70ème Nice Jazz Festival : une célébration en musique(s), à travers un livre et une exposition

Parrainée par Gregory Porter, la 70ème édition du Nice Jazz Festival (du 16 au 21 juillet) a tenu toutes ses promesses en matière de fréquentation : plus de 40 000 personnes, malgré la soirée d’ouverture annulée en raison d’un violent orage, la défection du chanteur Rag’n’Bone Man pour des raisons de santé et l’absence du pianiste de la Nouvelle-Orléans, Henry Butler, pour cause de décès brutal, juste avant sa tournée européenne et de grands écarts musicaux.

Avec à la marge, la publication d’un magnifique livre et l’organisation d’une très belle exposition.

Grâce à ses deux scènes – la scène Masséna entièrement dédiée aux musiques urbaines, électro voire soul et funky, et le Théâtre de Verdure, qui accueille tout le gratin du jazz – le festival peut  s’ouvrir aux jeunes générations et perpétuer une certaine tradition.

Et la tradition a été personnifiée cette année par Laurent de Wilde et son New Monk Trio, Joshua Redman (saxes), en tandem avec le légendaire batteur Billy Hart, le fameux « Lady Quartet » de la toujours très swinguante et « jeune » octogénaire Rhoda Scott (orgue), le Trio Rosenberg qui – avec Mathias Levy (violon) et Evan Christopher (clarinette) – a rendu un bien bel hommage à la musique de Django Reinhardt, tout comme le claviériste Eric Legnini à celle de Les McCann.

Deux surprises qui bousculent la « tradition »

La première est venue d’Avishai Cohen à la tête d’une formation baptisée « Big Vicious » (littéralement : gros dégueulasse ou vicieux !!!!!), le trompettiste israélien (à ne pas confondre avec son homonyme le contrebassiste !) installé à New York, a délivré une musique à la innovante et étonnante.

Yonatan Albalak & Avishai Cohen

Innovante et étonnante parce qu’aux commandes d’un groupe très électrifié et adepte des pédales en tout genre – Yonatan Albalak (guitare), Uzi Ramirez (basse électrique), Aviv Cohen et Ziv Ravitz (batterie) – le leader a créé une atmosphère sonore particulièrement expérimentale, alliant groove jazzy, rock psychédélique, acid jazz, house music et électro. Le tout ponctué par l’utilisation plus que de coutume de pédales wah-wah pour la trompette et les guitares, et de diverses machines pour la création de sons hyper urbanisés.

La seconde surprise a été le concert d’une des dernières légendes du jazz moderne, Randy Weston, surnommé le griot du jazz panafricain. A 92 ans, et plus de six décennies de carrière, le pianiste, qui a longtemps vécu en Afrique de l’ouest anglophone afin d’ étudier les musiques et rythmes de cette région, a restitué avec son « African Rhythms Quintet » – (TK Blue & Billy Harper, saxes/flûte ; Alex Blake, contrebasse ; Neil Clarke, percussions africaines) – l’ambiance si particulière générée par ces styles et écoles différentes. Tout en gardant un pied dans l’histoire du jazz et les racines du blues.

Randy Weston

Avec une mention spéciale pour son contrebassiste Alex Blake, un fort en gimmick, qui joue assis, slappe avec frénésie et pratique les accords comme au flamenco. Déchaînant les applaudissements du public !

Autre mention spéciale à un groupe de la scène Masséna, Parov Stelar. Parrain de ce que l’on pourrait appeler de l’électro swing, le DJ autrichien mélange avec la complicité de vrais instrumentistes (guitare, saxe, trompette, trombone) et d’une chanteuse très attractive, des thèmes du jazz des années 30 & 40 à la débauche de rythmes actuels, entraînant un public jeune dans une frénésie de sauts et de bras tendus. Le tout façon dance floor !

Paros Stelar

Un livre, une expo

En marge de la pléthore de concerts, le 70è anniversaire du NJF est l’occasion de deux autres événements.

D’abord un livre : Nice Jazz – Histoire d’un festival (Editions Gilletta – 172 pages –  34,90 euros). Ecrit par un triumvirat – Daniel Chauvet, contrebassiste et correspondant de la revue Jazz Hot sur la Cote d’Azur depuis une vingtaine d’années, Gilbert d’Alto, journaliste, et Frédérica Randrianome Karsenty, directrice du Nice Jazz Festival – cet ouvrage (bilingue) raconte toute l’historique de la manifestation. Avec surtout des textes courts, précis, concis, documentés, augmentés d’une iconographie, souvent originale et inédite, il fait revivre à tous les fans des heures glorieuses où le jazz personnifié par certains de ses plus grands noms – surtout lors de la « Grande Parade du Jazz » de 1974 à 1993 – était une tradition et une aventure. Un récit amoureux très dense.

Quant à l’exposition « JAZZIN’NICE – 70 ans d’amour du jazz » (Musée Masséna – jusqu’au 15 octobre), illustrée par une affiche de Ben l’un des maître de l’école niçoise, elle retrace – là encore avec une très riche, variée et très originale iconographie, à laquelle s’ajoutent documents rares (dont certains sonores), disques, affiches, revues, instruments –  et parcourt les liens particuliers qui lient Nice au jazz et qui a conduit des centaines de musiciens américains à tomber amoureux de cette ville.

 

©Photos Julien Veran, pour Metropole Nice Côte d’Azur. (Exceptée la photo de la couverture du livre)

 

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