{"id":6512,"date":"2016-11-08T15:35:31","date_gmt":"2016-11-08T14:35:31","guid":{"rendered":"http:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/?p=6512"},"modified":"2016-11-08T17:20:45","modified_gmt":"2016-11-08T16:20:45","slug":"jazzfest-berlin-quand-le-silence-parle-en-bleu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/jazzfest-berlin-quand-le-silence-parle-en-bleu\/","title":{"rendered":"JazzFest Berlin &#8211; Quand le Silence Parle (en Bleu)"},"content":{"rendered":"<h3>Le dernier jour de la 53e \u00e9dition du JazzFest Berlin, et pour achever le voyage, un plat imposant est servi un dimanche apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9: Karl Wilhelm Ged\u00e4chnis Kirche organise un dialogue int\u00e9ressant entre orgue et trompette. Alexander Hawkins et Wadada Leo Smith pr\u00e9sentent dans cet environnement solennel leur pi\u00e8ce \u00ab<em>M\u00e9ditation bleue<\/em>\u00bb. En guise d&rsquo;avertissement, le directeur du festival Richard Williams, cite Wadada, d\u00e9clarant : cela va \u00eatre \u00ab\u00a0une\u00a0musique avec le souffle de la vie\u00a0\u00bb.<\/h3>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/LYrjeeEO7qA?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h2>Murmure.<\/h2>\n<p>Lumi\u00e8re bleue. Brillante, puissante et bleue vif. Azur\u00e9e, turquoise, cyan. Elle p\u00e9n\u00e8tre les milliers de petits verres carr\u00e9s qui couvrent les murs du M\u00e9morial. Elle entre dans la grande salle et illumine la poussi\u00e8re flottante. Voyageant jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle frappe une surface r\u00e9fl\u00e9chissante.<\/p>\n<p>Le plus solennel des voyages, comme elle meurt, en heurtant la grande sculpture en or du Christ qui pend. Volant, vers le choeur\u00a0de l&rsquo;\u00e9glise, droit sur l&rsquo;autel, volant droit vers la grande croix d&rsquo;or.<\/p>\n<h2>Doute, curiosit\u00e9 and nervosit\u00e9.<\/h2>\n<p>Les yeux scrutent tout autour. Les spectateurs\u00a0s&rsquo;asseyent \u00e0 m\u00eame le sol. Sur les marches. Ils se retournent sur leurs chaises.<\/p>\n<p>Flottant au dessus de\u00a0la porte d&rsquo;entr\u00e9e se trouve l&rsquo;orgue, majestueux et puissant. Camoufl\u00e9. Des faisceaux blancs apportent de la lumi\u00e8re sur le clavier. Une lumi\u00e8re blanche qui s&rsquo;ach\u00e8ve\u00a0encore une fois, en se heurtant \u00e0 la statue dor\u00e9e du Christ, juste du c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9 de l&rsquo;\u00e9difice. Lui faisant\u00a0face.<\/p>\n<p>Lui faisant face,\u00a0comme les chaises. Mise\u00a0en place orient\u00e9e vers l&rsquo;autel, comme si on eut voulu en faire le personnage principal.<\/p>\n<p>Mais ce n&rsquo;est pas ainsi.<\/p>\n<p>Des notes longues, graves et profondes naissent des tuyaux de l&rsquo;orgue. Ils r\u00e9sonnent sur les murs et vibrent et r\u00e9verb\u00e8rent et remplissent chaque pouce de l&rsquo;espace. Une silhouette noire se d\u00e9place devant le clavier, toujours doucement. Une figure blanche habill\u00e9e se trouve sur le coin, \u00e0 sa droite. Assez proche, mais gardant son propre espace, cr\u00e9ant son propre coin. Un microphone grimpe, juste devant la figure blanche, non dirig\u00e9 vers elle, mais essayant plut\u00f4t d&rsquo;atteindre un point plus haut, comme dans une tentative de capturer le tout.<\/p>\n<h2>Comme dans une tentative de capturer\u00a0\u201cchaque souffle d&rsquo;elle\u201d.<\/h2>\n<p>Les souffles qui, dit Wadada, portent la vie. Les respirations qui sont cens\u00e9es faire partie de la musique tout autant que la musique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>L&rsquo;air qui permet l&rsquo;existence. La musique qui d\u00e9crit la l\u00e9gende de la vie.