{"id":46112,"date":"2026-05-13T16:52:27","date_gmt":"2026-05-13T15:52:27","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=46112"},"modified":"2026-05-15T11:19:35","modified_gmt":"2026-05-15T10:19:35","slug":"pour-contre-le-free-jazz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/pour-contre-le-free-jazz\/","title":{"rendered":"Pour &#038; Contre le Free Jazz"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Aujourd\u2019hui, il est commun\u00e9ment admis par la majorit\u00e9 du grand public du jazz (celui qui pl\u00e9biscite le jazz vocal, va aux concerts et ach\u00e8te des r\u00e9\u00e9ditions de disques historiques \u00e0 vil prix) que le free jazz a nui \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation du jazz dans son ensemble et est in\u00e9coutable sur disque au petit-d\u00e9jeuner. <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Loin de chercher \u00e0 infirmer globalement ces prises de position, je me propose d\u2019un c\u00f4t\u00e9 de les justifier et d\u2019un autre de les nuancer voire de les contredire.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour cela il faut revenir \u00e0 l\u2019histoire du jazz et relater l\u2019apparition du free jazz au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 60. Mais avant de parler d\u2019<strong>Ornette Coleman<\/strong> et de son disque intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Free Jazz<\/em>\u00a0\u00bb, il est important de rappeler que, d\u2019un point de vue strictement musical, la premi\u00e8re prise de libert\u00e9 par rapport aux trames harmoniques du jazz <em>mainstream <\/em>et du bebop a \u00e9t\u00e9 le fait de musiciens Blancs\u00a0: le pianiste chicagoan <strong>Lennie Tristano<\/strong> et ses disciples, qui ont enregistr\u00e9 deux th\u00e8mes sans tonalit\u00e9 pr\u00e9cise \u00e0 la fin des ann\u00e9es 40.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Un \u00ab\u00a0\u00e9cart\u00a0\u00bb par rapport aux normes de l\u2019\u00e9poque qui n\u2019a pas fait \u00e9cole.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est donc <strong>Ornette Coleman<\/strong> qui le premier parle de jazz free et, effectivement, son enregistrement en double quartet sonne comme une bombe dans le paysage sonore am\u00e9ricain du d\u00e9but des sixties. Les r\u00e9actions n\u00e9gatives des tenants d\u2019un jazz moins r\u00e9volutionnaire ne tarderont pas \u00e0 s\u2019exprimer et, de <strong>Louis Armstrong<\/strong> \u00e0 <strong>Charles Mingus<\/strong> en passant par <strong>Stan Getz<\/strong>, nombreux sont les musiciens qui conspu\u00e8rent le saxophoniste \u00e0 l\u2019alto en plastique, lequel \u2014 de surcro\u00eet \u2014 ajouta peu apr\u00e8s \u00e0 son instrumentarium un violon et une trompette dont il jouait de fa\u00e7on fort peu conventionnelle et objectivement critiquable en termes de justesse.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">On peut cependant remarquer que des musiciens hostiles au free jazz s\u2019en sont pourtant plus ou moins rapproch\u00e9s tels <strong>Charles Mingus<\/strong>, qui a embauch\u00e9 des instrumentistes proches de cette esth\u00e9tique comme le saxophoniste, clarinettiste et fl\u00fbtiste <strong>Eric Dolphy<\/strong> ou le trompettiste <strong>Ted Curson<\/strong>. Parmi les musiciens au style plus \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb, certains ont soutenu <strong>Ornette<\/strong>\u00a0: le pianiste <strong>John Lewis<\/strong>, le batteur <strong>Shelly Manne<\/strong>, le corniste et musicologue <strong>Gunther<\/strong> <strong>Schuller<\/strong>\u2026 Et <strong>Sonny Rollins<\/strong> s\u2019est momentan\u00e9ment essay\u00e9 au jeu free en enregistrant en quartet avec le trompettiste <strong>Don Cherry<\/strong>, alors membre du quartet d\u2019<strong>Ornette<\/strong>. De m\u00eame que <strong>John Coltrane<\/strong> \u00e9pousa cette esth\u00e9tique \u00e0 la fin de sa vie en invitant le saxophoniste <strong>Pharoah<\/strong> <strong>Sanders <\/strong>et le batteur <strong>Rashied Ali <\/strong>(avec lequel il enregistra en duo, pour la premi\u00e8re fois de sa carri\u00e8re, son ultime opus \u00ab\u00a0Interstellar Space\u00a0\u00bb) \u00e0 rejoindre sa formation.