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En cette journée de la femme, ce sont non pas un mais deux concerts qui ont pour cadre le Café de la Danse pour le festival « Sunset Hors les Murs » à l’initiative de Stéphane Portet. Rhoda Scott nous présente son nouvel album « Movin’ Blues » devant une salle comble en cette fin d’après-midi, et les circonstances particulières du moment agissent comme un élément moteur.

Rhoda Scott revient dans ce disque, pour ainsi dire, à ses premières amours tant elle est connue pour ses duos mémorables avec de grands batteurs comme Steve Phillips et Daniel Humair, et plus récemment Julie Saury et Anne Paceo dans le cadre du projet « We Free Queen ».

L’organiste disserte sur la cause féminine avec humour, évoquant la première édition de la journée internationale des femmes en 1911, et considérant son peu de succès jusqu’alors en regard d’une fête comme celle de la musique.

Le drummer français Thomas Derouineau, au background métissé qui comprend l’électro, la pop music et, bien sûr, le jazz, relève le défi avec brio. Sa puissance est, de fait, bienvenue pour donner la réplique à la « Barefoot Lady », jamais aussi à l’aise que dans un contexte pétri de gospel et de blues. Son solo de batterie, versatile, plein de fougue et tout en maîtrise technique, fait la preuve qu’on peut mettre des cymbales Zildjian à rude épreuve pour le plus grand plaisir des auditeurs.

Le son puissant et clair de l’album, superbement enregistré par Douglas Marcolino, est bien restitué par l’acoustique du Café de la Danse, qui développe et amplifie les sons produits par le « Cabine Leslie » du B3, avec leurs aspects tournoyants caractéristiques. Cette dimension est importante car Rhoda interprète sa setlist en jouant simultanément les structures rythmiques et mélodiques, combinant tous les registres de l’instrument.

L’option choisie est savoureuse, puisque nous sont proposés ce soir tous les titres composant son nouvel album. « Blue Law » comporte une citation malicieuse du « Fascinating Rythm » de George Gershwin, tandis que « Movin’ Blues » et « Blues at the Penthière » sont de vibrants hommages au blues et à l’atmosphère spirituelle dans laquelle baigne l’œuvre de l’organiste. Au chapitre des grandes influences, on peut citer « Come Sunday » et « Caravan » de Duke Ellington, avec ses couleurs exotiques et latines. « Dans ma Vie », une composition originale, fait sans doute référence à la France des années 60 qui a accueilli l’artiste.

Cette culture, qu’elle a faite sienne, s’incarne en le « Watch What Happens » de Michel Legrand, issu de la bande son du film de Jacques Demy « Les Parapluies de Cherbourg », avant que le fédérateur « Vocé Abusou » d’Antônio Carlos et Jocafi, plus connu en France par l’adaptation de Michel Fugain « Fais comme l’Oiseau », n’achèvent de ravir le public de sa terre d’adoption.  « Honeysuckle Rose » de Fats Wallers est un classique propice à des jams endiablées, et il ne fait pas exception ce soir grâce à la divine surprise d’un duet avec Anne Ducros, accompagnée des side men de luxe que sont Adrien Moignard à la guitare et Diego Imbert à la contrebasse, soit le line up du nouvel album, « Something », que la chanteuse présentera quelques heures plus tard en ces mêmes lieux.

©Photo et Photo Header. Jean-Pierre Alenda pour Couleurs Jazz.

« I’m lookin’ For a Miracle » des Clark Sisters, un groupe de gospel talentueux, est interprété avec une élégance qui le rapproche de l’univers de Nat King Cole. « Let My People Go » fait, quant à lui, allégeance à un œcuménisme synonyme de tolérance et de paix entre les peuples, tandis que « Yes Indeed » de Melvin « Sy » Oliver (qui s’est d’ailleurs illustré en reprenant les standards de la chanson française « La Vie en Rose » et « C’est si Bon ») matérialise le lien entre l’univers de Tommy Dorsey et celui du groupe d’Elbernita « Twinkie » Clark.

Que dire de « Prière », une nouvelle composition originale, sinon qu’elle essentialise la substance d’une musique qui s’apprécie à plusieurs niveaux, en tant qu’invitation à la danse primordiale, bien sûr, mais aussi en tant que pur plaisir érudit, riche de références, enraciné et authentique.

Les personnes réunies pour cette authentique fête musicale ne s’y sont pas trompées, célébrant comme il se doit en fin de concert une grande artiste toujours modeste, quoi que brûlant d’une ferveur et d’une détermination sans faille dès qu’elle touche à son Orgue Hammond.

Un grand moment de jazz quintessentiel qui fait date à l’heure d’un confinement généralisé à durée indeterminée…

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