{"id":5749,"date":"2016-08-17T21:30:49","date_gmt":"2016-08-17T20:30:49","guid":{"rendered":"http:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/?p=5749"},"modified":"2016-08-17T21:40:35","modified_gmt":"2016-08-17T20:40:35","slug":"quand-lazerbaidjan-exporte-son-jazz-melodieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/quand-lazerbaidjan-exporte-son-jazz-melodieux\/","title":{"rendered":"Quand l\u2019Azerba\u00efdjan exporte son jazz m\u00e9lodieux"},"content":{"rendered":"<h3>L\u2019histoire du jazz azerba\u00efdjanais, longue de 90 ans d\u00e9j\u00e0, remonte quasiment aux premiers enregistrements du jazz. Le premier groupe de jazz du pays, baptis\u00e9 Eastern Jazz Band et dont le chanteur \u00e9tait le t\u00e9nor Huseyngulu Sarabski (arri\u00e8re-grand-p\u00e8re du pianiste Isfar Sarabski, l\u2019un des chefs de file du jazz contemporain) s\u2019est produit dans toute l\u2019Union Sovi\u00e9tique.<\/h3>\n<div id=\"attachment_5757\" style=\"width: 750px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/Vagif-Musfafazade-avec-sa-fille-Aziza.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5757\" class=\"size-full wp-image-5757\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/Vagif-Musfafazade-avec-sa-fille-Aziza.jpg\" alt=\"Vagif Musfafazade avec sa fille Aziza\" width=\"740\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/Vagif-Musfafazade-avec-sa-fille-Aziza.jpg 740w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/Vagif-Musfafazade-avec-sa-fille-Aziza-300x203.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 740px) 100vw, 740px\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5757\" class=\"wp-caption-text\">Vagif Musfafazade avec sa fille Aziza<\/p><\/div>\n<p>Du temps de l\u2019URSS, l\u2019attitude du r\u00e9gime envers le jazz d\u00e9pend d\u2019un climat politique que l\u2019on peut qualifier de volatile. Si cette forme de musique a bien connu son essor aux \u00c9tats-Unis, elle est le produit de la cr\u00e9ation des peuples d\u00e9favoris\u00e9s et opprim\u00e9s du \u00ab\u00a0melting pot\u00a0\u00bb am\u00e9ricain. Il n\u2019est donc pas toujours \u00e9vident pour les musiciens de jazz de jouer leur musique au grand jour. Malgr\u00e9 cela, des compositeurs et musiciens azerba\u00efdjanais tels que Niyazi et Tofiq Guliyev parviennent \u00e0 transposer des s\u00e9quences d\u2019accords provenant du jazz et \u00e0 en faire de la musique symphonique. La perception du jazz \u00e9volue \u00e0 la mort de Staline, en 1953, et se lib\u00e8re franchement quand un grand amateur de jazz nomm\u00e9 Leonid Brejnev devient pr\u00e9sident du Soviet supr\u00eame.<\/p>\n<h3>Dans les ann\u00e9es 1950, des musiciens de jazz de toute l\u2019Union Sovi\u00e9tique et du bloc de l\u2019Est se bousculent pour jouer \u00e0 Bakou<\/h3>\n<p>La musique nationale de l\u2019Azerba\u00efdjan est le mugham. Si la structure harmonique, les mesures et les gammes de cette forme musicale sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes de la musique occidentale, elle pr\u00e9sente toutefois des points communs avec le jazz, par la pr\u00e9sence \u2013\u2013 par exemple \u2013 de passages jou\u00e9s par tous les musiciens au d\u00e9but et \u00e0 la fin de chaque morceau, et d\u2019espaces pendant lesquels ils ont la libert\u00e9 d\u2019improviser \u00e0 partir des accords et des m\u00e9lodies. Ce haut niveau d\u2019improvisation et d\u2019interpr\u00e9tation personnelle fait de Bakou une ville de plus en plus r\u00e9ceptive au jazz, si bien que dans les ann\u00e9es 1950, des musiciens de jazz de toute l\u2019Union Sovi\u00e9tique et du bloc de l\u2019Est se bousculent pour jouer \u00e0 Bakou, qui prend le titre informel de <em>Capitale du jazz de l\u2019Union Sovi\u00e9tique<\/em>. Des musiciens comme Parviz Rustambeyov (alias le \u00ab\u00a0Benny Goodman sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb) viennent y \u00e9panouir leur talent.<\/p>\n<div id=\"attachment_5761\" style=\"width: 910px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/Isfar-Sarabski-e1471464888117.