{"id":47684,"date":"2026-10-06T17:30:36","date_gmt":"2026-10-06T16:30:36","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=47684"},"modified":"2026-10-06T17:37:04","modified_gmt":"2026-10-06T16:37:04","slug":"le-50emes-hurlants-trio-live-session","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/le-50emes-hurlants-trio-live-session\/","title":{"rendered":"Le 50\u00e8mes Hurlants Trio \u2013 Live Session"},"content":{"rendered":"<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Le 50\u00e8mes hurlants Trio, emmen\u00e9 par la voix du po\u00e8te Tom Buron et r\u00e9unissant<\/b> <b>le trompettiste Fred Aubin (La Maison Tellier) et le batteur Gr\u00e9goire Mainot<\/b> <b>(MNNQNS), fait para\u00eetre une <i>Live session<\/i> qui m\u00eale jazz et po\u00e9sie. <\/b><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Fred Aubin\u00a0:<\/b> Nous nous sommes d\u2019abord embarqu\u00e9s dans une tourn\u00e9e d\u2019une douzaine de lectures-concerts des <i>Cinquanti\u00e8mes hurlants<\/i> en duo \u00e0 l\u2019occasion de la parution du livre de Tom chez Gallimard l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re : Maison de la po\u00e9sie de Paris, de Nantes, Pavillon Carr\u00e9 de Baudoin, La Maison du Livre \u00e0 Bruxelles, etc. Durant la tourn\u00e9e, on a tous les deux \u00e9mis le souhait d\u2019augmenter notre formule pour acqu\u00e9rir davantage de possibilit\u00e9s expressives. Il y avait d\u00e9j\u00e0 un peu de percussions op\u00e9r\u00e9es par <b>Tom<\/b>, mais l\u2019on voulait aller au-del\u00e0. J\u2019ai imm\u00e9diatement pens\u00e9 \u00e0 <b>Gr\u00e9goire<\/b>, batteur tr\u00e8s inventif et tr\u00e8s ouvert artistiquement. On avait tous deux us\u00e9 nos fonds de culottes sur les m\u00eames bancs du conservatoire, sans \u00eatre de la m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration. On s\u2019y est rencontr\u00e9, en classe de jazz, puis retrouv\u00e9s des ann\u00e9es plus tard au sein de La Maison Tellier, puisqu\u2019il s\u2019est trouv\u00e9 \u00e0 remplacer sur une quinzaine de dates notre batteur titulaire. Son r\u00f4le dans le groupe de rock MNNQNS combin\u00e9 \u00e0 sa versatilit\u00e9 le d\u00e9signait naturellement comme l\u2019homme de la situation. Il a accept\u00e9 de rejoindre l\u2019aventure et on s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 r\u00e9adapter le puissant et monumental texte de Tom du duo au trio pour ensuite travailler d\u2019autres formes, d\u2019autres textes, d\u2019autres sonorit\u00e9s qui restent d\u2019ailleurs encore \u00e0 d\u00e9couvrir !<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Tom Buron :<\/b> Lorsque <b>Gr\u00e9goire<\/b> est arriv\u00e9 l\u2019hiver dernier, on s\u2019est engag\u00e9 directement pour une date deux mois apr\u00e8s avec un lieu que j\u2019affectionne particuli\u00e8rement et qui s\u2019appelle La Baraque, \u00e0 Rouen. C\u2019est comme \u00e7a qu\u2019on a commenc\u00e9. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait d\u2019aller vite pour profiter de l\u2019engouement qu\u2019il y avait encore pour le livre qui venait juste de recevoir le Prix Apollinaire D\u00e9couverte. En quatre ou cinq semaines de travail en studio, on avait l\u2019adaptation \u00e0 trois de ce que l\u2019on jouait auparavant \u00e0 deux, avec bon nombre de changements, de nouveaut\u00e9s dans la structure, pour que la batterie ne soit \u00e9videmment pas qu\u2019une force d\u2019accompagnement. En d\u00e9cembre, le <b>50\u00e8mes hurlants Trio<\/b> \u00e9tait n\u00e9 et en f\u00e9vrier on faisait notre premier concert : un set d\u2019une heure environ avec l\u2019adaptation de mon po\u00e8me <i>Les <\/i><b>Cinquanti\u00e8mes hurlants<\/b> en trois parties. Certains dansaient dans le public, ce qui \u00e9tait nouveau pour nous. On a eu beaucoup de chances puisque l\u2019on a r\u00e9ussi \u00e0 obtenir de belles dates dans la foul\u00e9e. On a pu jouer au Festival Terres de paroles et au Festival Jazz &amp; po\u00e9sie puis re\u00e7u une invitation \u00e0 pr\u00e9senter le projet dans les matins de TSF Jazz alors que l\u2019on n\u2019avait pas tout \u00e0 fait cinq mois d\u2019existence\u2026 En juillet, on \u00e9tait programm\u00e9s en soir\u00e9e lors du festival Les terrasses du jeudi, \u00e0 Rouen, qui est un festival plut\u00f4t tourn\u00e9 vers le grand public. Il faut imaginer une f\u00eate de la musique, en plein air, sur une des plus belles places de la ville. De la po\u00e9sie et du jazz \u00e0 ce moment-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait audacieux de la part des programmateurs. Il n\u2019\u00e9tait pas dit du tout que le public adh\u00e8re \u00e0 ce genre de forme hybride\u2026 Ce fut finalement un vrai succ\u00e8s.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><b>Eric Dolphy, Zorn, Mingus &amp; Coltrane<\/b><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Tom Buron :<\/b> \u00c0 l\u2019origine, il s\u2019agit de partir du jazz, de le traiter au contact des autres genres que nous<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\">affectionnons tout en le m\u00ealant \u00e0 une po\u00e9sie r\u00e9cit\u00e9e et incarn\u00e9e, scand\u00e9e. En ce qui me concerne, pour ma partie du travail au sein du groupe, c\u2019est \u00e0 dire la voix, les influences directes viennent naturellement plut\u00f4t du rock ou du blues et il s\u2019agit de les faire s\u2019animer dans une forme de jazz que nous aimons. J\u2019\u00e9coute beaucoup les Lounge Lizards ou Eric Dolphy, Zorn, Don Cherry, Mingus, Ornette Coleman, Coltrane et Pharoah Sanders,<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Monk mais aussi pas mal de musiciens actuels tels que James Brandon Lewis, Shabaka Hutchings et ses divers projets, Ambrose Akinmusire ou Isaiah Collier pour ne citer qu\u2019eux. J\u2019aime beaucoup le travail de l\u2019ami Antoine Berjeaut avec qui j\u2019ai un projet, quelque chose plut\u00f4t jazz et \u00e9lectronique. Il faut \u00e9couter son album <i>Moving cities<\/i> produit par Makaya McCraven. Il y a quelques jours, \u00e0 Rouen, j\u2019ai pu aller \u00e9couter Aymeric Avice avec Luke Stewart et Chad Taylor, batteur que j\u2019ai vu \u00e0 quelques reprises avec James Brandon Lewis. C\u2019est une proposition tr\u00e8s moderne avec beaucoup d\u2019id\u00e9es. R\u00e9cemment, j\u2019ai aussi beaucoup aim\u00e9 le projet hommage \u00e0 Charlie Haden, <i>Liberation song<\/i>, de St\u00e9phane Kerecki, le <i>Live at the Village Vanguard<\/i> d\u2019Immanuel Wilkins ou <i>Deface the currency<\/i> de JB Lewis encore avec les Messthetics. J\u2019ai h\u00e2te d\u2019entendre le nouveau Marc Ribot qui arrive tr\u00e8s bient\u00f4t\u2026 Pour revenir au Trio, je crois en fait qu\u2019on fait une sorte de musique qui vient du jazz avec de la prose po\u00e9tique pour les gens qui aiment les trucs bizarres.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p2\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Gr\u00e9goire Mainot :<\/b> \u00c0 la base, j\u2019ai une culture tr\u00e8s spontan\u00e9ment tourn\u00e9e vers le rock. C\u2019est mon terrain <\/span><span style=\"font-size: 14pt;\">naturel, j\u2019y vais sans m\u00eame y r\u00e9fl\u00e9chir. Mais je me rends compte que ma porte d\u2019entr\u00e9e vers le jazz s&rsquo;est construite exactement de la m\u00eame mani\u00e8re : par filiation et curiosit\u00e9. Ado, j\u2019\u00e9coutais en boucle The Strokes, ce qui m&rsquo;a logiquement men\u00e9 \u00e0 Television, puis \u00e0 toute la sc\u00e8ne new-yorkaise du CBGB. Pour