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ActualitéDans les bacs

“It’s Hard ” La nouvelle boîte de Légos de The Bad Plus

Par 12 septembre 2016Aucun commentaire

Je ne vais pas vous refaire le coup d’une intro avec la biographie de The Bad Plus… Certainement un des trios les plus connus, et les plus influents du jazz moderne. Notamment par leur façon de s’accaparer un répertoire très pop-rock, sans tabou, de choper des morceaux parfois ringards, de s’amuser à les démonter et les remonter de travers, comme des enfants terribles avec une boîte de Légos…

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Voici donc leur nouvelle collection de Légos et de monstres gentils : It’s Hard.

https://youtu.be/MJqthwufnF0

(je mets les versions originales en liens, pour s’amuser à comparer)


Le premier morceau, Maps, des Yeah Yeah Yeahs, est un joli monstre, justement !

Élue  “meilleure chanson d’amour de rock indépendant de tous les temps » par le magazine NME, The Bad Plus en accentue légèrement le côté rock-punk-grunge déstructuré ; étonnant pour un premier morceau ! Limite du contemporain, dissonances harmoniques, vagues sonores et rythmiques grimpant sans arrêt jusqu’à une retombée post-orgasmique.

Pas mal, mais tout ça est déjà dans le (très bon) morceau d’origine, et j’en ai connu des reprises plus intéressantes…

Je vous conseille entre autre la formidable interprétation-création dans Les amants de Juliette s’électrolysent, par le trio de Benoit Delbecq. Là on part vers d’autres paysages.


Games Without Frontier” de Peter Gabriel

Whistling tunes we hide in the dunes by the seaside.Ah les voilà ! Dès les premières notes je reconnais mon “BadPlus“. Celui qui parle avec des couleurs très Monko-Debussiennes au piano, et déplie un groove basse-batterie unique, un bonbon pop-jazz acidulé, des parties très pop, mais toujours avec la prosodie au piano très jazz-impressionniste, et tout devient ritournelle, même les dissonances. Très “BadPlus” !

Pianist Ethan Iverson of The Bad Plus performs at the 2012 Newport Jazz Festival.

Pianist Ethan Iverson of The Bad Plus performs at the 2012 Newport Jazz Festival.


Time After Time” de Cyndi Lauper

Certainement un des morceaux les plus repris… Qui ne connait pas la version de Miles? Ils s’en éloignent assez et tant mieux. Syncope rythmique, changements de métrique presque rigolos, car il y a toujours un côté “pince-sans-rire” avec The Bad Plus, un humour sous-jacent dans leur façon de pétrir la forme musicale.


I Walk The Line” de Johny Cash

J’ai éclaté de rire aux premières notes country du motif de basse ! C’est quand même comique de les voir s’aventurer dans ce registre de la country, ils s’amusent comme des gamins avec un déguisement de cow-boys renversant de la sauce barbecue partout.


On passe à quelque chose de plus sérieux avec la belle reprise de “Alfombra magica, composé par Bill McHenry, que je ne connaissais pas du tout…

Bill McHenry est un saxophoniste jazz contemporain, assez (trop) classique, et The Bad Plus utilise son morceau comme le support d’une promenade chromatique au piano, aux couleurs très Debussiennes et impressionnistes. Avec même parfois un écho de Caravane au coin du bois, sous les branchages de la basse-batterie… Subtil et beau.

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Et Hop ! on passe à Prince, avec le très beau The Beautiful Ones.

The Bad Plus étant de Mineapolis… ils ne pouvaient pas ne pas rendre hommage à son kid disparu. Le piano étire des arpèges comme des rideaux doux et lumineux, ondoyant avec nostalgie, comme l’évocation du souvenir ému d’un ami disparu…


Don’t Dream It’s Over” de Neil Finn

Voilà un vrai standard pop moderne. Une ritournelle sentimentale assez dégoulinante… Reprise notamment dans de nombreuses séries TV (Degrassi, Summerland, Medium, Glee…) Même Diana Krall s’y est mise en 2015.

The Bad Plus en fait une pièce délicate, un peu suspendue, dite à 3 voix douces, prenant le temps de poser des couleurs sensibles dans une très belle osmose du trio.

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Staring At The Sun” de U2

Ce n’est pas la première fois que The Bad Plus reprend U2, et on sent bien à quel point ils en aiment les couleurs. Mais là, leur version est assez surprenante. On entre dans des couleurs presque pentatoniques asiatiques, un canon chanté en boucle par une ronde d’enfants portés par la basse et la batterie, et qui disparait au loin dans une pulse presque redevenue rock…


Mandy de Richard Kerr

Voilà qu’ils nous refont le coup de choisir une vraie soupe de bonbon rose toute collante de variété-guimauve… A nouveau juste un prétexte pour poser les couleurs du trio, et s’ébrouer à trois sur cette trame de variété distordue, qu’on finit par reconnaître dans le refrain final, en se disant que c’est là beaucoup mieux que l’original… Et puis à la fin ils cassent tout un bon coup, comme des sales gosses…

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The Robots” de Kraftwerk

Qui n’a jamais dansé un jour (ou une nuit) d’été sur l’hymne cybernétique hallucinogène de Kraftwerk ? Manifeste des débuts de la musique électro-ectasique et remixé plus ou moins bien par des générations de DJ. Alors, qu’en a fait The Bad Plus ? Et bien là le formidable batteur David King est mis en avant, avec la complicité polyrythmique de la contrebasse de Reid Anderson toujours aussi juste et justifié. Le piano d’Ethan Iverson amène un motif répétitif un peu à la Steve Reich, mais avec un petit côté Twilight zone délicieusement décalé.

Juste le temps d’une parenthèse presque jazz classique plus loin, et on revient au thème froid Kraftwerkien, réchauffé à la sauce BadPlus. We are the bad robots !


On continue un peu dans la Science-Fiction, puisque c’est pendant les sessions d’enregistrement de cet album éponyme qu’Ornette Coleman crée en fait “Broken Shadows.

The Bad Plus en reprend le sens merveilleux de la mélodie (très beaux décalages harmoniques du piano), mais la pose délicatement comme une feuille tombée sur la surface d’un lac aux eaux calmes. Une conclusion apaisée, une touchante miniature de fin d’été.



Alors que dire, après cette première écoute? Pour moi cet album est un peu comme la visite d’un cabinet de curiosité, ces lieux d’exposition d’objets bric-à-brac, sans qu’il y ait forcément de fil conducteur ou de thématique générale.

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Il faut se laisser aller au plaisir de tremper les oreilles dans des couleurs à chaque fois différentes, s’amuser à reconnaître le morceau d’origine, sourire et même rire à entendre ce qu’en font les trois bad boys. Et s’émouvoir aussi de leur modernité musicale, de leur complémentarité toujours aussi fine.

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Par contre, je reprocherai peut-être un certain manque de puissance et de souffle, si je compare avec leurs précédents opus comme All I Care, Prog, ou Never Stop. Mais il faut dire qu’ils sortaient de l’expérience longue et épuisante de leur formidable travail autour du Sacre du Printemps de Stravinsky.

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Alors ils avaient surement besoin d’une petite récréation, d’une partie de légos sans autre enjeu que le plaisir de monter et démonter des objets pop.

Et bien je ne boude pas mon plaisir, et amusons-nous avec eux, en attendant de les voir prochainement en concert, notamment le 9 novembre au NewMorning à Paris.

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It’s Hard est un album Okeh / Sony Music

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