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La deuxième édition du Sicilia Jazz Festival organisé par The Brass Group Fondazione, et soutenu par les conservatoires de musique Antonio Scontrino, Arcangelo Corelli, Alessandro Scarlatti, la Commune de Palerme, les instituts d’études musicales, Vincenzo Bellini, A. Toscanini et le département de la culture de la région de la Sicile mobilise toutes les énergies et les bonnes volontés pour que la fête du jazz batte son plein dans la ville de Palerme.

La Sicile, cette île emprunte d’Histoire, regorgeant de magnifiques monuments de cours intérieures et de palais, est le théâtre idéal pour que résonne le jazz actuel dans le respect de la tradition. On peut alors parler de fête du jazz dès que 18H sonne et jusqu’à minuit chaque jour du festival.

Dans le centre historique de Palerme, les rues et le ciel sont habillés des figures du jazz, des artistes qui sont venus l’année dernière tout comme les stars qui ont fait l’histoire de cette musique vieille d’un siècle à peine, sur des toiles tendues entre les bâtiments, comme sur les murs. En effet, tous les jazzmen et jazzwomen célèbres sont venus un jour jouer à Palerme.

Une invitation qui ne se refuse pas…

A cet endroit défile chaque soir le « Marching Brass Street Band », une belle animation qui vous met tout de suite dans l’ambiance. Il est à regretter que les commerçants et autres bars continuent à jouer, alors que le festival jazz est à leurs seuils des rythmes electros répétitifs aux basses saturées, sans aucun intérêt. la même soupe musicale que l’on retrouve absolument partout… Pourquoi ne profitent-ils pas de l’aubaine pour « tenter le jazz », se mettre au diapason de cette musique qui peut être très festive ?

… Ne serait-ce que 15 jours, le temps que dure le Festival.

Va savoir, Edouard…  Ce sont des mystères auxquels je n’ai pas de réponse. Le phénomène n’est surtout pas localisé à Palerme. Il est planétaire. 

Mais donc ne boudons pas notre plaisir et revenons au centre de Palerme. Le Teatro Santa Cecilia, est une salle climatisée, avec un bar et des tables où les spectateurs ont toujours une vue dégagée sur la large scène sur fond de haut mur de pierre.  S’y produisent trois petites formations tous les jours du festival à 18H, 20H et à 22H. Jazz manouche, standards de jazz, jazz avant-gardiste. La température en ces journées de canicule est idéale, le son juste parfait. Parfois difficile de quitter les lieux tellement on s’y sent bien.

 

Pourtant à quelques minutes à pied, il est facile de se rendre dans un autre très beau lieu : La Chiesa dello Spasimo. Un site spectaculaire qui comporte également une école de jazz dans un club de jazz, avec une salle comportant une scène sur laquelle un Big band peut venir répéter, donner des représentation…

D’ailleurs, un beau samedi matin d’été méditerranéen, à 11H, j’ai la chance d’assister à une master class par le Concertgebouw Jazz Orchestra d’Amsterdam en invité spécial, devant des spectateurs curieux et des élèves des différents conservatoires de l’île. Plusieurs chefs Siciliens se succèdent  à la baguette et alternent avec le chef titulaire du big Band, Rob Horsting. On peut également écouter les chorus d’un musicien sicilien épatant, Vito Giordano qui émet un son envoutant. J’apprends alors, qu’il est par ailleurs chef d’orchestre et arrangeur du Big Band Sicilien.

Les élèves des conservatoires de musique classique demandent comment on fait pour apprendre le jazz…

Le pianiste, Peter Beets leur répond qu’il faut écouter… Que ce n’est pas écrit dans les livres. Puis il se met à partir de pièces classiques de Ravel, Bach ou Chopin à partir en jazz… La démonstration est éclatante… Les sourires s’affichent parmi les jeunes étudiants. Puisse cette masterclass éveiller des vocations.

Au fond de la cour carrée, ornée d’une magnifique fontaine, un porche débouche sur l’église d’un monastère dont les murs et la nef sont bien conservés mais totalement à ciel ouvert, vu que les moines n’ont jamais terminé le boulot. Doit-on le regretter ? L’insolite règne ici et le jazz y retentit également tous les soirs à partir de 18H30, 20H30 et 22H30.  