le jazz, le cheminement a \u00e9t\u00e9 identique. Un ami du conservatoire m&rsquo;a fait d\u00e9couvrir Joshua Redman, et le jeu de Brian Blade a \u00e9t\u00e9 un choc. C\u2019est lui qui m&rsquo;a ensuite ouvert les portes de Max Roach. Aujourd\u2019hui, je suis convaincu que ces deux batteurs ont profond\u00e9ment nourri mon approche du jazz. Au-del\u00e0 des figures tut\u00e9laires, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9 par l\u2019improvisation, surtout pour L\u2019id\u00e9e de b\u00e2tir un discours musical en direct \u00e0 travers un cadre pr\u00e9cis. Trouver la libert\u00e9 dans la contrainte. C\u2019est un principe central dans le jazz, mais c\u2019est \u00e9trangement une m\u00e9canique que je retrouve aussi chez des compositeurs de musique r\u00e9p\u00e9titive comme Steve Reich ou John Cage : s\u2019imposer des r\u00e8gles strictes pour mieux explorer l\u2019espace. \u00c0 la batterie, les possibilit\u00e9s sont infinies, on peut litt\u00e9ralement tout faire et tout imaginer. Se poser soi-m\u00eame un contexte, un cadre de jeu pour mieux improviser, c\u2019est une d\u00e9marche qui me stimule \u00e9norm\u00e9ment. Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu&rsquo;on exp\u00e9rimente en ce moment avec Tom et Fred dans le 50\u00e8mes hurlants Trio.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Fred Aubin :<\/b> De mon c\u00f4t\u00e9, Miles Davis, bien s\u00fbr, qui outre son talent donne l\u2019avantage de parcourir un horizon tr\u00e8s large du jazz, du bop jusqu\u2019\u00e0 l\u2019exp\u00e9rimental. Tr\u00e8s vite, par extension, j\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment absorb\u00e9 du Chet Baker qui est fascinant pour son expressivit\u00e9, son timing et son refus des concessions artistiques, dans son genre, bien s\u00fbr. Ensuite, c\u2019est naturellement Tom Harrell qui me vient \u00e0 l\u2019esprit. Ses th\u00e8mes sont tellement \u00e9conomes en moyens qu\u2019ils frisent parfois la na\u00efvet\u00e9, mais ses chorus sont tellement inspir\u00e9s que j\u2019en consid\u00e8re plusieurs comme des mod\u00e8les de travail pour le jazz moderne. Et c\u2019est chez lui que j\u2019ai pu go\u00fbter le duo trompette\/batterie sans basse ni piano, dans son album <i>Number Five<\/i>. Enfin, puisqu\u2019il faut bien conclure, le grand ma\u00eetre : Wynton Marsalis. Sans se contenter d\u2019\u00eatre probablement le meilleur trompettiste au monde, tous styles et \u00e9poques confondus, il s\u2019est fait le r\u00e9ceptacle, le gardien et le passeur de toute cette culture noire am\u00e9ricaine depuis un bon si\u00e8cle. Il est le seul \u00e0 pouvoir nous faire entendre dans son jeu Armstrong et Coltrane r\u00e9unis, tout en servant sa propre sensibilit\u00e9 artistique. C\u2019est le patron, tout simplement\u2026 Pour revenir sur cette association trompette\/batterie qui est la n\u00f4tre, et ce que \u00e7a d\u00e9ploie : c\u2019est vrai qu\u2019il n\u2019y a ni basse ni instrument harmonique dans notre trio mais \u00e7a n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 un probl\u00e8me. Bien au contraire ! C\u2019est notre singularit\u00e9. Cette absence lib\u00e8re un potentiel expressif extraordinaire que je ne soup\u00e7onnais m\u00eame pas moi-m\u00eame. L\u2019<i>interplay <\/i>se fait directement, sans contrainte, tr\u00e8s concr\u00e8tement. C\u2019est un proc\u00e9d\u00e9 qui peut s\u2019apparenter \u00e0 la musique contemporaine : chercher l\u2019effet et l\u2019expression avant tout, peu importe avec quel moyen. Je m\u2019impose, \u00e0 moi, certaines contraintes modales qui servent de bases pour les th\u00e8mes et leur d\u00e9veloppement. Mais c\u2019est une fa\u00e7on de jouer assez diff\u00e9rente qu\u2019en formations jazz traditionnelles en quartet ou en quintet qui sont tr\u00e8s structur\u00e9es, ou chacun joue son r\u00f4le. Ici, les deux instruments dialoguent directement entre eux et avec la voix sur un m\u00eame plan.