{"id":5674,"date":"2016-07-10T18:17:56","date_gmt":"2016-07-10T17:17:56","guid":{"rendered":"http:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/?p=5674"},"modified":"2016-07-11T10:40:08","modified_gmt":"2016-07-11T09:40:08","slug":"le-discours-des-cordes-festival-international-de-jazz-de-montreal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/le-discours-des-cordes-festival-international-de-jazz-de-montreal\/","title":{"rendered":"Le Discours des Cordes &#8211; Festival International de Jazz de Montr\u00e9al"},"content":{"rendered":"<h3>Un choix judicieux pour cette 7\u00e8me nuit de la s\u00e9rie \u201cLe Festival \u00e0 la Maison symphonique\u201d. La combinaison du virtuose du Ukul\u00e9l\u00e9 hawa\u00efen, Jake Shimabukuro et le ma\u00eetre australien de la guitare, Tommy Emmanuel s\u2019est\u00a0 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00eatre le meilleur pari, pour remplir le lieu, lors de la chaude nuit du 5 Juillet. Double programme donc, avec 90 minutes de sc\u00e8ne pour chacun d\u2019eux. Tommy Emmanuel pr\u00e9sente son dernier album. Il n\u2019est jamais trop tard.<\/h3>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/0gaWuadgL3g?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<h4>Long couloir. Peu de lumi\u00e8re. Moquette grise.<\/h4>\n<h4>Fin de la route. Une immense salle appara\u00eet. Couverte de bois doux, l\u00e9ger. Une mer de si\u00e8ges. Une grande sc\u00e8ne. Un plafond magnifiquement \u00e9lev\u00e9, des taches de lumi\u00e8re blanche \u00e9claboussant toute la salle.<\/h4>\n<h4>Et un grand orgue renvers\u00e9, teint en bleu, comme de longs rayons de lumi\u00e8re azur\u00e9e qui illumine l&rsquo;arri\u00e8re de la sc\u00e8ne.<\/h4>\n<h4>Murmures, chuchotements, cris occasionnels.<\/h4>\n<h4>Et lentement les lumi\u00e8res deviennent plus douces. La demi-obscurit\u00e9 prend le relai. Quelqu&rsquo;un commence \u00e0 applaudir avant m\u00eame que la porte sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de la sc\u00e8ne ne s\u2019ouvre.<\/h4>\n<h4>Attente&#8230; Ovation.<\/h4>\n<h4>Battements de mains fr\u00e9n\u00e9tiques. Et il sort.<\/h4>\n<h4>Un sourire \u00e9clatant et une main lev\u00e9e. De l&rsquo;autre, il tient ses beaux ukul\u00e9l\u00e9s bruns. Un bassiste comme seul compagnon. Ils se regardent l\u2019un l\u2019autre. Sourires. Complicit\u00e9.<\/h4>\n<h4>Sauts, flexion des genoux, pas en arri\u00e8re, pas en avant, jeu de c\u00f4t\u00e9, puis de face. symbiose parfaite entre les sons qu&rsquo;il produit et la fa\u00e7on dont il se d\u00e9place.<\/h4>\n<h4>Oeil, sourire et c\u0153ur brillants.<\/h4>\n<h4>Il y a de l\u2019\u00e9nergie d\u00e9bordant de la sc\u00e8ne vers tous les angles de la <em>Maison Symphonique<\/em>.<\/h4>\n<p>Elle vient tout droit du c\u0153ur de <strong>Jake Shimabukuro<\/strong>, traverse le ukul\u00e9l\u00e9 et ses mains v\u00e9loces, passe sous les si\u00e8ges, se glisse entre les fentes des portes, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des tubes de l&rsquo;orgue, dans les plis de l&rsquo;\u00e9charpe rouge dont s\u2019est v\u00eatue cette femme.<\/p>\n<p>Il est chaleureux, proche et honn\u00eate \u2013 nullement effray\u00e9 de s\u2019abandonner \u00e0 un public qui semble retenir son souffle \u00e0 chaque fois qu&rsquo;il entame un solo.<\/p>\n<p>Aucune pr\u00e9tention, pas d&rsquo;attentes &#8211; juste la musique et les sentiments qu&rsquo;il porte en lui-m\u00eame transform\u00e9s en notes et en boucles, en images visuelles construites \u00e0 partir de son \u00e2me et de son \u00e9nergie.<\/p>\n<p>Et cette \u00e9nergie est \u00e0 double face, car nourrie de l&rsquo;admiration et de l&rsquo;\u00e9motion de l&rsquo;auditoire. Yeux grands ouverts, esprit grand ouvert, coeurs d\u00e9bordants et imp\u00e9tueux, stand-up spontan\u00e9s quand s\u2019ach\u00e8ve un morceau.