Point de messes, mais du jazz… La liberté à ciel ouvert plutôt que le dogme !

Enfin, 3ème lieu de festivités dans le centre de Palerme, à moins de 10’ à pied, Le Palazzo Chiaramonte Steri. Un Palais qui fut construit au XIVème siècle et dont la cour acccueille un vaste public et dédié pendant le festival à des formations plus importantes.  

Les concerts commencent vers 19H30 tous les soirs.

Puis, en dehors du centre-ville, le clou du spectacle chaque soir se déroule au Teatro di Verdura à partir de 21H30.

Ce théâtre à ciel ouvert qui compte 2 200 places assises, est utilisé pendant l’été pour les représentations du Teatro Massimo. Il est situé dans le jardin de la Villa Castelnuovo, près du Parco della Favorita de Palerme. L’accès au théâtre donne sur une porte ancienne de part et d’autre de laquelle se trouvent deux sphinx en pierre. Au-delà de la porte se trouve un pavillon avec un pronaos sur les côtés duquel deux télamons soutiennent l’architrave.

Le choix cette année est de privilégier des rencontres entre L’Orchestra Jazz Siciliana (qui a la capacité de doubler tous les postes du big Band selon les arrangements et les différents chefs qui le dirigent et les prestigieux invités qui se succèdent chaque soir : le trompettiste Sarde Paolo Fresu, la chanteuse anglaise soul-jazz, Sarah Jane Morris, le très populaire chanteur de variété et pianiste Rapahël Gualazzi (l’homme participa à l’Eurovision…), Le quartet de jazz vocal, des New York Voices : constitué – parité oblige-  de deux femmes, Kim Nazarian et Lauren Kinhan et de deux hommes, Peter Eldridge et Darmon Meader qui tournent dans le monde depuis 1987.

Plus tard dans la semaine –nous avions hélas déjà quitté l’île- le Festival a pu accueillir d’autres étoiles comme le contrebassiste Christian McBride.

Deux soirées ont également eu lieu au Teatro di Verdura, sans le big Band de Sicile, il s’agit de Dianne Reeves avec son quintet et du groupe de Brooklyn, bien connu de nos services, Snarky Puppy.

Globalement, nous retiendrons de ce Sicilia Jazz Festival plusieurs éléments marquants que l’on aimerait bien retrouver plus souvent dans les festivals de jazz de l’été un peu partout :une organisation impeccable, un accueil extrêmement chaleureux, des lieux historiques superbes, et sur chaque scène un travail des ingénieurs du son tout à fait  remarquable.

Paolo Fresu et l’Orchestra Jazz Siciliana

Le Big Band, Orchestra Jazz Siciliana compte bon nombre de chefs et d’arrangeurs de haut niveau (Giuseppe Vasapolli,  Vito Giordano -déjà cité- et Domenico Riina) conduisant des sections de trombones, saxophones et trompettes d’excellent niveau.

Le large public du Teatro di Verdura, pas focément accoutumé à ce genre musical,  la bonne société palermoise, est venu nombreuse, vêtue de jolies tenues, écouter le jazz.

Ce travail de meilleure connaissance de la musique classique de notre siècle, longtemps occultée par la mafia sicilienne, au dire de certains membres éminents de la fondation Brass Group est un formidable mouvement qui nous l’espérons perdurera de nombreuses années encore et ce malgré les changements de gouvernances politiques toujours possibles. Un hommage doit leur être rendu.

Revenons sur deux concerts marquants auxquels nous avons pu assister : celui de ce jeune talent, Federico Termini Trio au Chiesa dello Spasimo. Un jazz résolument moderne dans cette formation classique, piano, basse, batterie. Mais une foule d’idées qui évitent le clonage trop souvent vu dans ce type de jeunes formations. La section rythmique est parfaitement en place.

Federico nous confie : « L’objectif de ce projet est de rechercher les mécanismes compositionnels qui ont marqué une grande partie de la musique classique et de les combiner avec une esthétique musicale plus proche de la musique de jazz.

