jean-Michel Schlosser :
https://couleursjazz.fr/fr/benny-green-renovation/

Rachel Spencer — The Next Right Thing

Album Hit Couleurs Jazz ·

Rachel Spencer • trompette · Jerry Espinoza • saxophones · Andy Langham • piano · Liam O’Dell • basse · Mike Gordon • batterie · Label • à confirmer · Sortie • 25 septembre 2026

Il y a quelque chose de particulièrement attachant dans le premier album de Rachel Spencer : cette musique avance sans jamais chercher à en faire trop. La trompettiste possède un son clair, chantant, et une écriture qui conserve les fondamentaux du hard bop tout en laissant entrer des grooves beaucoup plus contemporains. L’influence de Blue Mitchell, Roy Hargrove ou Kenny Garrett est perceptible, mais Spencer commence déjà à dessiner son propre territoire.

Les sept compositions originales racontent aussi cinq années de doutes, de choix et de construction artistique. The Next Right Thing résume parfaitement cette trajectoire : le morceau démarre presque retenu avant de progressivement s’ouvrir et trouver son véritable mouvement. Steamrollin’ montre un autre visage, plus frontal et énergique, renforcé par la présence de Michael Dease au trombone.

Ce qui séduit surtout, c’est cette capacité à rester mélodique sans tomber dans la facilité. Rachel Spencer ne cherche pas à révolutionner le hard bop, mais à s’en servir comme point de départ pour construire sa propre musique.

Un premier album sincère, vivant et très mélodique, qui donne surtout envie de suivre la suite du parcours de Rachel Spencer.

Jamie Safir — Momentism

Album Hit Couleurs Jazz ·

Jamie Safir • piano · Conor Chaplin • contrebasse · Luke Tomlinson • batterie · Iain Ballamy • saxophone ténor · Label • Chill Tone Records · Sortie • 4 septembre 2026

Après quinze années passées à accompagner les autres, Jamie Safir avait manifestement des choses à raconter sous son propre nom. Pour ce premier album en leader, le pianiste britannique s’entoure de Conor Chaplin à la contrebasse, Luke Tomlinson à la batterie et, sur plusieurs titres, du saxophoniste Iain Ballamy. Le résultat possède l’élégance du jazz britannique, mais surtout un vrai goût pour la mélodie.

Clocker en donne une belle idée : le trio avance avec précision, mais sans raideur, porté par un piano qui privilégie toujours le mouvement et la clarté. Safir assume aussi des influences qui dépassent largement le jazz, de Joni Mitchell à Steely Dan, et cela s’entend dans son sens de la chanson et sa manière de construire les mélodies.

La musique reste sophistiquée sans chercher à le montrer à chaque mesure. Les arrangements respirent, le trio laisse de la place au silence et Jamie Safir préfère installer une atmosphère plutôt que multiplier les démonstrations techniques.

Un premier album personnel, élégant et accessible sans être facile, où l’émotion et la mélodie comptent finalement davantage que la virtuosité.

Mike Dana Jazz Orchestra — Farther (Still)

Album Hit Couleurs Jazz · 

Mike Dana Jazz Orchestra · Bob Mintzer • saxophone · Ingrid Jensen • trompette · Eric Marienthal • saxophone · Tim Ries • saxophone · Wayne Bergeron • trompette · Aaron Janik • trompette · Label • Origin Records · Sortie • 18 septembre 2026

Un big band n’a pas besoin de jouer fort en permanence pour donner une impression de puissance. Mike Dana l’a parfaitement compris. Son orchestre respire, laisse circuler les lignes entre les pupitres et ménage suffisamment d’espace pour que les solistes existent réellement. Eric Marienthal, Bob Mintzer, Tim Ries, Ingrid Jensen ou Wayne Bergeron apportent ainsi leurs couleurs sans transformer l’album en catalogue de prestigieux invités.

Sur The Truth Is, comme sur l’ensemble de Farther (Still), c’est surtout l’écriture de Mike Dana qui retient l’oreille : précise, riche, mais jamais inutilement démonstrative. Il sait densifier l’orchestre puis l’alléger au bon moment, faire surgir une voix avant de remettre le collectif en mouvement. Cette manière de jouer sur les contrastes donne au disque toute sa respiration.

Le big band conserve ainsi toute sa puissance, mais sans fonctionner constamment à plein régime. Les moments plus retenus donnent justement davantage de poids à ceux où l’orchestre se déploie pleinement.

Un jazz orchestral élégant, généreux et accessible, qui respecte toute l’histoire du big band sans jamais donner l’impression de vivre dans le passé.