<\/p>\n<p>Il agit de mani\u00e8re inattendue, concluant d&rsquo;un \u00ab\u00a0yyyyeeeeaaaaaaahhhh\u00a0\u00bb sinc\u00e8re, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une rock-star, en agitant le poing avec son bassiste, son seul compagnon sur sc\u00e8ne, provoquant des sourires dans l&rsquo;assistance.<\/p>\n<p>Son jeu est touchant et impressionnant, comme la vitesse de ses encha\u00eenements d&rsquo;accords ou ses solos qui montrent la concentration et la tr\u00e8s longue pratique. IL ferme les yeux et capte les influences du jazz, de la soul, du blues, de la funk, du classique ou du flamenco &#8230; des r\u00e9miniscences de m\u00e9lodies arabes aussi, peut-\u00eatre ? Dans un rif, il semble traverser toute l&rsquo;histoire des genres musicaux, puis il tisse une m\u00e9lodie extr\u00eamement riche.<\/p>\n<p>Puis viennent les versions de <em>Bohemian Rhapsody<\/em> de Queen, des Beatles \u00ab<em>While my guitar gently weeps<\/em>\u00a0\u00bb. Cette passion, ces nouveaux et tout \u00e0 fait diff\u00e9rents univers sonores \u00e9mergent &#8211; mais encore il conserve la m\u00eame joie de faire de la musique, les m\u00eames solos extr\u00eamement rapides &#8211; en parfaite communion avec les m\u00e9lodies jou\u00e9es par la basse.<\/p>\n<p><strong>Il termine, serre des mains, il sourit. Remerciements.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Vous savez\u2026\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Applaudissements<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abVous savez, c\u2019est un grand plaisir pour moi d&rsquo;\u00eatre ici. Et de jouer avant Tommy. Il a toujours \u00e9t\u00e9 l&rsquo;une de mes plus grandes inspirations et je suis tr\u00e8s heureux \u00ab\u00a0.<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/IMG_76181-e1468170395506.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-5670\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/IMG_76181-e1468170395506.jpg\" alt=\"IMG_7618\" width=\"900\" height=\"600\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/IMG_76181-e1468170395506.jpg 900w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/IMG_76181-e1468170395506-300x200.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/07\/IMG_76181-e1468170395506-768x512.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/a><\/p>\n<p>\u00a9Nuria Ribas Costa<\/p>\n<h2>Et quand Tommy Emmanuel monte sur sc\u00e8ne, quelque chose d\u2019\u00e9trange se produit. Comme si Shimabukuro \u00e9tait toujours pr\u00e9sent, mais avait grandi et \u00e9volu\u00e9 pour devenir encore musicalement plus grand.<\/h2>\n<p>Encore une fois les solos des instruments \u00e0 cordes, encore une fois, la preuve de cette m\u00eame capacit\u00e9 \u00e0 remplir un tel grand auditorium avec si peu. Cependant, cette fois, il n&rsquo;y a qu&rsquo;un instrument. M\u00eame si il sonne comme deux personnes jouant ensemble.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9nergie et la puissance de la musique sont \u00e9normes encore. Mouvements rapides, beaucoup d&rsquo;expressions faciales, mains incroyablement dou\u00e9es qui jouent vite, tr\u00e8s vite, et crescendo.<\/p>\n<p>Emmanuel a trois guitares sur sc\u00e8ne. Il en change souvent. Il plaisante sur sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9conomiser de l&rsquo;argent, en jouant sans groupe. Au milieu d&rsquo;un solo, il jette le capodastre en l&rsquo;air et regarde le public avec une expression l\u00e9g\u00e8rement sarcastique.<\/p>\n<p>Tirant des \u00e9clats de rire des si\u00e8ges de la Maison symphonique. \u00a0Picking des cordes, chatouillant sa guitare, fermant les yeux. Il unit les influences et les d\u00e9rives du blues, du folk, de la country, du jazz manouche, &#8230; Un morceau peut devenir un <em>rollercoaster<\/em>, pouvant commencer l\u00e0-haut dans le ciel, et terminer en bas, sous le tapis \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du couloir gris.