{"id":6550,"date":"2016-11-14T12:03:41","date_gmt":"2016-11-14T11:03:41","guid":{"rendered":"http:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/?p=6550"},"modified":"2016-11-14T12:06:27","modified_gmt":"2016-11-14T11:06:27","slug":"horror-vacui-en-une-seule-prise-jazz-fest-berlin-2016-nov-5-festspiele","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/horror-vacui-en-une-seule-prise-jazz-fest-berlin-2016-nov-5-festspiele\/","title":{"rendered":"Horror vacui en une seule prise &#8211; Jazz Fest Berlin &#8211; 2016 Nov 5 &#8211; Festspiele."},"content":{"rendered":"<h2>C&rsquo;est un samedi soir pluvieux au Berliner Festspiele. Cinqui\u00e8me jour du Festival de Jazz de Berlin. Les invit\u00e9s\u00a0du jour\u00a0sont une combinaison\u00a0de noms mythiques.<\/h2>\n<h3>Avant que le plat principal soit servi, Angelika Niescier and Florian Weber Quintet, suivis de Nik B\u00e4rtsch\u2019s Ronin hr Bigband chauffent la sc\u00e8ne. Le plat principal est servi \u00e0 21H :\u00a0le trio form\u00e9 par le batteur de l\u00e9gende, \u00e2g\u00e9 de 74 ans Jack DeJohnette, qui apr\u00e8s s&rsquo;\u00eatre produit\u00a0avec des noms tels que\u00a0Miles Davis, Keith Jarrett ou Freddie Hubbard, prend le r\u00f4le de\u00a0leader \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du saxophone\u00a0de Ravi Coltrane\u00a0et la basse de\u00a0Matt Garrison.\u00a0Ces\u00a0deux l\u00e0, dont l&rsquo;enfance fut berc\u00e9e par\u00a0DeJohnette, sont \u00abfils de\u00bb &#8211; dans le corps de Ravi coule le sang de John Coltrane, et Matt porte toute l&rsquo;\u00e9nergie de son p\u00e8re, Jimmy Garrison. Ils rejoignent tous les deux leurs instruments, mais\u00a0d&rsquo;une mani\u00e8re\u00a0singuli\u00e8re\u00a0et toute en ma\u00eetrise, et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment une explosion de puissance qui est servie au public ce samedi soir.<\/h3>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/_c4OgOb7S80?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h3>Quelque\u00a0chose va bient\u00f4t se produire.<\/h3>\n<h3>L\u00e0, flotte\u00a0une\u00a0\u00e9trange \u00e9nergie dans l&rsquo;air. Une sorte d&rsquo;attente. Une sorte de r\u00e9tention du souffle. Comme si des l\u00e9gendes attendaient. Et \u00e9taient attendues.<\/h3>\n<h3>Il y a une batterie, une basse \u00e9lectrique, un piano \u00e0 queue et une s\u00e9rie de saxophones.<\/h3>\n<p>Tout de rouge v\u00eatu, il porte ses trois saxophones. Son corps se refl\u00e8te sur la surface du piano, \u00e9blouissant. Il est habill\u00e9 en rouge. Jetant la lumi\u00e8re dans la salle de concert. Le Berliner Festspiele applaudit, ravi. Lui, lumineux. Ce rouge\u2026 Ce rouge est une d\u00e9claration. Le rouge passion, Le rouge pouvoir, Le rouge, la couleur du sang et la couleur du combat et la couleur de l&rsquo;\u00e9nergie, du noyau solaire le plus chaud.<\/p>\n<h3>Le Jazz est rouge. Et bleu et gris et noir et vert.<\/h3>\n<h3>Mais tr\u00e8s rouge.<\/h3>\n<p>Tout comme\u00a0Ravi Coltrane. Avec toute sa magnificence, avec toute son histoire. Portant la lourde responsabilit\u00e9 sur ses \u00e9paules\u00a0; il est le \u00a0\u201cfils de\u201d. Fiert\u00e9. Fiert\u00e9 parce que, \u00e7a signifie quoi d&rsquo;\u00eatre le fils d&rsquo;un mythe ? Qu&rsquo;est-ce \u00e7a signifie d&rsquo;avoir son sang qui coule dans ses veines \u00a0fait d&rsquo;un mixte du sang d&rsquo;Alice et de John ? \u00c7a signifie quoi cette aura exprim\u00e9e par ta pr\u00e9sence ?<\/p>\n<h3>Que signifie tout cela\u00a0?<\/h3>\n<p>Cela signifie qu&rsquo;au moment o\u00f9 il arrive sur sc\u00e8ne, il ma\u00eetrise. Il porte en lui toutes les le\u00e7ons apprises, toutes les notes entendues, toutes les erreurs commises, tous les exercices accomplis, et il les projette en dehors d&rsquo;une mani\u00e8re fra\u00eeche, futuriste, r\u00e9elle et brute.<\/p>\n<h3>Rouge. Rouge brut. Pur, fort, brillant, rouge p\u00e9tillant.<\/h3>\n<p>Et la basse noire est port\u00e9e par ces mains de ma\u00eetre. Matt Garrison. Un beau sourire, une voix puissante. Une agressive finesse. Des notes et des touches dures et d\u00e9licates. Lui aussi porte une histoire sur ses \u00e9paules\u00a0\u2013 et dans ses entrailles. Jimmy Garrison coule dans ses veines.<\/p>\n<p>Deux musiciens insupportablement talentueux dont le troisi\u00e8me homme sur sc\u00e8ne fut t\u00e9moin de leurs enfances. Sa main lev\u00e9e, dans un bonjour chaleureux.<\/p>\n<h3>Les applaudissements cessent.<\/h3>\n<h3>Jack DeJohnette s&rsquo;assied au\u00a0piano.<\/h3>\n<p>L&rsquo;homme qui c\u00f4toya\u00a0Freddie Hubbard, Miles Davis, Bill Evans, Alice Coltrane, Sonny Rollins, Herbie Hancock, John Scofield\u2026 Il parle un petit peu avec le piano. S&rsquo;\u00e9chauffant. Se pr\u00e9parant. Puis il marche vers sa batterie. Il a \u00a074 ans. Et son esprit brille.