| Le développement actuel de l’IA répond au principe du « Winner takes all. »Il n’y aura qu’un seul vainqueur au final, et il disposera d’un pouvoir économique et politique sans précédent dans l’histoire de l’humanité.
Une poignée de méga-compagnies se livrent donc à une compétition effrénée, et investissent des centaines de milliards dans cette course folle. Et les Etats, par peur légitime de devenir dépendants technologiquement d’un état ennemi dans le futur, poussent chacun leur champion national.2
Dans ce contexte frénétique, la régulation pèse très peu. Les lobbys pro IA travaillent à tous les niveaux pour éviter les freins.3 Sécurité, protection de la démocratie, droits humains, et droits d’auteur, qui devraient être des priorités, deviennent des variables secondaires dont l’impact doit absolument être minimisé pour ne pas freiner la croissance. Toute forme de régulation est perçue comme un réflexe rétrograde face au sacro-saint progrès technologique et au sursaut patriotique.
Dans cette logique nous constatons que l’irruption de l’IA générative dans la musique est totalement incontrôlée. Nous, label de musique qui accompagnons des artistes depuis 20 ans, assistons bouche bée à ce bouleversement. Tout ce que nous avions collectivement construit, notamment au nom de l’exception culturelle, est clairement menacé. Et pourtant aucune mesure n’est prise. Nous avons bien conscience qu’il sera difficile de contrer ce tsunami, tant la volonté de régulation est faible.
Non seulement on ne régule pas, mais on nous demande de nourrir la bête. Dans la foulée des majors, le syndicat des distributeurs indépendants MERLIN vient en effet de négocier avec UDIO un deal sur l’utilisation de catalogues indés pour entrainer leurs IA1
Certains producteurs indépendants s’apprêtent à accepter, par fatalisme, ou par appât du gain. Ou les deux. Pour nous une ligne rouge est franchie.
Pour nous rassurer, on nous promet la transparence, mais on n’a jamais obtenu aucune transparence sur les algorithmes des géants de la Tech et on sait très bien que les Américains font passer les intérêts du business avant tout.4 On nous promet aussi une rémunération équitable mais, même si c’était le cas, nous n’en voulons pas.
Nous ne collaborerons pas à ce cirque.
Nous refusons que ce que les artistes ont mis une vie entière à maîtriser soit fondu dans des milliards de data et « recraché » en musique artificielle par Udio, Suno, ou un autre.5 Nous refusons que la musique et plus largement, l’art, soit réduit à un flux vomi par des robots dans le seul et unique but d’engraisser une licorne.
Ce n’est pas le monde que nous voulons. Ni pour nos enfants, ni pour tous les enfants du monde, qui rêvent d’apprendre un jour à gratter quelques notes de guitare. Car, dès lors, comment transmettre l’apprentissage, l’effort, les techniques de composition, le goût de la pratique musicale, le lien social crée par celle-ci ?
Nous croyons au pouvoir des artistes sur notre imaginaire, sur notre façon d’être au monde, sur notre bien-être et notre santé mentale. Nous croyons à l’impact majeur de leur travail sur notre vie, et nous voulons continuer à en prendre soin.
Nous croyons que la création, -ainsi que la technique inhérente à celle-ci, est un miracle humain qu’il faut farouchement protéger et transmettre aux générations futures.
Nous refusons donc toute utilisation de notre catalogue pour entrainer des IA. |
COMMENTAIRES RÉCENTS