<\/p>\n<p>Mais il porte d\u2019\u00e9vidence, l&rsquo;essence d\u2019ann\u00e9es de pratique assidue. D\u2019ann\u00e9es \u00e0 essayer de capturer les diff\u00e9rentes exp\u00e9riences musicales, \u00e0 essayer de transformer certains jeux de guitare en un v\u00e9ritable outil de communication, capable de raconter l\u2019histoire de personnages imaginaires ou bien r\u00e9els.<\/p>\n<p>Mais surtout, cette musique parle de la beaut\u00e9 de transporter les coeurs et les \u00e9motions d&rsquo;un grand auditorium en le touchant vraiment.<\/p>\n<p>Jake Shimabukuro comme Tommy Emmanuel ont cette relation avec le public. Et il est \u00e0 peine supportable de laisser le son de ces cordes vous caresser les pores de la peau, car cette \u00e9vidence vous frappe avec force.<\/p>\n<p>C\u2019est la raison pour laquelle, lorsque Shimabukuro revient sur sc\u00e8ne et Emmanuel et lui jouent ensemble \u00ab\u00a0<em>Purple Haze\u00a0\u00bb<\/em> de Jimi Hendrix, quelque chose d\u2019\u00e9norme se produit. Ils jamment ensemble, encha\u00eenent solos et boucles, cueillent les derni\u00e8res phrases de l&rsquo;instrument de l&rsquo;autre pour lui donner un second souffle en le propulsant \u00e0 nouveau dans l&rsquo;air avec la puissance d\u2019une nouvelle vie.<\/p>\n<p>Et la raison pour laquelle le Festival de Montr\u00e9al a d\u00e9cid\u00e9 de cr\u00e9er cette double\u00a0 programmation avec Shimabukuro et Emmanuel devient \u00e9vidente\u00a0; puisque l\u2019on peut deviner comment ils furent influenc\u00e9s l\u2019un par l\u2019autre. Chacun conservant son caract\u00e8re et un son uniques.<\/p>\n<p>La voix d\u2019Emmanuel est tra\u00eenante, douce, diffuse, int\u00e9ressante. Difficile d\u2019en d\u00e9finir la couleur, car elle est faite d&rsquo;un m\u00e9lange de tonalit\u00e9s, tout comme son jeu \u00e0 la guitare. Tout comme la fa\u00e7on dont il s\u2019approprie l&rsquo;instrument, en ignorant le fait qu&rsquo;il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 pour que l\u2019on joue ses cordes et non pas comme une percussion. Il ne s\u00a0\u2018en soucie pas, choisit une brosse \u00e0 tambours et pendant qu&rsquo;il percute tous les coins de la caisse de sa guitare, il frappe \u00e9galement le micro. Et il cr\u00e9e ainsi un solo de percussions incroyable, debout dans des positions improbables, \u00e9treignant sa guitare \u00e9trangement.<\/p>\n<p>Et donc apr\u00e8s plus de trente ans \u00e0 c\u00f4toyer son instrument, il sait encore comment toucher les c\u0153urs et cr\u00e9er de la beaut\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re, il fait des efforts pour expliquer \u00e0 son auditoire pourquoi et comment il fait ce qu&rsquo;il fait.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9crit cette chanson pour ma fille de 18 ans, lors d\u2019une tourn\u00e9e en Pologne. Quand je la jouai \u00e0 un jeune guitariste polonais qui voyageait avec nous, il dit\u00a0: \u00ab\u00a0oh, une chanson en mode mineure et optimiste\u00a0\u00bb. Alors voil\u00e0, mesdames et messieurs, laissez-la remplir votre coeur d\u2019optimisme. &#8211; La chanson de Rachel, <em>\u00ab\u00a0It is never too late<\/em> \u00a0\u00bb<\/p>\n<h4>Et \u00e7a l&rsquo;a fait.<\/h4>\n<h4>Et non seulement \u00e7a l\u2019a fait\u00a0: il remplit les c\u0153urs. Mais aussi l&rsquo;ensemble du b\u00e2timent tremblait d&rsquo;optimisme.<\/h4>\n<p><iframe loading=\"lazy\" width=\"1080\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/sV1e-iSo5As?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un choix judicieux pour cette 7\u00e8me nuit de la s\u00e9rie \u201cLe Festival \u00e0 la Maison symphonique\u201d. 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