Cette histoire des zazous fait suite à un précédent ouvrage de Gérard Régnier intitulé “Jazz et Société en France sous l’Occupation” qui fut honoré en 2009 par le prix du livre de l’académie du jazz. L’auteur y poursuit la même entreprise de démythification de préjugés et d’idées reçues en étudiant le phénomène zazou tel qu’il fut vécu à Paris mais aussi à Bruxelles, Prague et Berlin pendant les années d’occupation.

Les zazous sont les représentants d’une jeunesse dorée et oisive manifestant son anticonformisme par des tenues vestimentaires excentriques. Leur point de ralliement est le Pam Pam sur les Champs-Élysées ou le Boul’ Mich dans le quartier de la Sorbonne. Attirés par les valeurs de l’Oncle Sam, ils développent une jazzophilie de pacotille exaspérant les vrais amateurs qui leur reprochent leur ignorance crasse en matière de jazz et une attitude déplacée pendant les concerts. Boris Vian en a fait une description sans indulgence dans un chapitre de sa première œuvre, Cent sonnets. Ils n’incarnent pas non plus les valeurs des représentants de la France de Vichy qui souhaitent s’appuyer sur une jeunesse studieuse et sportive pour développer la politique de renaissance nationale dont ils rêvent. Tout cela leur vaudra les sarcasmes venimeux des plumes de la presse collaborationniste : “Mais, mes pauvres enfants, déclarait Lucien Rebatet, vous retardez effroyablement. Votre swing, c’est du hot en simili, du straight, la cochonnerie la plus abominablement abâtardie qui soit… Vos jazz de 1942 sont de misérables ersatz industriels, des machines à battre, les ‘blues’ traînés dans le sirop de grenadine, graillonnés dans des poêles à frire, de la bastringue tout juste bonne à faire danser les concierges de la rue Soufflot “…


Les zazous furent-ils pour autant de véritables résistants au régime de Vichy comme le suggère la légende ? C’est sur cette question, porteuse en filigrane de l’ambiguïté d’une époque complexe de notre histoire, que se penche Gérard Régnier. S’appuyant avec la rigueur d’un historien sur une documentation constituée de documents d’époque, d’extraits de presse, d’une iconographie remarquable et de témoignages précieux (Claude Abadie, Eddie Barclay, Michelle Léglise Vian, Eddie Barclay), l’auteur montre que leur participation à la manifestation du 11 novembre 1940 rassemblant des lycéens et des étudiants devant l’Arc de triomphe, considérée comme la première forme publique d’opposition aux Allemands, ou le fait de porter l’étoile jaune en solidarité avec les juifs (Françoise Siefridt), relèvent plus d’initiatives individuelles que d’une action politique réfléchie et concertée. Quoi qu’il en soit, les zazous ont été par leur goût de la provocation et de l’anticonformisme des contestataires du régime de Vichy dont ils refusaient les valeurs. Et c’est le grand mérite de Gérard Régnier de l’avoir montré.

L’Histoire des Zazous – Paris – Bruxelles – Prague – Berlin
par Gérard Régnier
Éditions l’Harmattan (2020)
ISBN 978-2-343-19409-7

En Header : caricature de Soupault

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