Demander à André Ceccarelli de raconter sa vie de batteur, c’est se préparer à suivre un itinéraire de plus de six décennies dans une impressionnante variété de musiques.

Du jeune batteur niçois de 14 ans, fils de batteur, qui joue dans des thés dansants sur la Côte d’Azur au vétéran octogénaire toujours frais que tout le monde s’est arraché, de Baptiste Herbin à Enrico Pieranunzi en passant par Claude Nougaro et Dee Dee Bridgewater, on croise au fil des questions que lui pose son ami Daniel Dumoulin (qui est lui-même batteur) une diversité de musiciens qui en dit long sur la capacité de « Dédé » à s’adapter à toutes les situations où son jeu de batterie peut, avec une humilité, un sens de l’à-propos et un goût du partage sidérants, apporter un plus aux vocalistes qui font appel à lui, d’Eddy Mitchell à Aretha Franklin ou de Ray Charles à David Linx.  

Car Ceccarelli a abondamment joué dans des séances de studio pour des chanteurs de variété (jusqu’à trois par jour) pendant une dizaine d’années avant de craquer et d’abandonner cette pratique lucrative mais épuisante.

Stylistiquement parlant, « Dédé » a eu la chance, grâce à son père, de jouer à ses débuts pour des danseurs. C’est là une base d’une solidité incomparable, mais qui manque à nombre de batteurs de jazz français.

Ensuite il a été le batteur du groupe de rock Les Chats Sauvages avant d’intégrer le big band d’Aimé Barelli, là encore une expérience fondamentale que possèdent peu de batteurs de jazz français.

Mais « Dédé » n’est pas qu’un excellent accompagnateur polyvalent, il a également dirigé, parallèlement à ses activités de sideman, des groupes où son goût de la composition et de l’amitié l’ont amené à faire appel à des musiciens avec lesquels il se sentait en empathie musicale et humaine, tels que le chanteur Alex Ligertwood, le claviériste Bernard Arcadio, le guitariste Biréli Lagrène, le violoniste Didier Lockwood ou l’accordéoniste Richard Galliano, sans compter son frère et son fils, également batteurs.

Il a enfin fait partie de formations égalitaires, sans leader, telles que le Trio Sud avec le guitariste Sylvain Luc et le bassiste Jean-Marc Jafet ou le quartet ASTA avec le pianiste italien Antonio Farao, le contrebassiste Thomas Bramerie et le saxophoniste Sylvain Beuf.

Bref, suivre le parcours de « Dédé », c’est embarquer pour un voyage musical aux paysages sonores contrastés, ce à quoi nous aide une discographie sélective d’une cinquantaine de CDs réalisée et commentée par Bernard Lassalle.

Un voyage qui, au fil des pages abondamment illustrées de photos de pochettes de disques et de clichés de Ceccarelli à diverses étapes de sa vie, nous permet de (re)découvrir un personnage d’une constante humilité pour qui l’essentiel est de mettre son instrument au service de la musique.

Rares sont les batteurs qui peuvent afficher un tel palmarès et qui possèdent une telle conscience de leur rôle dans les groupes qu’ils intègrent.

On ne peut donc que savourer la chance que nous avons de pouvoir écouter sur disque ou voir sur scène un musicien aussi doué et aussi humain, qui est une des perles rares du jazz français et à qui on souhaite une longue vie musicale, familiale et amicale.

André Ceccarelli – Au rythme d’une vie avec Daniel Dumoulin est édité par les Editions du Layeur.

©Photo Header Couleurs Jazz (2024 – Jazz in Noyon)

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