<\/p>\n<p><strong>Wadada Leo Smith<\/strong> respire. Et <strong>Alexander Hawkins<\/strong> respire. Et tous les \u00eatres vivants \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du Kaiser Wilhelm Ged\u00e4chnis Kirche respirent.<\/p>\n<div id=\"attachment_6507\" style=\"width: 860px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Jazzfest-Berlin-2016-Camille-Blake-Berliner-Festspiele-20.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-6507\" class=\"size-full wp-image-6507\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Jazzfest-Berlin-2016-Camille-Blake-Berliner-Festspiele-20.jpg\" alt=\"\u00a9 Camille Blake\" width=\"850\" height=\"567\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Jazzfest-Berlin-2016-Camille-Blake-Berliner-Festspiele-20.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Jazzfest-Berlin-2016-Camille-Blake-Berliner-Festspiele-20-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/11\/Jazzfest-Berlin-2016-Camille-Blake-Berliner-Festspiele-20-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-6507\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 Camille Blake<\/p><\/div>\n<h2>Une conversation.<\/h2>\n<p>Alex extrait de l&rsquo;orgue les notes que Wadada crache de sa trompette dans l&rsquo;univers ; Ils parlent, ils \u00e9crivent, ils pleurent et rient et crient et g\u00e9missent et voyagent ensemble. \u00abC&rsquo;est un voyage\u00bb Wadada sourit, \u00abil doit y avoir de l&rsquo;espace autant pour \u00e9couter que pour entendre\u00bb.<\/p>\n<p>Ses yeux ferm\u00e9s. Sa trompette pointant vers le sol. Le son coup\u00e9. D\u00e9collage \u00e0 coups de petites notes lentes, il les porte, les \u00e9tire, les lance dans le ciel. Les genoux pli\u00e9s, les cheveux tombant en avant.<\/p>\n<p>Les lumi\u00e8res illuminent la statue du Christ et la Croix, tandis que la trompette hurle de plus en plus fort. L&rsquo;orgue lui fait \u00e9cho. Transmet ses hurlements.<\/p>\n<p>Elle est dor\u00e9e. La trompette est tout aussi dor\u00e9e que le Christ et la Croix.<\/p>\n<p>Mais personne ne s&rsquo;en aper\u00e7oit. Toutes les chaises font face \u00e0 l&rsquo;autel, mais personne n&rsquo;y pr\u00eate attention. Yeux ferm\u00e9s, visages inexpressifs. C\u0153urs et esprits voyageant. Personne ne regarde le Christ, m\u00eame si tous les corps\u00a0font face \u00e0 la Croix d&rsquo;or.<\/p>\n<p>Alexander Hawkin\u2019s fingers improvise a ditty. High notes drawing a pattern and start a trip. A growing journey. Wadada awaits. Allows the crescendo. \u201cSilence is as important as sound\u201d. Alexander moves increasingly. He climbs, creates and builds, speeding up. Hard to follow.<\/p>\n<p>Graves hit again. Sounds that echo construction works on a street. Wadada smiles. Trumpet small talk on the top.<\/p>\n<p>The Organ smashes again, starting off with something that sounds like a bird&rsquo;s conversation. Grave lows on a base and tall, strong, bitter highs on top. Telling a story.<\/p>\n<p>Les doigts d&rsquo;Alexander Hawkin improvisent une chanson. Des Notes \u00e9lev\u00e9es dessinant un motif et commen\u00e7ant \u00e0 voyager. Un voyage croissant. Wadada attend. Permet le crescendo. \u00abLe silence est aussi important que le son\u00bb. Alexander bouge de plus en plus. Il grimpe, cr\u00e9e et construit, acc\u00e9l\u00e9rant. Difficile\u00a0\u00e0 suivre.<\/p>\n<p>Graves a frapp\u00e9 \u00e0 nouveau. Sons qui font \u00e9cho \u00e0 des travaux de construction dans\u00a0une rue. \u00bbWadada sourit. Trompette, petite conversation par dessus.<\/p>\n<p>L&rsquo;orgue se fracture \u00e0 nouveau, en commen\u00e7ant par quelque chose qui ressemble au gazouillement\u00a0d&rsquo;un oiseau. Racontant une histoire.