Le programme contient donc des remaniements et des compositions originales, qui sont construits à partir de l’analyse, de l’approfondissement et de la pratique d’une sélection étroite de pièces et de compositeurs classiques, en utilisant ne serait-ce que quelques-unes des techniques de composition qui les caractérisent : une progression harmonique, une exposition thématique ou un type d’accompagnement… »

Les Compositions/arrangements:

All the things you are – Jerome Kerne 

Sun – Federico Termini

Sonatine – Federico Termini

Fearless – Federico Termini

Semplice – Federico Termini

Odds, I Hope – Federico Termini

Line up:

Federico Termini (piano/composer)

Ruggero Caruso (drums)

Stefano India (bass)

Puis le concert qui semble avoir fait l’unanimité parmi le public présent et l’ensemble des journalistes venus pour 4 soirées de Pologne, Pays-Bas, Espagne, Italie, Royaume Uni, et votre serviteur de France donc, c’est le trio du saxophoniste local, le Gianni Gebbia Magnetic Trio qui avait comme invité, Mederic Collignon, le parrain de Couleurs Jazz Radio bien sûr.

L’idée de cet incroyable concert était de rendre hommage à Sidney Bechet, l’un des 5 monstres sacrés de l’histoire du jazz.

Le Gianni Gebbia Magnetic trio joue déjà depuis une douzaine d’années et l’interplay entre les hommes se ressent dès le premier morceau. On dirait bien aussi que Médéric Collignon fait partie intégrante de la bande. Ils ont pu jouer ensemble pour l’Institut Français la veille au soir. Et Médéric fut déjà invité il y a 7 ans à Palerme avec l’aide de l’Institut Français d’Italie.

Dans cette musique, les sections improvisées jouent un rôle essentiel. C’est bien là que Mederic et Gianni se sentent le plus à leur aise et laissent s’exprimer toute leur débordante créativité.

 Médéric nous apprend alors que peut-être un album est en préparation, car ils ont pu, en plus, enregistrer entre le concert de la veille et celui-ci. «  Il y a quelques coupes à faire mais je pense qu’il y a de belles matières avec beaucoup de fraîcheur dans le propos. C’est une musique généreuse et riche. Nous verrons comment cela se passe après le mixage et le mastering… J’aimerais rejouer ce répertoire ouvert pour creuser encore plus et trouver d’autres idées.

le thème Petite Fleur est un prétexte. Il permet au groupe de jouer avec les vitesses, les décalages, les bulles d’espace-temps, les déchirures et les retours à l’objet tout simplement. L’envie de le jouer vient de Gianni, il joue du sax soprano avec une embouchure en cristal, cela lui donne un son puissant comme…Béchet !

En général, nous jouons nos propres compositions. Je trouvais que jouer ce thème connu était une belle proposition car c’est faire entendre au monde une part d’appropriation et c’est ça le jazz !

La scène est un espace de liberté et de création. Je peux passer entre le piano et le micro-voix, taper sur un objet ou souffler vers l’infini…

Nous avons continué la soirée sur la place à côté du théâtre. Pendant le repas, un groupe de la Nouvelle-Orléans est venu jouer, j’ai sorti mon cornet et j’ai joué… en oubliant mes pâtes ! Ouais !

NB : ces propos ont été adressés à notre confrère AJ-Dehany qui est l’auteur d’un fort beau papier à propos de ce concert et que je vous invite à lire ici.

Line up :

Gianni Gebbia soprano saxophone

Médéric Collignon cornet/voice

Gabrio Bevilacqua double bass

Carmelo Graceffa drums

A noter également :  deux séquences nostalgies pleines d’émotions encore au Teatro Santa Cecilia :

  • Un hommage en musique avec une superbe projection de photos d’archives de Charles Mingus pour son centennial par Giammichele Taormina et ses étudiants musiciens du Conservatorio di Musica A. Toscanini di Ribera

  • Et un joli hommage au cinéma Italien, éternel… Par le quintet de l’excellent violoniste Francesco Nicolosi. Etait-ce du jazz ? Non, mais c’était beau.

Un festival aussi accueillant qu’attachant et qui a tous les ingrédients pour faire venir les plus grands musiciens jazz actuels. Nous lui prédisons autant que nous lui souhaitons un avenir radieux et une reconnaissance internationale. Tout dépendra bien sûr de la programmation à venir…

©Photos Jacques Pauper pour Couleurs Jazz

Mention spéciale à notre attachée de Presse et guide, Arlette Hovinga.

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