Né en 2010, Jazz à l’Etage, organisait alors 4 concerts, le temps d’un W.E. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, c’est une trentaine de concerts et de conférences-concerts, des jam sessions, des expositions de peintures et de photographies dans une douzaine de lieux, répartis entre Rennes Métropole et St-Malo pendant tout un mois. Programmation détaillée

Je ne vous ferai pas là, une présentation exhaustive de ce festival agrémentée d’un compte-rendu de chaque concert, mais je montrerai quelques moments qui m’ont particulièrement séduit.

Je ne reviendrai pas sur le concert de Yutaka Shiina avec Pierrick Pédron et Max Ionata à St-Malo, car il fut décrit ici précédemment.

Les trois rendez-vous programmés par Jazz à l’Etage à la médiathèque de St-Malo, La Grande Passerelle, ont été de grands moments et un véritable succès auprès du très large public. Le lieu est ouvert et l’accès à ces Jazz Talks gratuit.

Paul Lay & Simon Tailleu

C’est le Paul Lay Trio avec Isabelle Sörling et Simon Tailleu qui ouvrit le ban. Intitulé Deep Rivers , le trio nous proposa un répertoire issu de chansons folks américaines de la fin de la guerre de Sécession jusqu’aux années 60, portant haut le droit à la dignité et la liberté. Des « standards » de Nina Simone furent également repris. Force du répertoire, cohérence du trio, interprétation magnifiée ont caractérisé ce superbe moment. Je soulignerai l’interprétation « habitée » d’Isabelle Sörling  sur le standard de Nina Simone Ain’t Got No.

Le Mathias Lévy Trio assura le 3ème rendez-vous avec Revisiting Grappelli.

Formation « grappellienne » avec ce trio à cordes, violon, guitare et contrebasse, sachant que le contrebassiste Jean-Philippe Viret fut membre du trio du Maître pendant 8 années. Formation classique donc, mais interprétation tout à fait originale, sans toutefois trahir la musique de Grappelli. Sébastien Giniaux à la guitare, mais également très brillant au violoncelle, concoururent à enrichir la palette des sonorités.

Jeudi 07 mars, direction l‘Etage à Rennes, pour voir et écouter Michaël Vigneron et son quartet. Chaque année, le festival, à travers son programme Fresh Sound aide à la promotion d’un espoir breton. Cette année, il s’agissait du pianiste Michaël Vigneron. Pour cette occasion, celui-ci avait formé un nouveau groupe et créé un répertoire, Elementia, qu’il divisa en 4 parties évoquant les éléments composant l’univers : l’eau, la terre, l’air et le feu. Pour interpréter ces compositions, il s’était entouré de Noé Moureaux-Néry au saxophone ténor, Grégoire Oboldouieff à la contrebasse et du grand André Charlier à la batterie. Beauté des compositions, fluidité du jeu du pianiste, qui déjà imprime son identité… Pour une première, ce fut une réussite ! … Et l’espoir d’un enregistrement à venir ? Un pianiste à suivre.

Vendredi 08 mars, moment magique à l’Etage avec le duo Eric Le Lann-Paul Lay. Thanks a Million , Tribute to Louis Armstrong. Ce fut un véritable moment d’émotion que nous firent partager ces deux artistes. Eric Le Lann comme je ne l’avais encore jamais entendu, tout en maitrise dans l’émission du son. Un régal ! Paul Lay sembla sublimer son acolyte. Le duo fonctionna ainsi à merveilleuse. Oui, le jazz c’est encore et aussi cela.

La chanteuse new-yorkaise Indra Rios-Moore poursuivit la soirée. Initialement prévue en quintet, la formation évolua finalement en trio, le batteur et le guitariste ayant raté l’avion… On pouvait craindre un concert d’une qualité moindre. Il n’en fut rien, bien au contraire. Une très belle découverte en ce qui me concerne.

Accompagnée de Thomas Sejthen à la contrebasse, et de son mari Benjamin Traerup au saxophone ténor, Indra sut rapidement conquérir le public (et moi également) par sa voix pure, profonde et intense, grâce à un répertoire où se mêlent jazz, folk, blues, mais aussi groove.  Chanteuse engagée, elle l’est également quand elle fustige la politique de Trump, quand elle dénonce le sort des immigrés… En conclusion, le trio nous offrit un magnifique concert acoustique.

Samedi 09 mars, un pur moment de poésie musicale avec le duo Joëlle Léandre-Pascal Contet. Happy Birthday, pour fêter les 25 ans de leur union artistique. Entre la musique contemporaine, le jazz et bien d’autres choses encore, l’improvisation est maximale et pourtant rien n’est dû au hasard. D’un côté, Joëlle Léandre, très gestuelle et expressive avec son intrument, lui parlant, le molestant (gentiment) parfois, de l’autre, Pascal Contet, plus statique, sauf pour activer son soufflet, nous offrent une musique loin des canons habituels et dans laquelle nous plongeons littéralement.

Un moment hors du temps !

Enfin ce même jour, dans la salle du Liberté, ce sont plus de 1000 personnes qui se sont déplacées pour voir et écouter la « vedette », le parrain du festival : Avishaï Cohen qui visiblement se montre très heureux de revenir sur les terres rennaises à l’occasion du 10ème anniversaire du Festival. Il choisit cette occasion pour présenter en avant-première, et pour la 1ère fois en public donc, le répertoire de son prochain opus à sortir en juin avec un nouveau pianiste, Elchin Shirinov, et son fidèle ami et batteur Noam David. Vous pouvez d’ores et déjà mettre un pense-bête sur votre calendrier afin de vous procurer les yeux fermés, ce nouvel album, lors de sa sortie. Nouvelles compositions de hautes volées, alchimie du trio, excellence des musiciens, tous les ingrédients sont réunis. Et il s’agissait pourtant d’une Première ! Les musiciens semblaient à la fois excités et émus à la fin du concert. Un Grand Monsieur !

Avishai Cohen, contrebasse ; Elchin Shirinov, piano ; Noam David, batterie.

D’autres bons et beaux moments méritent également d’être soulignés :

Fabrice Moreau et son 5tet

Thomas de Pourqueryet ses complices : Supersonique !

Nicolas Gardel & The Headbangers….

D’autre moments auraient mérité un meilleur traitement. Je pense notamment aux concerts qui avaient lieu à l’Etage, devant la salle et se déroulaient entre deux autres concerts. Ces concerts qui étaient gratuits, ce qui est une excellente chose en soi, étaient victimes de leurs succès. Aussi l’accès était rendu quasi impossible et les conditions d’écoute et de visibilité étaient dès lors totalement dégradées. Olivier Pellan 4tet et Taha El Hmidi, entre autres,  auraient mérité une meilleure scène. Enfin, pour le photographe que je suis, la mise en lumière n’offrait pas toujours les meilleures conditions.

Grâce à cette offre multiple : des Jazz Talks, des concerts gratuits, des Workshops , une Jam session, la multiplicité des lieux, la place offerte à de nouveaux talents et des nouveaux projets, la diversité des horizons musicaux, tous ces éléments inscrivent Jazz à l’Etagecomme un évènement devenu incontournable pour la vie culturelle rennaise, malouine et sans doute bien au-delà.

Nous attendons la 11ème édition avec impatience !

 

©Photos et textes exclusivementPhilippe Colliot.

©Photo Couverture avec Avishai Cohen, Philippe Colliot.

 

 

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