3 jours à « Jazz à Sète » 2018

Couleurs jazz était invité à découvrir in situ, les trois derniers jours de la 23ème édition du Festival Jazz à Sète, les 18, 19 et 20 juillet.

 

Rappelons, et nous en avions déjà parlé quelques semaines avant l’ouverture du Festival, que des musiciens exceptionnels choisis par Louis Martinez ont dès le 12 juillet, enthousiasmé le public de fans qui remplissait chaque soir les 1 500 places des gradins.

Fred Nardin, le swing, la finesse, l’élégance ; le pianiste Cubain Gonzalo Rubalcaba, encore une fois rayonnant de virtuosité et de musicalité ;Thomas de Pourquery l’ovni qui laissa un souvenir impérissable à ceux qui le découvrirent pour la première fois : on en parlait encore dans les cafés et dans les différents coins de la ville plusieurs jours après.

Mais à part les têtes d’affiches programmées au Théâtre de la mer, Jazz à Sète c’est également un « Off » concocté par Jade Martinez pour l’association « Set de Jazz » et qui ravit les mélomanes passionnés qui peuvent approcher et dialoguer avec les artistes, assister (entrées libres) à des conférences, voir des films, écouter des concerts dans divers lieux de la ville.

En bons estivants festivaliers, nous avons aussi pu profiter de Sète, de ses canaux et de sa gastronomie. Un festival de Jazz ça sert à ca aussi.

On vous emmène !

Parmi les lieux partenaires de cette édition 2018, nous avons particulièrement aimé le Restaurant « The Marcel » qui vient récemment de s’allouer les services de Fabien Fage, un jeune chef étoilé, plein de talent et d’ambitions nouvelles pour ce restaurant déjà chargé d’une histoire de trois décennies.

Le lieu dispose d’une salle « Le Comptoir » où l’on vient déguster une jolie carte de vins servis au verre en goûtant les « Mini Marcels », écouter à l’occasion du Jazz et attenante, la salle du restaurant proprement dit qui vous accueille dans une atmosphère Art Déco, chaleureuse, pour un moment de gastronomie locale, très inspirée.

La cuisine est d’ailleurs directement ouverte sur le restaurant.

Nous sommes dans un lieu convivial, revendiquant clairement le qualificatif gastronomique. Un incontournable pour qui est de passage, comme pour les amoureux des arts et les habitués.

Le chef nous propose :

  • Mousseline de merlu à la truffe d’été « Tuberaestivum» avec croustillant de pain noir à l’encre de sèche.

  • Dos de cabillaud nacré à cœur, avec un risotto de cèleri et ses girolles avec une émulsion au jus de coquillages.

  • Croquant au chocolat et crème brûlée pralinée noisettes.

Nous rencontrons à la Médiathèque François Mitterrand, Christian McBride qui nous parle de son nouveau quartet New Jawn.

En début de soirée, nous courons vers les plages, non pour y prendre un bain (de foule), mais pour écouter à « La Ola » une paillotte de plage, le trio plein de finesse de Thierry Gautier au clavier. Un public de gens avertis et enthousiastes, la lumière qui commence à baisser sur la Méditerranée, la soirée s’annonce douce et belle.

Le temps d’arriver au Théâtre de la Mer, bruissant et affichant complet, et nous voilà installés dans les radins. Mais le ciel s’est obscurci pour devenir noir par endroits. Gros risque d’orage ! Hésitations… Attente. Puis finalement, message désolé et plein de bon sens de Louis Martinez qui décide après concertations multiples, d’annuler les deux concerts de la soirée… Aussi, Christian Mc Bride décide de rentrer à son hôtel pour attraper un avion qui l’emmènera dès le lendemain matin vers Malt où il est attendu pour le  concert d’un soir.

Nous sommes tristes. Mais que faire face et sous cette pluie chargée d’électricité ?

Nous nous apprêtions également à regretter Roy Hargrove en quintet, lorsque le bruit commence  à courir qu’il souhaite jouer ce soir, si toutefois on lui trouve un lieu abrité avec un piano.

Ce sera à « The Marcel » que quelques « happy few » dont nous faisons partie, se retrouveront, entourant les musiciens comme si nous voulions les protéger et les garder au sec avec nous. Tandis que Tadataka Uno désosse le piano, afin qu’il sonne correctement pour ce concert acoustique improvisé, puis que Roy Hargrove, commence, assis dans un fauteuil, à souffler dans sa trompette. Nous avons le sentiment empreint de connivence, de vivre un moment très rare… Un cadeau en retour, venu du ciel en quelque sorte.

En voici un extrait :

Le matin, nous attend au pied de notre immeuble près du port, Oualid et son Tuk Tuk électrique, idéal par ce climat, pour une ballade ponctuée d’arrêts. Direction les différents quartiers de la ville en commençant par la Pointe Courte, les canaux qui sillonnent la ville, le quartier haut et le mont Saint-Clair.

Après-midi cinéma : La Blaxploitation, la lutte contre l’exclusion des noirs du cinéma populaire américain, présenté par notre confrère Lionel Eskenazy. Le film de cette après midi est « Coffy la Panthère Noire de Harlem » de Jack Hill, datant de 1974.

On s’est évadés, on y a cru… Malgré un scénario à l’emporte-pièce mais où la Panthère Noire se bat avec plusieurs « bombes » blondes à moitié nues. Une scène assez improbable, mais certainement culte.