<\/span><\/p>\n<p>Pour voir la vid\u00e9o Live, cliquer sur l&rsquo;image :<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/youtu.be\/r2rUJQXTBaY?si=D-s2uTZX86MLQyp7\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/Capture-decran-2026-10-06-a-18.32.04.png\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"364\" \/><\/a><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><b style=\"color: #993300; font-size: 18pt;\">Cinquanti\u00e8mes Hurlants<\/b><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Fred Aubin\u00a0:<\/b> Pour la construction du morceau <i>Cinquanti\u00e8mes Hurlants<\/i>, on a essay\u00e9 de structurer le long et complexe texte de <b>Tom <\/b>pour le faire comprendre, sentir, par l\u2019auditeur. On ne voulait pas un simple papier-peint musical, mais de la musique \u00e9tant partie prenante du texte. Je dois d\u2019ailleurs dire que c\u2019est par la musique de la r\u00e9citation orale de Tom que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 trouver des th\u00e8mes, des structures et des atmosph\u00e8res, beaucoup plus facilement que par l\u2019\u00e9crit. Nous n\u2019avons pas cherch\u00e9 \u00e0 nous ins\u00e9rer dans un style particulier, nous avons simplement laiss\u00e9 libre cours \u00e0 nos sens pour construire l\u2019\u00e9difice. C\u2019est pour \u00e7a qu\u2019on se retrouve \u00e0 naviguer entre le chant de marin, le blues, des passages inspir\u00e9s d\u2019<i>Ascenseur pour l\u2019\u00e9chafaud<\/i>, de <i>Sketches of Spain<\/i> (encore du Miles !), du jazz coltranien ou de la musique atonale contemporaine. Il y a de tout cela. Jouant moi-m\u00eame des styles tr\u00e8s diff\u00e9rents, du jazz au classique en passant par le rock ou la folk, je ne dois plus trop consid\u00e9rer les fronti\u00e8res entre chaque style. \u00c7a vient comme \u00e7a parce que \u00e7a me semble pertinent \u00e0 ce moment pr\u00e9cis.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Tom Buron :<\/b> Il y avait d\u2019abord l\u2019id\u00e9e de la mer. C\u2019est un po\u00e8me narratif qui raconte la travers\u00e9e chaotique d\u2019un marin perdu, \u00e0 la recherche d\u2019une \u00eele. Il fallait un th\u00e8me qui rende cette id\u00e9e. J\u2019avais en t\u00eate quelque chose \u00e0 la fa\u00e7on des Pogues puis <b>Fred<\/b> est arriv\u00e9 tr\u00e8s vite avec ce th\u00e8me de marin que l\u2019on entend au d\u00e9but et qui revient \u00e0 plusieurs endroits. Au-del\u00e0 de \u00e7a, on trouve une base plut\u00f4t jazz et blues, mais, comme dit Fred, s\u2019y m\u00ealent du classique, des influences de la bossa nova ou du pasodoble \u00e0 certains moments\u2026 Pour <i>Cinquanti\u00e8mes hurlants &#8211; partie III<\/i>, j\u2019avais dit \u00e0 <b>Fred<\/b> que je pensais \u00e0 <i>Sketches of Spain<\/i> et \u00e0 des bouts de pasodoble, que je voyais quelque chose comme \u00e7a, grossi\u00e8rement, pour cette partie. Il y avait une dimension tragique et en m\u00eame temps belliqueuse, je voyais le taureau de combat quelque part\u2026<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Gr\u00e9goire Mainot\u00a0: <\/b>Si je devais pr\u00e9ciser les choses, ce serait surtout sur la dynamique \u00e0 trois et sur ce qu\u2019on m\u2019a demand\u00e9 d\u2019insuffler \u00e0 la batterie. D\u00e8s nos premiers \u00e9changes avec <b>Fred <\/b>et<b> Tom<\/b>, l\u2019enjeu \u00e9tait clair : apporter une batterie qui porte un v\u00e9ritable discours musical. On a vite \u00e9voqu\u00e9 la bande originale de <i>Birdman,<\/i> enti\u00e8rement compos\u00e9e et jou\u00e9e par Antonio S\u00e1nchez. C\u2019est