Jammin’ Juan : Le Jazz Marathon

Près de trente formations en showcase ou en concert représentant plus d’une centaine de musiciens (et musiciennes !), vingt agents et producteurs, nationaux et internationaux, une quinzaine de festivals et salles de jazz, trente-cinq journalistes et plus d’un millier de spectateurs, le tout sur un week-end : la 1ère édition de “Jammin’ Juan”, émanation du festival “Jazz à Juan”, organisée par l’Office du tourisme d’Antibes/Juan-les-Pins, a prouvé son utilité d’entrée de jeu.

Au milieu de ce marathon du jazz, plusieurs musiciens et groupes ont émergé, aussi bien lors des show cases que des concerts donnés en soirée.

Moses Boyd ©Marie-Evelyne Colonna

La palme revient au duo de jazzmen de sa très Gracieuse Majesté, Binker Golding (saxophones) et Moses Boyd (batterie). Ces deux jeunes musiciens venus de Londres ont apporté un vent de fraicheur et surtout une musique originale, innovante et créative, en cassant les codes actuellement établis. S’inspirant de précédents et illustres duo saxe-batterie – John Coltrane et Elvin Jones, puis plus tard Rashied Ali, Sonny Rollins et Philly Joe Jones ou encore Dewey Redman avec Ed Blackwell – Binker & Moses ont pratiqué une forme de jazz dans laquelle la liberté prend le pas sur le conformisme et le formatage ambiant, rompant ainsi avec une certaine orthodoxie pour aller vers des territoires où le free permet toutes les audaces et les expériences. Deux électrons libres qui – comme Shabaka Hutchings et son groupe “The Ancestors“, notamment, apportent la preuve qu’outre-Manche un “nouveau” jazz est en train de voir le jour ! (Ils seront en concert le 15 novembre au Flow à Paris dans le cadre du Blue Note Jazz Festival).

Binker Golding ©Photo Marie-Evelyne Colonna

Dans l’avalanche et la profusion de show cases (jusqu’à dix pour la seule journée de samedi commencée dès 10h30 du matin, ne durant que trente minutes chacun heureusement !!!!), deux musiciens ont véritablement tiré leur épingle du jeu et très largement dominé la scène : le très jeune Tom Ibarra et Scott Tixier.

A peine âgé de 18 ans, le guitariste Tom Ibarra, proposé par le “Saint-Emilion Jazz Festival” et déjà sponsorisé par le marque de guitares Ibanez, a bluffé le petit monde du jazz. A la tête de son Quintet (Jeff Mercadié, saxophone ; Arnaud Forestier, piano/claviers ; Antoine Vidal, basse électrique et Pierre Lucbert, batterie), le leader – qui a déjà reçu la reconnaissance d’un certain…. Marcus Miller ! – a délivré un jazz très fortement teinté de rock, de funk et de fusion binaire. Techniquement irréprochable et inventif, ce surdoué de la six-cordes est aussi capable de faire vibrer les sens grâce à sa musique musclée et hyper rythmée.

Autre (demi) surprise : le violoniste Scott Tixier. Installé à New York depuis plus d’une dizaine d’années, celui qui était présenté par Le Cri du Mort à Marseille et qui a été repéré à l’âge de seize ans par Jean-Luc Ponty, a déjà croisé les cordes avec des pointures aussi diverses que Kenny Barron, Stevie Wonder, Roger Waters, Cassandra Wilson et Anthony Braxton. Entouré de Glenn Zaleski, piano ; Jérémy Bruyère, contrebasse, et Allan Mednard, batterie, il a étonné et subjugué par la vivacité, la fougue et l’inventivité de son jeu, évoquant à la fois ses glorieux aînés et la diversité de sa culture musicale. Une qualité propre à la jeune génération !

Si l’on fait exception de l’excellente prestation fournie par le Quintet du guitariste Sylvain Luc, avec Stéphane Belmondo (trompette et bugle), les très délicats et élégants Frères Chémirami (Keyvan & Bijan) aux percussions et Lionel Suarez (accordéon), une réflexion s’impose quant au trio piano-contrebasse-batterie.

Stéphane Belmondo ©Photo Marie-Evelyne Colonna

Plusieurs invités se sont présentés dans cette configuration toujours pointue et ont montré à quel point elle était en danger. Un danger venant essentiellement du fait que nous avons affaire à des clones qui clonent des clones. Techniquement impeccables et irréprochables mais totalement formatés par les écoles et classes de jazz, ils jouent quasiment tous de la même façon, man

quent cruellement d’âme, de tripes, voire d’expression émotionnelle – des éléments indispensables en jazz ! Ils provoquent un profond ennui et une certaine inutilité musicale.

©Photo de couverture : Studio Loïc Bisoli

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