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-46121\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/01-PHAROAH-SANDERS-KARMA-AUDIOPHILE-EDITION-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/>Par ailleurs, si on conna\u00eet un peu l\u2019histoire du jazz, il est \u00e9vident que cette \u00ab\u00a0r\u00e9volution\u00a0\u00bb et cette \u00ab\u00a0new thing\u00a0\u00bb est en fait le prolongement, vingt ans apr\u00e8s, de la pr\u00e9c\u00e9dente\u00a0: celle du bebop qui, au d\u00e9but des ann\u00e9es 40 provoqua aussi des remous et des critiques acerbes aux USA et en Europe. Ainsi en France s\u2019affront\u00e8rent les \u00ab\u00a0raisins aigres\u00a0\u00bb et les \u00ab\u00a0figues moisies\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Qu\u2019une jeune musique comme le jazz connaisse des \u00e9volutions lentes ou sismiques tous les vingt ans n\u2019a rien d\u2019extraordinaire. En musique classique n\u2019a-t-on pas vu les baroques renier la musique m\u00e9di\u00e9vale puis les classiques se d\u00e9marquer des baroques et ainsi de suite jusqu\u2019\u00e0 la musique contemporaine actuelle, qui fait autant fuir le grand public que le free jazz\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">On pourrait d\u2019ailleurs affirmer que la musique contemporaine, comme le free jazz, correspond \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le bruit (entre autres celui des machines et des v\u00e9hicules) tend \u00e0 se r\u00e9pandre et \u00e0 remplacer \u2014 dans un environnement de plus en plus urbain \u2014 les sons naturels\u00a0: le chant des oiseaux, le hennissement des chevaux, le son des cloches, le coassement des grenouilles\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">La possibilit\u00e9 de sonoriser fortement de grands espaces de concert ou des sc\u00e8nes de festivals va aussi dans ce sens, et des musiques fortement \u00e9lectrifi\u00e9es comme le rock (hard ou pas), le funk, le punk, le m\u00e9tal, l\u2019\u00e9lectro\u2026 en ont largement profit\u00e9 et continuent \u00e0 le faire.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Donc il faut reconna\u00eetre que le free jazz \u2014 qu\u2019on l\u2019appr\u00e9cie ou non \u2014 \u00e9tait \u00e0 sa naissance, d\u2019une certaine fa\u00e7on, bien de son \u00e9poque.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Il faut aussi ajouter que cette \u00e9poque (les ann\u00e9es 60\/70) \u00e9tait une p\u00e9riode de remue-m\u00e9nage social et politique\u00a0: les luttes ou guerres d\u2019ind\u00e9pendance dans les colonies, mai 68 en France et en Europe, les \u00e9meutes raciales et les grandes marches contre le racisme aux USA, le terrorisme de l\u2019ETA en Espagne, de la Bande \u00e0 Bader en Allemagne, des Brigades rouges en Italie\u2026 toutes manifestations plus ou moins violentes qui ont amen\u00e9 Philippe Carles et Jean-Louis Comolli \u00e0 intituler leur ouvrage \u00ab\u00a0Free Jazz-Black Power\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Et de fait les tenants du free jazz aux USA, majoritairement Noirs, avaient souvent des relations avec les mouvements socio-politiques de l\u2019\u00e9poque, voire avec les Black Panthers. Donc, l\u00e0 encore, le free jazz s\u2019inscrit dans un contexte historique qui en explique bien l\u2019apparition.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Maintenant examinons le ph\u00e9nom\u00e8ne tel qu\u2019il se d\u00e9veloppa en Europe. Si le free jazz apparut sur le Vieux Continent, c\u2019est clairement d\u00fb \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e \u2014 en France et ailleurs \u2014 de musiciens free Noirs-am\u00e9ricains fuyant le racisme et la r\u00e9pression des mouvements socio-politiques aux USA. <strong>L\u2019Art Ensemble of Chicago<\/strong>, <strong>Anthony Braxton<\/strong>, <strong>Alan Silva<\/strong>, <strong>Don Cherry<\/strong> ou <strong>Bobby Few<\/strong> s\u00e9journ\u00e8rent plusieurs mois ou ann\u00e9es \u00e0 Paris, \u00e0 Londres, \u00e0 Rome, \u00e0 Copenhague\u2026 et ils jou\u00e8rent volontiers avec des musiciens europ\u00e9ens, et m\u00eame avec des chanteuses non \u00e9tiquet\u00e9es jazz telles que <strong>Colette Magny<\/strong>. <\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-46118\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/The-Art-Ensemble-of-Chicago-\u00a9DR_1-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00a9 