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-5761\" class=\"size-full wp-image-5761\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/08\/Isfar-Sarabski-e1471464888117.jpg\" alt=\"Isfar Sarabski\" width=\"900\" height=\"629\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-5761\" class=\"wp-caption-text\">Isfar Sarabski<\/p><\/div>\n<p>La mont\u00e9e en puissance du jazz modal post-bop dans les \u00c9tats-Unis des ann\u00e9es 1950 et 1960 par des pointures comme Miles Davis, Bill Evans et Ahmad Jamal ouvrent la voie \u00e0 une r\u00e9volution musicale propre \u00e0 l\u2019Azerba\u00efdjan. Prenant appui sur le mugham azerba\u00efdjanais, des pianistes de formation classique et des compositeurs tels que Rafiq Babayev et Vagif Mustafazdeh op\u00e8rent une synth\u00e8se entre le mugham et le jazz modal pour aboutir \u00e0 une forme d\u2019ethno-jazz, baptis\u00e9e \u00ab\u00a0jazz-mugham\u00a0\u00bb. Souvent jou\u00e9e par des trios de jazz classiques (piano, contrebasse et batterie), l\u2019\u0153uvre de Vagif Mustafazadeh est tr\u00e8s remarqu\u00e9e, notamment en raison d\u2019une approche r\u00e9solument foisonnante du jeu de piano. De celui que l\u2019on surnomme \u00ab\u00a0le p\u00e8re du jazz azerba\u00efdjanais\u00a0\u00bb, le trompettiste Dizzy Gillespie dira qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 \u00ab\u00a0la musique du futur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>Le guitariste de blues B.B. King ira m\u00eame plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On dit de moi que je suis le roi du blues, mais si j\u2019\u00e9tais aussi bon que <\/em>[lui] <em>au piano, je n\u2019h\u00e9siterai pas \u00e0 m\u2019appeler Dieu.<\/em>\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/AJJBtuQkVnk?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9coce \u00e0 39 ans, l\u2019influence de Vagif Mustafazadeh ne saurait \u00eatre sous-estim\u00e9e. Presque tous les musiciens de jazz azerba\u00efdjanais lui doivent quelque chose, \u00e0 commencer par le jeune Isbar Sarabski, laur\u00e9at du Prix de Jazz Piano Solo au Festival de Jazz de Montreux de 2009, qui interpr\u00e8te r\u00e9guli\u00e8rement son morceau, <em>March<\/em>, pendant ses concerts.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/-iJjbMKeC_A?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Emil Afrasiyab a entrepris sa propre transcription du <em>Concerto pour piano<\/em> de Vagif, et sa propre fille Aziza Mustafazadeh a pouss\u00e9 le concept du jazz-mugham encore plus loin, en adoptant une approche mystique dans ses propres compositions, souvent enrichies par son chant en <em>scat <\/em>aux fortes accents de khanande.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/JA13_DAGA1g?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Pour sa part, l\u2019\u00e9poustouflant Shahin Novrasli se produit souvent avec ses fr\u00e8res sur plusieurs instruments nationaux (le tar et le kam\u00e2nche) pour aboutir \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un m\u00e9lange de jazz, de mugham, d\u2019Orient et d\u2019Occident.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/vWdzrxjjYJw?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Autre pianiste, Amina Figarova pr\u00e9sente un profil diff\u00e9rent bas\u00e9 sur le free jazz et m\u00e8ne sa carri\u00e8re aux Pays-Bas et aux \u00c9tats-Unis. Plus r\u00e9cemment encore, Elchin Shirinov, issu pour sa part de la musique populaire et folklorique, a multipli\u00e9 les improvisations sur les th\u00e8mes populaires classiques de l\u2019Azerba\u00efdjan, avec des compositions constitu\u00e9es de microtons et d\u2019harmonies orientales du mugham.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/D1ahLPJueng?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>Bakou a accueilli son premier festival de jazz en 1969 (devenu le Festival International de Jazz de Bakou, organis\u00e9 chaque ann\u00e9e), sous l\u2019impulsion du saxophoniste Rain Sultanov, qui a su y attirer les plus grands talents mondiaux, dont Billy Cobham, feu Joe Zawinul, Charles Lloyd et Stanley Clarke, qui partageaient l\u2019affiche avec les plus grands talents de l\u2019Azerba\u00efdjan et du monde post-sovi\u00e9tique. De telles rencontres ont eu un impact sur le jazz azerba\u00efdjanais\u00a0: les \u0153uvres d\u2019Isfar Sarasbki Isfar et d\u2019Elchin Shirinov, pour ne citer qu\u2019eux, sont truff\u00e9es de r\u00e9p\u00e9titions de th\u00e8mes \u00ab\u00a0funky\u00a0\u00bb, tandis que le travail de Salman Gambarov s\u2019inscrit en revanche clairement dans la cat\u00e9gorie de la fusion jazz-rock. Le saxophoniste t\u00e9nor Rain Sultanov suit quant \u00e0 lui une voie bien distincte, avec une fusion de l\u2019\u0153uvre d\u2019un Michael Brecker avec le mugham, la musique classique et l\u2019instrumentation et les harmonies de la \u00ab\u00a0world music\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avec un club de jazz en plein centre de Bakou et pl\u00e9thore de musiciens de haute vol\u00e9e, le jazz azerba\u00efdjanais est plus dynamique et bien-portant que jamais.<\/p>\n<p><strong>par\u00a0Neil Watson<\/strong>, r\u00e9dacteur en chef de <a href=\"http:\/\/teas.eu\/fr\/teas-magazine\">TEAS MAGAZINE<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du jazz azerba\u00efdjanais, longue de 90 ans d\u00e9j\u00e0, remonte quasiment aux premiers enregistrements du jazz. 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