{"id":48145,"date":"2026-11-05T14:30:11","date_gmt":"2026-11-05T13:30:11","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=48145"},"modified":"2026-11-05T14:30:11","modified_gmt":"2026-11-05T13:30:11","slug":"jacques-kuba-seguin-la-trilogie-des-odeurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/jacques-kuba-seguin-la-trilogie-des-odeurs\/","title":{"rendered":"Jacques Kuba Seguin &#8211; La Trilogie des Odeurs"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Il est des projets qui ne se contentent pas d&rsquo;aligner des albums, mais dessinent un v\u00e9ritable parcours artistique. Avec\u00a0<em>La Trilogie des odeurs<\/em>, le trompettiste et compositeur canadien Jacques Kuba S\u00e9guin s&rsquo;est lanc\u00e9 dans une aventure musicale os\u00e9e et ambitieuse, construite autour d&rsquo;un sens rarement \u00e9voqu\u00e9 dans cet art : l&rsquo;odorat. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Un sens intimement li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ou\u00efe, selon lui, par cette capacit\u00e9 commune \u00e0 r\u00e9veiller des souvenirs enfouis, \u00e0 faire surgir des \u00e9motions et \u00e0 nous ramener, parfois instantan\u00e9ment, vers des moments de notre existence.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Apr\u00e8s un premier volet (<em><strong>Parfum no. 1<\/strong><\/em><strong>, 2023<\/strong>), dont nous avions chant\u00e9 la qualit\u00e9 <a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/jacques-kuba-seguin-parfum-n1\/\">ici-m\u00eame <\/a><\/span><span style=\"font-size: 14pt;\">tout en d\u00e9licatesse, port\u00e9 par son quartet habituel et une atmosph\u00e8re intimiste, le compositeur poursuit son exploration avec deux opus qui vont progressivement \u00e9largir le champ sonore de cette entreprise.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Avec\u00a0<em><strong>Parfum no. 2<\/strong><\/em><strong>\u00a0<\/strong><strong>(2024<\/strong>), <strong>Jacques Kuba S\u00e9guin<\/strong> nous entra\u00eene au c\u0153ur des odeurs, l\u00e0 o\u00f9 se d\u00e9posent les \u00e9v\u00e9nements qui marquent une vie et laissent leur empreinte, leur effluve. Apr\u00e8s avoir explor\u00e9 les mati\u00e8res naturelles et les premiers souvenirs li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;enfance dans le premier chapitre, il s&rsquo;int\u00e9resse ici \u00e0 des sensations plus vives, plus frontales, plus puissantes. Le propos musical se fait \u00e9galement plus affirm\u00e9, avec davantage de groove.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour donner corps \u00e0 cette nouvelle \u00e9tape, le trompettiste conserve la complicit\u00e9 de son quartette, avec le pianiste <strong>Jean-Michel Pilc<\/strong> (<a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/jean-michel-pilc-pianiste-le-questionnaire-de-proust\/\">voir dans\u00a0 nos colonnes<\/a>, le <em>Questionnaire, Proust-Jazz <\/em>auquel Monsieur Pilc a bien voulu se soumettre), <strong>R\u00e9mi-Jean Leblanc<\/strong> \u00e0 la contrebasse et <strong>Kevin Warren<\/strong> \u00e0 la batterie, et lui adjoint <strong>l&rsquo;Orchestre national de jazz de Montr\u00e9al<\/strong>. <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Un changement d&rsquo;\u00e9chelle qui enrichit consid\u00e9rablement les possibilit\u00e9s d&rsquo;\u00e9criture et de couleurs orchestrales. Les pupitres de saxophones, trombones, trompettes et bois viennent \u00e9largir la palette du compositeur sans faire dispara\u00eetre \u00ab\u00a0<em>le c\u0153ur jazz\u00a0\u00bb<\/em> du projet. Le dialogue entre la formation resserr\u00e9e et l&rsquo;orchestre devient ainsi l&rsquo;un des moteurs de cette deuxi\u00e8me \u00e9tape.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Puis, sort\u00a0cette ann\u00e9e 2026, \u00a0<em><strong>Parfum no. 3<\/strong><\/em><strong>\u00a0<\/strong>, le dernier chapitre, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 sa sortie au <em>Di\u00e8se Onze<\/em> pendant le <em>Festival international de jazz de Montr\u00e9al<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Cette fois, <strong>Jacques Kuba S\u00e9guin<\/strong> franchit un nouveau cap en s&rsquo;associant \u00e0 <strong>l&rsquo;Orchestre symphonique de Trois-Rivi\u00e8res<\/strong>, plac\u00e9 sous la direction du tromboniste et chef d&rsquo;orchestre <strong>Alain Trudel<\/strong>. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s, le quartette r\u00e9unit le fid\u00e8le <strong>Jean-Michel Pilc<\/strong> au piano, <strong>Rich Irwin<\/strong> \u00e0 la batterie et <strong>Morgan Moore<\/strong> \u00e0 la contrebasse.