un batteur exceptionnel, et quand j&rsquo;ai d\u00e9couvert le film, l\u2019id\u00e9e m\u2019a frapp\u00e9. Faire reposer toute une BO sur une batterie acoustique solo, sans harmonie traditionnelle ni trame m\u00e9lodique \u00e9vidente, \u00e7a semblait casse-gueule sur le papier. Mais en r\u00e9alit\u00e9, \u00e7a fonctionne de mani\u00e8re saisissante : la batterie devient le narrateur principal, exactement comme le ferait un piano solo. \u00c7a m\u2019a aussi rappel\u00e9 une part de skate que j\u2019avais vue \u00e0 l\u2019\u00e9poque, o\u00f9 les images \u00e9taient port\u00e9es uniquement par une batterie acoustique en improvisation totale, tr\u00e8s jazz contemporain. \u00c7a apportait un souffle d\u2019une modernit\u00e9 folle \u00e0 l\u2019image. Pour le Trio, c&rsquo;est cette approche illustrative qui m\u2019a guid\u00e9, \u00e0 la diff\u00e9rence pr\u00e8s qu\u2019ici, on n&rsquo;habille pas des images, mais un texte. Penser la batterie sous cet angle, avec un c\u00f4t\u00e9 tr\u00e8s brut, organique, presque vuln\u00e9rable, a \u00e9t\u00e9 le vrai moteur pour construire mon jeu et l&rsquo;int\u00e9grer au son du trio.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 18pt; color: #993300;\"><b>Musique &amp; po\u00e9sie<\/b><\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Tom Buron\u00a0: <\/b>Comment \u00e7a marche ? On s\u2019\u00e9coute\u2026 Mon travail des mots est naturellement tr\u00e8s marqu\u00e9 par la musique. On pense tout \u00e0 trois et chacun a aussi son moment. En ce qui me concerne, j\u2019ai eu \u00e0 r\u00e9citer mes textes pendant des ann\u00e9es dans tellement de festivals et de salles avec des musiciens que je ne connaissais pas, des saxophonistes, des pianistes, des violoncellistes, des guitaristes, de tout\u2026 A l\u2019improviste. Ce n\u2019\u00e9tait pas toujours facile. Certains avaient l\u2019habitude de jouer avec des po\u00e8tes, des acteurs, des r\u00e9citants, mais d\u2019autres pas du tout. \u00c7a m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment appris. Pour les <i>Cinquanti\u00e8mes hurlants<\/i>, au-del\u00e0 de parties sp\u00e9cialement pens\u00e9es pour le solo et pour un temps d\u2019improvisation, tout \u00e9tait calcul\u00e9 au millim\u00e8tre pr\u00e8s et \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9ter, nous avons accumul\u00e9 des gestes communs et des r\u00e9flexes. Il y avait de longues parties de prose scand\u00e9e. Actuellement, on travaille sur des morceaux plus courts et certains ont une structure plus classique de type couplet\/refrain, mais c\u2019est vrai que pour les <i>Cinquanti\u00e8mes<\/i>, c\u2019\u00e9tait un chantier ph\u00e9nom\u00e9nal\u2026<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Fred Aubin :<\/b> C\u2019est \u00e7a. La structure est d\u00e9termin\u00e9e aussi par certains mots ou vers forts qui nous servent de marqueurs, soit pour d\u00e9limiter deux parties, soit pour nous donner un \u00ab rendez-vous \u00bb, \u00e0 deux ou \u00e0 trois d\u2019ailleurs. Ils peuvent \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, associ\u00e9s \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment musical. Le retour de certains th\u00e8mes nous para\u00eet important pour consolider l\u2019\u00e9difice et lui donner une certaine clart\u00e9 sym\u00e9trique. On choisit aussi l\u2019endroit o\u00f9 le texte a besoin de respirer pour y ins\u00e9rer des improvisations. Le tout est \u00e0 la fois charpent\u00e9 et mouvant, diff\u00e9rent \u00e0 chaque concert, mais structur\u00e9.