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;approche de la batterie d&rsquo;une mani\u00e8re non conventionnelle. As if he had seen and done and felt it all. And he is the clear conductor. This is a wild beast dialogue, but his power is omnipresent.\u00a0Comme s&rsquo;il avait vu, fait et tout senti. Et il est clairement le ma\u00eetre. C&rsquo;est un dialogue de b\u00eate f\u00e9roce, mais son pouvoir est omnipr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Pourtant il n&rsquo;y a pas d&rsquo;ego. Pas de lutte. Pas de morsures, pas d&rsquo;attaques frontales, pas de tentatives de pi\u00e9tiner quiconque. Un si profond respect mutuel. Et ainsi les conversations entre les trois se d\u00e9roulent en parfaite harmonie. Ils n&rsquo;interpr\u00e8tent pas des morceaux classiques, ils exp\u00e9rimentent, Ils parcourent la nuit et l&rsquo;esprit des auditeurs avec de belles et profondes improvisations, DeJohnette jouant avec les vitesses et les volumes, avec le jeu parfaitement propre, pur et pr\u00e9cis de Coltrane, avec Garrison portant le tout et l&rsquo;assaisonnant avec de l&rsquo;\u00e9pique, transcendantal et avec une utilisation quasi onirique de l&rsquo;\u00e9lectronique.<\/p>\n<div id=\"attachment_6555\" style=\"width: 910px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DeJohnette-Coltrane.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-6555\" class=\"size-full wp-image-6555\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DeJohnette-Coltrane.jpg\" alt=\"\u00a9Nuria Ribas Costa pour Couleurs Jazz\" width=\"900\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DeJohnette-Coltrane.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DeJohnette-Coltrane-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/DeJohnette-Coltrane-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-6555\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9Nuria Ribas Costa pour Couleurs Jazz<\/p><\/div>\n<h3>Distortion, r\u00e9p\u00e9tition, augmentation du volume, baisse du volume.<\/h3>\n<h3><em>C&rsquo;est comme une sorte d&rsquo;horror vacui<\/em>, comme un\u00a0silence repouss\u00e9 loin, tr\u00e8s loin maintenant du Berliner Festspiele.<\/h3>\n<p>Et soudain, quelque chose commence \u00e0 se produire. Un air tr\u00e8s familier. A saxophone les lignes d&rsquo;un po\u00e8me de guerre. L&rsquo;\u00e2me de John Coltrane\u2019s \u00a0se mat\u00e9rialisant\u00a0sous la forme d&rsquo;un air cheminant du Sud des Etats-Unis.<\/p>\n<p><em>Alabama<\/em>. <em>Alabama\u00a0<\/em>est l\u00e0<em>.<\/em>\u00a0le morceau que\u00a0John Coltrane \u00e9crivit en r\u00e9ponse \u00e0 la mort de quatre \u00e9coli\u00e8res victimes d&rsquo;un attentat raciste dans la 16\u00e8me rue, \u00e0 la\u00a0Birth Baptist Church de\u00a0Birmingham (Alabama) en\u00a01963. John Coltrane\u2019s script being rebirthed by his own son, and Matt Garrison, and Jack DeJohnette, who picks the mallets and starts making the drums cry in anger. And the saxophone weeping in despair. And the bass stepping in exactly when it has to.\u00a0Le sc\u00e9nario de John Coltrane \u00e9tant ressuscit\u00e9 par son propre fils et Matt Garrison, \u00a0Jack DeJohnette saisissant les maillets et commen\u00e7ant \u00e0 faire pleurer de col\u00e8re la batterie. Et le saxophone pleurant de d\u00e9sespoir. Et la basse ponctuelle, exacte, comme elle\u00a0doit \u00eatre.<\/p>\n<p>Une r\u00e9interpr\u00e9tation de l&rsquo;original, en \u00e9cho au concert de 1963 \u00e0 Birdland. Coltrane p\u00e8re dans le souffle Coltrane fils.<\/p>\n<p>Et ainsi le spectacle continue, dessinant de nouvelles images et poursuivant la conversation. Sourires et mouvements de t\u00eates et applaudissements aux solos. Coltrane bouge comme s&rsquo;il avait la musique en\u00a0lui. DeJohnette joue comme s&rsquo;il connaissait\u00a0chaque centim\u00e8tre de sa batterie. Garrison\u00a0caresse les cordes et ex\u00e9cute des incursions des plus pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Et maintenant la fin est proche. DeJohnette est laiss\u00e9 seul, \u00e0 lui de modifier\u00a0le rythme. A lui de tuer le rythme. Il le ralentit. Tout le monde l&rsquo;observe. Il le ralentit.<\/p>\n<p>Et puis, il se tourne sur la\u00a0gauche et s&rsquo;accroche \u00e0 un autre instrument, peut-\u00eatre une lyre ? Un bref et rapide son m\u00e9tallique et <em>bam<\/em>. Tout est fini.<\/p>\n<h3>Applaudissements.<\/h3>\n<h3>Le tout en une seule prise. Pas d&rsquo;arr\u00eats. Tout dedans.<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les protagonistes \u00e0 propos de leur projet\u00a0:<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/YmksrygU7ls?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>photos \u00a9Nuria Ribas Costa pour Couleurs Jazz<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est un samedi soir pluvieux au Berliner Festspiele. 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