The Art ensemble of Chicago<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Cette proximit\u00e9 avec la sc\u00e8ne locale europ\u00e9enne contribua fortement \u2014 et paradoxalement en apparence \u2014 \u00e0 lib\u00e9rer les musiciens europ\u00e9ens de l\u2019emprise du jazz am\u00e9ricain. <\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">En effet, le free jazz am\u00e9ricain s\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame distanci\u00e9 des codes typiquement \u00e9tatsuniens du jazz <em>mainstream<\/em> et du bebop\u00a0: standards issus de com\u00e9dies musicales de Broadway, arrangements harmoniquement sophistiqu\u00e9s, m\u00e9lodies accrocheuses, rythme ternaire du swing\u2026 et s\u2019\u00e9tait rapproch\u00e9 du blues le plus populaire et des musiques africaines ou indiennes. S\u2019\u00e9tant lib\u00e9r\u00e9s de ces codes anciens, les free jazzmen US ont aid\u00e9 leurs coll\u00e8gues europ\u00e9ens \u00e0 faire de m\u00eame et \u00e0 se d\u00e9partir de l\u2019harmonie classique ou bop pour retrouver une libert\u00e9 rythmique et m\u00e9lodique ou pour se ressourcer dans la tradition populaire locale, ce qu\u2019exprime \u00e0 merveille le nom du collectif lyonnais ARFI\u00a0: Association \u00e0 la Recherche d\u2019un Folklore Imaginaire \u2014 n\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 et encore actif aujourd\u2019hui \u2014 dont les groupes phares sont <strong>le Workshop de Lyon<\/strong> et le grand orchestre <strong>La<\/strong> <strong>Marmite Infernale<\/strong>.<\/span><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-46136\" style=\"font-size: 14pt;\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Workshop-de-Lyon-Slogan-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/><span style=\"font-size: 14pt;\">C\u2019est que, sur le mod\u00e8le des luttes socio-politiques en Europe et aux USA, les jazzmen europ\u00e9ens se sont de plus en plus rassembl\u00e9s en collectifs\u00a0: le BIM aux Pays-Bas (<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\">Willem<\/strong> <strong style=\"font-size: 14pt;\">Breuker<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">, <\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\">Han Bennink<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">,<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\"> Misha Mengelberg<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026), l\u2019ICP en Grande -Bretagne (<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\">Derek Bailey<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">,<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\"> Evan Parker<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">,<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\"> Tony Levin<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026), les musiciens de Wuppertal en Allemagne (<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\">Peter Br\u00f6tzmann<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">,<\/span><strong style=\"font-size: 14pt;\"> Peter Kowald<\/strong><span style=\"font-size: 14pt;\">\u2026)\u2026 ce qui aboutit, chez ces artistes, \u00e0 un certain renoncement \u00e0 une carri\u00e8re personnelle au profit d\u2019une pratique et d\u2019un engagement collectifs.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Nombre de festivals d\u00e9di\u00e9s au free jazz virent alors le jour en Europe\u00a0: <em>Moers<\/em> en Allemagne, <em>Chantenay-Villedieu<\/em> en France,<em> Clusone<\/em> en Italie\u2026 et ces festivals attiraient un large public que ces sonorit\u00e9s libertaires ne faisaient pas fuir, au contraire, et qui retrouvait cette ambiance bruyante, collective et festive dans les manifestations contre la guerre au Vietnam ou contre le nucl\u00e9aire.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Toute une \u00e9poque, donc, et on ne peut parler sens\u00e9ment du <em>free jazz<\/em> si on oublie le contexte social et politique international dans lequel il est n\u00e9 et s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9, pour conna\u00eetre un net recul au fur et \u00e0 mesure que les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes et la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine \u00e9voluaient.