
Je me suis souvent lamenté, sur ce site et ailleurs, de la très faible visibilité des musiciens étrangers (sauf s’ils se sont installés chez nous) — entre autres Belges — dans l’Hexagone étriqué et xénophobe (c’est un peu osé mais j’assume !).
Et aujourd’hui (22/03/2026) je me lamente doublement car je viens d’apprendre le décès d’un grand musicien liégeois d’envergure internationale : Steve Houben.
Tout fan de jazz se devrait de le connaître, et si ce n’est pas le cas, voici l’occasion de vous rattraper. Pour ceux qui aiment la chanson francophone, il y a des chances que vous ayez entendu parler de Steve au sein du trio HLM qu’il avait formé avec la chanteuse belge (malheureusement décédée) Maurane et leur compatriote pianiste Charles Loos.
C’est dire l’ouverture d’Houben en tant que musicien, lui qui avait joué et/ou enregistré auparavant avec rien moins que Chet Baker, le tout jeune Bill Frisell, Gerry Mulligan, George Coleman ou Michel Benita.
C’est que le Liégeois — qui créa le département jazz dans le conservatoire de sa ville natale avant d’en devenir le directeur — a toujours eu un œil sur les USA (où il avait étudié à la fameuse Berklee School de Boston) et un autre sur l’Europe et singulièrement la Belgique.
Soyons francs : quel autre pays européen que le Plat Pays peut afficher une proportion de grands jazzmen égale à celle de la Belgique ? Je ne citerai pas (même sous la menace) Toots Thielemans, Philip Catherine, David Linx, Dré Pallemaerts ou Bobby Jaspar (saxophoniste et flûtiste, comme Houben).
Mais qui parmi vous connaît le guitariste Jacques Pirotton, le saxophoniste-flûtiste (décidément !) Manuel Hermia, le batteur Felix Simtaine, le contrebassiste Sal La Rocca, le tromboniste Phil Abraham, le pianiste Michel Herr, le trio Aka Moon, l’orchestre Rêve d’Elephant, le Brussels Jazz Orchestra… (n’en jetez plus !)?
Vous avez des excuses : rares sont les programmateurs de clubs, de salles ou de festivals français qui vous ont proposé de découvrir ces excellents musiciens.
Mais revenons à Steve Houben.
Il a toujours manifesté une ouverture d’esprit et une diversité de goûts qui l’ont amené à pratiquer les musiques traditionnelles comme le jazz et la chanson.
Virtuose, certes, il privilégiait cependant la chaleur du son et la générosité de phrasé qui faisaient de lui un des plus attachants saxophonistes et flûtistes d’Europe.
Je ne vous imposerai pas ici une nécro-biographie que vous pouvez trouver ailleurs sur le net, entre autres sur les sites des médias nationaux belges : RTBF, Le soir, La libre Belgique… qui déplorent son décès et soulignent tous ses qualités musicales et humaines.
Mais je ne saurais trop vous encourager à explorer la discographie de ce musicien. Elle vous convaincra sans peine de sa valeur et de la diversité de ses talents.
Il nous laisse par ailleurs un fils trompettiste et chanteur : Greg Houben, qui a annoncé son décès quelques jours après son soixante-seizième anniversaire. Petit clin d’œil final : si vous avez du mal à vous réveiller le matin ou après la sieste, voici l’arme absolue pour y arriver : « Apache/Geronimo » par le trio Houben/Pirotton/Pougin sur l’abum We Can’t Stop Loving You à la pochette iconique.
Un mix teinté d’humour belge entre Charlie Parker et les Shadows qui ferait danser les estropiés et prouve que, si Steve Houben est mort, sa musique est là pour nous aider à rester vivants !
©Photo ARR.




















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