Ce soir, c’est le grand soir… Le temps s’avère plus clément. Aussi le ciel restera clair pour accueillir l’excellent quartet de Thierry Balin, lauréat du Tremplin de cette édition Jazz à Sète 2018. Un jazz aux multiples couleurs allant du Tango, en passant par le boléro ou la biguine.

Pour faire suite à cette gouteuse et entrainante entrée, est attendu, un peu le point d’orgue de ce Festival Jazz à Sète 2018… La scène doit accueillir le toujours alerte Chick Corea (77 ans).

Ses compagnons, des légendes, tiennent forcément l’affiche : John Patitucci à la contrebasse et Dave Weckl à la batterie. Ce trio classique piano-basse-batterie, n’a pourtant rien de… « standard ». (Les trois reforment aujourd’hui, l’Akoustic Band d’il y a presque 30 ans. Aussi, il flotte dans l’air comme l’impression que l’on vit un moment unique. Un concert que l’on n’oubliera jamais… Le trio est au mieux de sa forme et enchaîne les créations et les reprises de leur répertoire de Chick. Une parfaite entente entre les trois virtuoses.

Le set commence par un « Morning Sprite » – reprise de l’album du même nom, datant de 1989.
Puis l’akoustic Band enchaîne par un « Japanese Waltz »  puis «That Old Feeling » de Sammy Fain avant de poursuivre par un des standards de Duke Ellington,  « Sophisticated Lady », également dans l’album de 1989. Très féminin et extrêmement sophistiqué…
Puis, « Life Line » une nouvelle composition, avant de finir de conquérir totalement le public médusé par un morceau tiré du répertoire classique de Scarlatti…
Puis, « You and the Night and the Music » magistral, avant un rappel pour « Spain », réclamé par le public, et introduit par le malicieux concerto d’Aranjuez… Après une telle prestation, nous pouvons rentrer nous coucher avec une petite pensée pour nos proches, nos amis, qui n’ont pas pu être avec nous, pour partager ce moment de grâce exceptionnel.

Matin Sétois. Cheminement le long des canaux, café au bord de l’eau en revivant les concerts de la veille, pleinement heureux d’être là à Sète, cette ville sans fard, authentique, chaleureuse…

Le temps d’écouter Fred Pallem nous parler des grandes formations, de la musique de films qu’il affectionne, des musiciens qui l’ont influencé, de la pauvreté musicale de la chanson française…

Puis, nous filons écouter l’interview de Brice Miclet, l’auteur de « Sample » un livre sur les origines du Hip-Hop.

Un déjeuner nous attend dans le restaurant « Oh Gobie » proche de la criée. Poissons frais, moules à la plancha, Rouille Sétoise à se pourlécher la babine supérieure.

Retour à « La Ola » sur la promenade du Lido. Toujours une belle ambiance, une soirée apéritive pour écouter un quartet local, « Jazz à la Colline » interpréter avec élégance, des classiques Swing.

La bière fraîche, la buée sur le verre, la lumière oblique, sur l’eau de la grand-bleue… Tout concourt à vous mettre dans une humeur des plus enjouées pour assister à la dernière soirée de ce Jazz à Sète 2018.

Le programme est à la hauteur de l’événement : Fred Pallem et Le Sacre du Tympan pour le projet « Soul Cinema » clôtureront la soirée en deuxième partie de quatre monstres sacrés : John Scofield à a guitare  avec John Medeski au piano et aux claviers, Scott Colley à la contrebasse et Jack Dejohnette à la batterie.

On annonce un orage vers 21H en même temps que le début des concerts… Mais… Hésitations, retards puis on y va et tout se passe pour le mieux. Groove, funk, blues… Tous ces territoires sont conquis et nous avec.

« Wait till Tomorrow » semble une prière au ciel incertain. Celle-ci sera exaucée.

Puis, dans sa lancée, le quartet interprète « Hudson » et « El Swing ».

L’entente est parfaite. Le public est séduit. John Scofield très expressif dans ses mimiques semble totalement parti et trouve des chorus de plus en plus inspirés et échange avec Medeski, puis Dejohnette, toujours aussi impérial et serein.

Un tonnerre d’applaudissements fait redouter celui du ciel menaçant. Aussi, entre les gouttes, on hésite à lancer sur la piste le dernier ensemble, celui de Fred Pallem  & Le Sacre du Tympan. On temporise, observant les quelques gouttes irrégulières.

Puis on y va… C’est parti sur les chapeaux de roues, le bassiste dirige de tout son corps et d’une main de maître. Les solistes sont à la manœuvre. En quelques minutes le public est conquis… Il envahit la piste avant-scène et danse sur cette musique groove et funky.

Les sourires sont sur toutes les lèvres, les musiciens sont à fond… Peut-être pressentent-ils que la lutte est vaine… Le temps dégradé s’annonce, puis se confirme.

La pluie a commencé à jouer sérieusement des claquettes ; le tempo s’emballe et en quelques minutes, le public déçu mais heureux d’avoir pu finalement assister aux deux concerts de cette soirée écourtée, gravit en quelques minutes les gradins du Théâtre de la Mer pour s’abriter et ne revenir… Que l’année prochaine.

See you then ! 😉

Merci à toute l’équipe du Festival Jazz à Sète.

©Photos Gaby Sanchez pour Couleurs Jazz

Thomas Bramerie 23 mai (cadeau)

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