Joe Block — There Is Always Hope

Album Hit Couleurs Jazz ·

Joe Block • piano · Noah Halpern • trompette · Chris Lewis • saxophone · Morgan Guerin • saxophone · Dylan Band • saxophone · Abdias Armenteros • saxophone · Samuel Harris • basse · Christian McGhee • batterie · Kurt Rosenwinkel • guitare · Label • Blue Engine Records / Jazz at Lincoln Center · Sortie • 25 septembre 2026

À force de jouer cette musique ensemble, Joe Block et ses musiciens ont fini par lui donner quelque chose qu’aucune partition ne peut vraiment prévoir : une histoire commune. Certaines compositions ont mûri pendant près de six ans avant leur passage en studio, et cela s’entend dans la manière dont le groupe réagit, laisse de l’espace et change de direction sans jamais casser le mouvement.

The Opening installe immédiatement cet univers : une écriture ambitieuse, la puissance des saxophones et de la trompette, mais toujours avec une vraie attention portée à la mélodie. Autour du pianiste, Noah Halpern, Chris Lewis, Morgan Guerin, Dylan Band, Abdias Armenteros, Samuel Harris et Christian McGhee forment bien davantage qu’un ensemble réuni pour une simple séance d’enregistrement.

Plus loin, Kurt Rosenwinkel rejoint l’aventure sur Ungrounded, mais sa présence ne détourne jamais l’attention de ce qui fait la véritable force du disque : l’écriture et la personnalité de Joe Block.

Un premier album en leader dense et très personnel, porté par un groupe qui a eu le temps de vivre avec cette musique et par un compositeur qui possède déjà une véritable voix.

Léon Phal — Bodies & Ideas

Album Hit Couleurs Jazz ·

Léon Phal • saxophone · Zacharie Ksyk • trompette · Gauthier Toux • claviers · Rémi Bouyssière • contrebasse · Arthur Alard • batterie · Fabiana Martone • voix · Jungle Jack • rap · Label • Heavenly Sweetness / Sony Masterworks · Sortie • 25 septembre 2026

Léon Phal fait partie de cette génération pour laquelle faire danser le jazz n’a rien d’un sacrilège. Son quintette — Zacharie Ksyk, Gauthier Toux, Rémi Bouyssière et Arthur Alard — fonctionne comme un véritable groupe, capable de conserver le langage et la liberté du jazz tout en allant chercher naturellement du côté de la soul, du hip-hop et des musiques électroniques. Bodies & Ideas, son quatrième album, pousse cette idée encore plus loin.

Gimme a Smile résume parfaitement cet équilibre : une mélodie qui accroche immédiatement, un groove qui donne envie de bouger et toujours suffisamment d’espace pour que les musiciens puissent interagir. Rien ne semble plaqué ou ajouté pour moderniser artificiellement le propos. Ailleurs, Fabiana Martone apporte sa voix à Murmulea, tandis que Jungle Jack intervient sur Pleine Forêt, élargissant encore les couleurs du disque.

C’est finalement ce que raconte très bien le titre de l’album : le corps et les idées, sans obligation de choisir entre les deux. Léon Phal réussit à conserver l’exigence et la liberté du jazz tout en assumant pleinement son envie de groove.

Un disque lumineux, généreux et terriblement vivant, pensé autant pour les oreilles que pour les jambes.

Émile Parisien — Floating

Album Hit Couleurs Jazz ·

Émile Parisien • saxophone soprano · Yaron Herman • piano · Linda May Han Oh • contrebasse, voix · Prabhu Edouard • tablas, percussions, voix · Label • ACT Music · Sortie • 24 septembre 2026

Parfois, ralentir permet d’aller beaucoup plus loin. Avec Floating, Émile Parisien délaisse la tension et la virtuosité frontale pour installer une musique plus aérienne, presque suspendue. Autour de son saxophone soprano, Yaron Herman au piano, Linda May Han Oh à la contrebasse et Prabhu Edouard aux tablas et percussions forment un quartet inhabituel, dont la force tient autant à ce qui est joué qu’aux espaces laissés entre les notes.

Badhra, composition d’Anouar Brahem, révèle particulièrement bien cette alchimie. Les tablas déplacent subtilement la pulsation tandis que le piano, la contrebasse et le soprano semblent flotter autour de la mélodie. L’absence de batterie traditionnelle donne aussi à l’ensemble une respiration particulière et permet au rythme de circuler autrement.

Les onze pièces de l’album conservent cette même attention portée au son, au silence et à l’écoute collective. Chaque musicien semble attendre le bon moment pour intervenir, sans jamais chercher à remplir inutilement l’espace.

Un disque délicat sans être fragile, apaisé sans jamais devenir sage, qui laisse entrer beaucoup d’air dans la musique et révèle une facette particulièrement sensible d’Émile Parisien.

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