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Dans la pyramide olfactive, ce troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment correspond aux notes de fond, parfois appel\u00e9es notes de terre : celles qui persistent, s&rsquo;impr\u00e8gnent dans les choses et finissent par coller \u00e0 la peau. Une belle m\u00e9taphore pour \u00e9voquer le temps qui passe, les souvenirs accumul\u00e9s, le poids de l&rsquo;exp\u00e9rience et cette sagesse que l&rsquo;on associe volontiers au troisi\u00e8me \u00e2ge.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le compositeur a donc choisi de faire appel \u00e0 un orchestre symphonique pour donner \u00e0 ces r\u00e9miniscences toute leur ampleur. Les mouvements se r\u00e9pondent, les th\u00e8mes se prolongent, certains motifs des deux premiers volets r\u00e9apparaissent et prennent une nouvelle dimension dans l&rsquo;\u00e9crin orchestral.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">L&rsquo;ambition est consid\u00e9rable. On pense parfois aux grandes architectures orchestrales de Gil Evans, notamment \u00e0\u00a0<em>La Nevada<\/em>, mais aussi \u00e0 Duke Ellington et \u00e0 ses suites, de\u00a0<em>Togo Brava Suite<\/em>\u00a0\u00e0\u00a0<em>My People<\/em>, voire \u00e0\u00a0<em>Far East Suite<\/em>. Il ne s&rsquo;agit \u00e9videmment pas de chercher ici une filiation directe, mais de retrouver cette mani\u00e8re de faire dialoguer l&rsquo;\u00e9criture orchestrale et la libert\u00e9 du jazz, de faire respirer les pupitres sans enfermer les solistes dans un r\u00f4le de figurants.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jacques Kuba S\u00e9guin<\/strong> ma\u00eetrise parfaitement les codes de la composition et l\u2019art de la musique de film. Les surprises se succ\u00e8dent ainsi au fil de l&rsquo;album.\u00a0<em>Il n&rsquo;y a pas de hasard<\/em>\u00a0s&rsquo;ouvre sur une introduction qui installe un v\u00e9ritable climat de Polar. Dans\u00a0<em>Le Ma\u00eetre des lieux<\/em>, les cordes apportent aux chorus un soutien massif, presque hypnotique. L&rsquo;orchestre ne se contente jamais d&rsquo;habiller le quartet : il devient un partenaire \u00e0 part enti\u00e8re, une voix suppl\u00e9mentaire dans cette vaste conversation musicale.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La pr\u00e9sence d\u2019<strong>Elizabeth Shepherd<\/strong>, d\u00e9j\u00e0 associ\u00e9e au premier volet, constitue un autre fil conducteur de la trilogie. On la retrouve dans\u00a0<em>How We Start Again<\/em>, o\u00f9 sa voix, tour \u00e0 tour \u00e9mouvante et f\u00e9line, est surlign\u00e9e par la pr\u00e9sence de l&rsquo;orchestre symphonique, et tout particuli\u00e8rement par la section des cordes. Une intervention qui s&rsquo;inscrit naturellement dans cette musique de la m\u00e9moire et des r\u00e9miniscences.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Et puisqu&rsquo;il est question de fragrances, attardons-nous sur\u00a0<em>Le cort\u00e8ge des fragrances<\/em>. Le morceau nous transporte soudain dans un jazz West Coast a\u00e9rien et sensible, empreint d\u2019une certaine volupt\u00e9. <strong>Jean-Michel Pilc<\/strong> y d\u00e9ploie sa typique inventivit\u00e9, tandis que certaines couleurs orchestrales \u00e9voquent les brumes de\u00a0<em>Sketches of Spain<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Jacques Kuba S\u00e9guin<\/strong>, lui, semble alors davantage regarder du c\u00f4t\u00e9 de Clifford Brown que de Miles Davis. Une belle fa\u00e7on de rappeler que, derri\u00e8re l&rsquo;ampleur du dispositif, le jazz demeure le v\u00e9ritable c\u0153ur battant de l&rsquo;entreprise, la fameuse pulse.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Avec ce troisi\u00e8me opus, <strong>Jacques Kuba S\u00e9guin<\/strong> cl\u00f4t un cycle de cr\u00e9ation qui aura demand\u00e9 des ann\u00e9es de travail, de conviction et une d\u00e9termination sans faille. De la naissance du <em>parfum<\/em>, les notes de t\u00eate, \u00e0 sa maturation les notes de corps, jusqu&rsquo;\u00e0 ces notes de fond qui persistent longtemps apr\u00e8s leur diffusion, le compositeur aura construit une m\u00e9taphore sensible du temps humain. Une multitude de voix, de timbres et de fragments de vie se rejoignent ici pour donner \u00e0 cette histoire sa conclusion.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em><strong>Parfum no. 3<\/strong><\/em>\u00a0est une \u0153uvre g\u00e9n\u00e9reuse, foisonnante, peupl\u00e9e de th\u00e8mes remarquables et de tr\u00e9sors orchestraux. Le compositeur parle lui-m\u00eame d&rsquo;une \u00ab exp\u00e9rience sensorielle \u00bb. La formule est juste : cette trilogie ne s&rsquo;\u00e9coute pas seulement, elle se respire, elle se hume. Et lorsque les derni\u00e8res notes s&rsquo;\u00e9vanouissent, il reste un doux parfum dans l&rsquo;air.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est des projets qui ne se contentent pas d&rsquo;aligner des albums, mais dessinent un v\u00e9ritable parcours artistique. 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