<\/p>\n<h2>Silence.<\/h2>\n<h2>Majestueux. Inattendu. Quelques yeux s&rsquo;ouvrent.<\/h2>\n<p>Et soudain, profonde, per\u00e7ante, dangereuse, une trompette perfore le ciel. Pas de sourdine, les notes les plus pures qui durent trois secondes avant de mourir de nouveau, rebondissant sous la forme d&rsquo;un soul\u00e8vement. Aigus\u00a0vifs, basses rapides, tout va vite. Petits silences cr\u00e9\u00e9s par la bousculade des notes au sortirde la trompette.<\/p>\n<p>Un cri \u00e9touffant. L&rsquo;orgue p\u00e9n\u00e8tre\u00a0et\u00a0on le ressent exactement comme il \u00e9tait cens\u00e9 intervenir. Les sons sont exacts. Tout le monde est surpris, rempli par cette sensation d&rsquo;harmonie parfaite dans la conversation. Tout le monde est surpris, mais pour une seule \u00e2me. Wadada.<\/p>\n<p>\u00abJe fais de l&rsquo;art et je ne suis plus surpris de rien. Lorsque vous vivez dans le pr\u00e9sent et exp\u00e9rimentez quelque chose, si vous \u00eates pleinement engag\u00e9 dans cette exp\u00e9rience, vous n&rsquo;avez pas le temps pour une r\u00e9action. Et la surprise est une r\u00e9action \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Wadada s&rsquo;expose. Nu. Tel Alexander avec ses mouvements sinueux et robotiques et presque n\u00e9vrotiques. Enti\u00e8rement engag\u00e9. L\u00e2chant tout.<\/p>\n<p>Ils retournent \u00e0 leur conversation. Augmentation progressive du volume. Explosif. Strident, des\u00a0aigus\u00a0aveuglants. Wadada choisit la derni\u00e8re note d&rsquo;Alexandre et la r\u00e9p\u00e8te et joue avec elle. Il ne joue plus pench\u00e9 en avant, mais plut\u00f4t tout droit, m\u00eame courb\u00e9 en arri\u00e8re, pointant le ciel avec sa trompette, son buste tourn\u00e9\u00a0vers l&rsquo;autel, et son instrument dor\u00e9 criant agressivement, en crescendo. Introduisant et bousculant\u00a0magnifiquement le silence.<\/p>\n<h2>Le juste montant\u00a0du tout.<\/h2>\n<h2>Discours de l&rsquo;au-del\u00e0.<\/h2>\n<h2>Signes de la vie.<\/h2>\n<h2>Et le\u00a0silence.<\/h2>\n<p>Inattendu, difficile \u00e0 appr\u00e9hender, d\u00e9routant. Les auditeurs ne savent pas quoi en penser. Un timide applaudissement commence. Bient\u00f4t tout le m\u00e9morial r\u00e9sonne de\u00a0gratitude.<\/p>\n<p>Un sentiment \u00e9trange dans les \u00e2mes. Mystique et \u00e9pique et d\u00e9go\u00fbtant et incomparable, terrifiant et d\u00e9fiant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une exp\u00e9rience vivante de l&rsquo;art\u00a0\u00bb, Waddada tient le microphone tandis qu&rsquo;Alexander sourit, en saluant. \u00ab\u00a0Une performance est un morceau d&rsquo;art non-verbal.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Contemplation azur\u00e9e.<\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier jour de la 53e \u00e9dition du JazzFest Berlin, et pour achever le voyage, un plat imposant est servi un dimanche apr\u00e8s-midi ensoleill\u00e9: Karl Wilhelm Ged\u00e4chnis Kirche organise un&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":14,"featured_media":6510,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":{"0":"post-6512","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-actualite"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6512","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/14"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6512"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6512\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6512"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6512"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6512"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}