Sitôt descendus du TGV Paris-Nancy (1H30 seulement), le sac jeté dans la chambre d’hôtel, nous sommes guidés à grands pas, vers l’entrée des artistes de la magnifique salle Poirel.

Nous attend la grande Sarah McCoy, prête pour une interview à la fois décalée, ponctuée d’éclats de rires et d’exclamations, pleine de charme et d’inattendus,.

Une vraie rencontre.

La sincérité est certainement, dans ce qu’elle est et ce qu’elle fait, sa première qualité. C’est indubitablement ce qui ressort de cette artiste étonnante, qui traversa en stop, toute jeune, une quarantaine des Etats US.

Née à New York, elle arriva finalement à la Nouvelle Orléans ; un SDF lui apprit la guitare, elle chanta dans nombre de gouges, dans lesquels des hommes fortement alcoolisés parlant forcément trop fort et, à bout d’arguments, usaient parfois de leurs poings, qui à défaut d’être convaincants, étaient plus radicaux. Il y avait souvent des pianos cassés ! Nous confia-t-elle. Mais en règle générale, y régnait une sacrée ambiance.

C’est dans ce contexte que Sarah McCoy, fit ses classes et un beau jour fut repérée par le label classique Deutsche Grammophon qui ensuite la dirigea vers un autre label renommé, qui la produit désormais,  Blue Note.

©Photo Vincent Zobler

Cette jolie histoire fait un peu comte de fées, c’est ainsi.

Une voix profonde, authentique. Un côté Amy Winehouse dans la gouaille et le timbre de voix. Une facilité extraordinaire à émouvoir par des textes troublants et un accompagement fleuri.

Elle déclare ne pas savoir si elle chante du Blues, si elle fait de la Soul ou de la pop. Les « puristes » (mais qui sont-ils ?) déclarent souvent qu’elle ne peut être classée dans ces catégories.

Ici, nous aimons les couleurs du Jazz ou plutôt du Blues, qu’elle fait magnifiquement briller.

Quant à sa présence sur scène, son show, car il s’agit clairement d’un spectacle, il laissa médusée la salle quasi comble et comblée par cette tonitruante ouverture du Nancy Jazz Pulsations.

La deuxième partie de soirée fut assurée par la charmante Mayra Andrade qui propose dorénavant une musique très commercialo-pop et qui a beaucoup perdu en fraîcheur par rapport à ce que cette excellente artiste apporta par le passé avec tout l’esprit et sa culture du Cap Vert. Espérons qu’il s’agisse d’un fausse route et qu’elle saura soit revenir vers la tradition, soit tenter et prendre des risques dans le jazz. Elle en a le talent, sinon pour l’instant le désir.

La deuxième soirée, le 10 octobre, salle Poirel – Sold Out, complet ! Pourtant se produisait dans le même temps, au Magic Mirror,  Alfa Mist et le formidable groupe Korokoko qui écuma les festivals de l’été.

Hésitations. Mais nous choisîmes une deuxième fois la salle Poirel où se produisaient ce soir-là deux quintets : celui mené par Léon Phal, un groupe de jeunes talents qui rafla tous les concours de jazz cette saison et un groupe plus expérimenté et déjà célèbre, celui dont le leader est le contrebassiste Kyle Eastwood.

Quelle affiche et quelle soirée !

Une de ces soirées jazz dont on se souviendra de longues années, sinon toujours.

Léon Phal avant Kyle Eastwood, nous accorda au pied levé, une interview qui fut largement diffusée sur Couleurs Jazz Radio.

©Photo Gaby Sánchez p/Couleurs Jazz

Il est le leader d’un quintet ambitieux, à qui l’on prédit un brillant avenir. Il produit une musique ancrée dans la tradition mais qui propose des sons actuels, avec un souci constant du groove et de la mélodie efficace. Beaucoup d’interplay et de connivence, surtout entre le saxophone de Léon Phal et la trompette de Zacharie Ksyk. Ce dernier possède une chose importante : un son !

Gauthier Thoux au clavier maîtrise parfaitement toutes les astuces et les techniques pour créer et moduler des effets qui apportent une couleur particulière à l’ensemble.

La rythmique est assurée par Arthur Alard à la batterie et Rémi Bouyssière à la contrebasse.

©Photo Sam and Max 

Notons enfin le savoir-vivre de Léon Phal, cet enfant de la Champagne, né au coeur du terroir, à Ay. Comme il l’avait déjà fait au Bal Blomet quelques semaines auparavant, pendant l’entracte, il invita tous les spectateurs qui le désiraient à déguster un fameux champagne de vignerons, celui de Nicole et René Goutorbe et de leur fils Etienne qui avait fait le déplacement pour soutenir son copain. Un vin aussi authentique que délicat. Qu’ils en soient ici remerciés ; car que de travail et de talent, là aussi !

©Photo Sam and Max 

Après cette entracte fort appréciée, nous trouvâmes difficilement à nous glisser entre les fauteuils de velours du balcon, tellement la salle était bondée,  pour écouter Kyle Eastwood venu présenter en avant-première son album « Cinematic » dont nous vous donnons ici déjà quelques titres évocateurs : Bullitt, Taxi Driver, Les Moulins de Mon Cœur, Gran Torino, Pink Panther, Skyfall, … Il s’agit vous l’avez compris, de reprises des musiques de grands compositeurs tels Lalo Schifrin, Hermann, Michel Legrand, mais également des compositions de Kyle lui-même qu’il composa pour les films de Klint, son père.

 

©Photo Gaby Sánchez p/Couleurs Jazz

Des arrangement très aboutis, une formidable performance pour parvenir à jouer en quintet ces musiques pour la plupart conçues pour de grands orchestres.

Il faut dire que le quintet était constitué de solides pointures outre Kyle Eastwood à la contrebasse, ses compères de toujours : Andrew McCormack au piano, Chris Higginbottom à la batterie, Brandon Alen aux saxophones il y avait sur scène, en special guest pour cette soirée, le formidable Nicolas Folmer à a trompette.

©Photo Sam and Max 

Kyle particulièrement en verve ce soir-là nous gratifia de quelques fabuleux solos à la contrebasse, tout comme chacun de ces grands musiciens réunis sur la scène.

La salle ne s’y trompa pas qui commanda de nombreux rappels qui aboutirent à une version jubilatoire de Pink Panther à la contrebasse en solo. Du grand art !

Une tournée à la sortie de cet album en novembre prochain est prévue. Nous vous invitons les yeux fermés et le cœur et les oreilles grands ouverts à réserver vos places. Nous vous indiquons les dates et les lieux de la tournée.

Quant à nous, nous reviendrons avec bonheur au Nancy Jazz Pulsations en 2020.

Le NJP est un festival Jazz (mais pas que) organisé par de vrais passionnés, professionnels.

©Photo Header Jacques Pauper p/Couleurs Jazz

©Photo Couverture Vincent Zobler

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