
Le premier morceau de ce beau disque, on pourrait le croire écrit par Horace Silver ou un de ses confrères du label Blue Note au bon (vieux ?) temps du hardbop florissant.
Pourtant c’est de jeunes Belges qu’est composé ce quintet qui ne verse aucunement dans la nostalgie ou la redite. Au contraire le leader, pianiste/claviériste et compositeur de l’intégralité du présent répertoire est simplement (sic !) un amoureux de la mélodie chaloupée et du groove généreux qui n’ont pas d’âge, à ce que l’on sache.
En compagnie d’acolytes totalement dévoués à sa cause et qui produisent un son de groupe pulpeux et raffiné, Martin Salemi propose une esthétique parfaitement convaincante et qui devrait ravir les oreilles de tout amateur de jazz qui se respecte.
Les timbres individuels des cinq comparses sont remarquables, que ce soit le ténor velouté ou véloce (avec par endroits une nette influence du couple Lee Konitz/Warne Marsh) de Sylvain Debaisieux — un des sax européens qui a actuellement, et légitimement, le vent en poupe —, la guitare fluide et limpide de Lorenzo Di Maio (un autre musicien à suivre à la trace) ou le piano et les claviers inventifs et mélodieux du leader.
Quant à la paire rythmique Boris Schmidt/Daniel Jonkers, elle assure à l’ensemble un soutien irréprochable, tantôt par un jeu coloriste et raffiné, tantôt par un punch de premier ordre.
C’est dire qu’on ne sait quoi louer le plus dans ce quintet superlatif qui ne se soucie pas de « faire moderne » mais trace son chemin en beauté et en vigueur et nous enchante, plage après plage.
Décidément, le jazz belge n’a pas fini de nous épater par sa diversité, sa musicalité, sa capacité à aborder divers styles avec une force de conviction renversante.
Ruez-vous sur ce Daylight qu’illumine — comme son titre l’indique — une lumière du jour caressante et éblouissante et qui dégage un parfum entêtant qui aurait plu à Charles Baudelaire, lequel — s’il était encore vivant — aurait, à l’écouter, eu l’occasion de réviser son jugement sur nos voisins d’outre-Quiévrain publié dans son tristement célèbre Pauvre Belgique, l’un de ses opus les plus médiocres et pitoyables.
Non, la Belgique est loin d’être pauvre en matière de jazz. Sa richesse s’y exprime au contraire en toute sérénité et beauté.
Musiciens :
Martin Salemi : piano, Rhodes, synthétiseur, composition
Lorenzo Di Maio : guitare
Sylvain Debaisieux : sax ténor
Boris Schmidt : contrebasse
Daniel Jonkers : batterie
Daylight, un HIT COULEURS JAZZ est sorti sous le label Igloo Records, le 2 novembre 2024.
©Photo Header Monday-Jr




















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