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Gr\u00e9goire Mainot :<\/b> Il y a un truc assez marrant dont je me suis rendu compte au fil du temps : de toutes les formes d\u2019art auxquelles j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 expos\u00e9, la po\u00e9sie n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 celle qui me parlait le plus naturellement. Alors en d\u00e9couvrant les <i>Cinquanti\u00e8mes hurlants<\/i>, je me suis d\u2019abord dit que c&rsquo;\u00e9tait un texte particuli\u00e8rement chiad\u00e9. Au d\u00e9part, je me suis m\u00eame un peu rassur\u00e9 en me disant : \u00ab C\u2019est normal si je ne saisis pas tout ; mon r\u00f4le, c&rsquo;est d\u2019injecter de la musique, je vais exister autrement l\u00e0-dedans. \u00bb Au d\u00e9but, m\u00eame apr\u00e8s plusieurs lectures, j&rsquo;\u00e9tais un peu perdu. Je n\u2019avais pas forc\u00e9ment tous les codes. Mais en r\u00e9alit\u00e9, \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9titions et en mettant les mots en musique, le sens m&rsquo;a rattrap\u00e9 par ricochet. \u00c0 force d&rsquo;entendre le texte tourner dans ma t\u00eate, certaines phrases sont devenues totalement limpides. Aujourd\u2019hui, j\u2019arrive beaucoup mieux \u00e0 faire la part des choses entre le sens litt\u00e9ral et la musicalit\u00e9 pure des mots. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 un vrai soulagement de r\u00e9aliser \u00e0 quel point mettre en musique un texte pareil coulait de source. Comme le disait Fred, on ne s&rsquo;est jamais vraiment pris la t\u00eate sur l\u2019absence de base harmonique traditionnelle par rapport \u00e0 notre formule instrumentale : tout s\u2019est fait de mani\u00e8re organique. On ne cherche pas \u00e0 sur-illustrer le texte, sinon on tomberait direct dans le clich\u00e9 ou la caricature. Au final, le texte ressort avec un relief in\u00e9dit. Il prend une tout autre dimension, pr\u00e9cis\u00e9ment port\u00e9e par l\u2019\u00e9nergie brute et la dynamique de notre trio.<\/span><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><b>Tom Buron :<\/b> C\u2019est juste. Tout prend d\u2019ailleurs tellement une autre dimension qu\u2019il ne s\u2019agit absolument plus de l\u2019accompagnement d\u2019un texte dans l\u2019objet fini. Simplement trois \u00e9nergies qui se r\u00e9pondent et font corps, et la voix du texte est un instrument parmi les autres.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p class=\"p1\"><b style=\"font-size: 14pt;\">Propos recueillis par Franck M\u00e9dioni<\/b><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a9Photo couver Morgane Baudry<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a9Photo Header M\u00e9lanie Lhote<\/span><\/strong><\/p>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 50\u00e8mes hurlants Trio, emmen\u00e9 par la voix du po\u00e8te Tom Buron et r\u00e9unissant le trompettiste Fred Aubin (La Maison Tellier) et le batteur Gr\u00e9goire Mainot (MNNQNS), fait para\u00eetre une&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":329,"featured_media":47685,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70,13,10495],"tags":[11106,11107,9269],"class_list":["post-47684","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-a-la-une","category-actualite","category-portraitfr","tag-fred-aubin","tag-gregoire-mainot","tag-tom-buron"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/329"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=47684"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47684\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":47696,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/47684\/revisions\/47696"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/47685"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=47684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=47684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=47684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}