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Fraichement sexagénaire, Mark Turner reste un saxophoniste à part dans sa génération, non seulement par le fait que sa discographie en leader est moins abondante que celle de cadets de quelques années comme Joshua Redman ou Chris Potter mais aussi par le fait qu’il est, parmi les saxophonistes apparus dans les années 90, celui dont l’influence a été la plus déterminante sur les générations suivantes.

Turner a par ailleurs abondamment collaboré avec des musiciens européens qui ont rapidement vu en lui un innovateur important. On a ainsi pu l’entendre aux côtés du batteur belge Dré Pallemaerts, du trompettiste italien Enrico Rava, du vibraphoniste catalan Jorge Rossy ou du guitariste danois Mikkel Ploug.

Quand on a l’occasion de l’entendre en leader comme sur ce nouveau CD, le dixième en une trentaine d’années, c’est donc à chaque fois avec une grande curiosité qu’on attend d’entendre ce qu’il a à nous dire.

Et ici c’est avec la même formation que son précédent opus de 2023 qu’il nous propose à nouveau un répertoire entièrement de sa plume. Son choix d’un quartet sans piano et avec trompette, comme sur ses deux précédents enregistrements, manifeste clairement une volonté de mettre en avant deux lignes mélodiques sans accompagnement harmonique.

Et sa fidélité au trompettiste Jason Palmer montre qu’il a trouvé en lui la voix complémentaire à la sienne, à laquelle il offre une large place pour s’exprimer.

Et c’est un régal d’entendre les contrepoints et les unissons que ces deux musiciens délivrent, sans parler de leurs solos d’une originalité de timbre et de phrasé magnifique.

On sait que Turner est l’un des rares saxophonistes à posséder une maîtrise de son instrument sur toute sa tessiture, et les lignes mélodiques qu’il produit sont d’une beauté incomparable. Palmer n’est pas en reste à ce niveau, avec un timbre légèrement voilé et une grande fluidité de phrasé.

Les compositions de Turner affichent fréquemment sa dette envers Warne Marsh et Lennie Tristano, qu’il a découverts lors de ses études et dont il a combiné l’influence avec celle, plus fréquente, de John Coltrane.

Quant à la paire rythmique contrebasse/batterie — déjà présente sur le précédent enregistrement — elle distille un accompagnement raffiné et subtil qui convient admirablement à ce répertoire qui fuit la facilité sans être pour autant aride.

Mark Turner confirme donc ici qu’il est une voix totalement originale dans le paysage jazzistique contemporain en tant que compositeur, soliste et leader. Une voix qui, sans jamais donner dans le spectaculaire, creuse un sillon musical fertile auquel il est difficile de rester indifférent.

Musiciens :

Mark Turner : sax ténor

Jason Palmer : trompette

Joe Martin : contrebasse

Jonathan Pinson : batterie

Patternmaster est sorti le 13 mars 2026 sous le label ECM Records

©photos Sam Harfouche for ECM Records.

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