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Alors, avant d\u2019examiner ce qui reste du free jazz aujourd\u2019hui il faut regarder en quoi il a constitu\u00e9 une r\u00e9volution et d\u00e9bouch\u00e9 sur une musique pr\u00e9tendument in\u00e9coutable.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Pour commencer on remarquera que, si l\u2019on \u00e9coute aujourd\u2019hui les premiers enregistrements d\u2019<strong>Ornette Coleman <\/strong>sur le label californien Contemporary puis chez le newyorkais Atlantic, on entend clairement une filiation par rapport au bebop, et il est \u00e9vident qu\u2019<strong>Ornette<\/strong> a \u00e9cout\u00e9 et appr\u00e9cie <strong>Bird<\/strong>. Des compositions telles que \u00ab\u00a0<em>Lonely Woman<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>Rambling\u00a0<\/em>\u00bb poss\u00e8dent une belle m\u00e9lodie et sont devenues des standards. <strong>Ornette<\/strong> a m\u00eame enregistr\u00e9 un th\u00e8me de George Gershwin, \u00ab\u00a0<em>Embraceable You<\/em>\u00a0\u00bb, et il a souvent fait allusion \u00e0 <strong>Thelonious Monk<\/strong> et au blues \u2014 comme dans \u00ab\u00a0<em>When Will the Blues Leave\u00a0?\u00a0<\/em>\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>Monk and the Nun\u00a0<\/em>\u00bb \u2014 dans les titres de ses compositions qui, comme ce nom l\u2019indique, sont\u2026 compos\u00e9es, donc \u00e9crites et non \u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb de toute attache.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Car si le free jazz s\u2019est peu \u00e0 peu lib\u00e9r\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, des structures AABA des chansons de Broadway et de l\u2019alternance th\u00e8me\/solos\/th\u00e8me du bebop, on peut comparer cela \u00e0 ce qu\u2019ont fait, en peinture, les impressionnistes puis les cubistes qui se sont lib\u00e9r\u00e9s des codes esth\u00e9tiques et des techniques des \u00e9poques pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le jazz \u2014 comme la musique classique, la peinture ou l\u2019architecture occidentales \u2014 est une musique \u00ab\u00a0savante\u00a0\u00bb en partie d\u2019origine europ\u00e9enne. Elle est donc \u2014 contrairement aux musiques traditionnelles qui cultivent et suivent la tradition \u2014 contrainte \u00e0 \u00e9voluer et \u00e0 subir des m\u00e9tamorphoses. Mais elle ne rompt jamais compl\u00e8tement avec le pass\u00e9, et le free jazz a de fortes connections avec le blues et avec la pratique de l\u2019improvisation collective du jazz New Orleans.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Sans racines, un arbre ne peut pas pousser. Mais si on le greffe, il portera de nouveaux fruits.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">L\u2019un des probl\u00e8mes du <em>free jazz<\/em> est donc qu\u2019il ne correspond plus aux go\u00fbts et aux pratiques des soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, individualistes et friandes de musiques apaisantes comme souvent la chanson ou \u00ab\u00a0m\u00e9caniques\u00a0\u00bb et stimulantes comme le disco, le rap, l\u2019\u00e9lectro\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Une partie de ceux qui pratiquaient le free jazz nagu\u00e8re ont adopt\u00e9 une nouvelle terminologie pour cat\u00e9goriser leur pratique\u00a0: musique improvis\u00e9e. Cette derni\u00e8re a ses adeptes mais reste une musique de niche. En fait l\u2019uniformisation des go\u00fbts li\u00e9e au d\u00e9veloppement relativement r\u00e9cent des m\u00e9dias audio-visuels, de l\u2019internet, des r\u00e9seaux sociaux et du streaming ne permet gu\u00e8re \u00e0 des tendances diff\u00e9rentes de la majorit\u00e9 de voir le jour ou de se perp\u00e9tuer.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Alors le free jazz est-il une musique \u00e9litiste r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 quelques oreilles friandes de bruits incoh\u00e9rents\u00a0? Certes non. Mais la meilleure fa\u00e7on de le d\u00e9couvrir et de l\u2019appr\u00e9cier est de l\u2019entendre et de le voir <em>live on stage<\/em>. Dans ce contexte, voir et \u00e9couter des musiciens fortement investis dans une pratique qui mobilise amplement le corps a toutes les chances de toucher des individus que n\u2019effraient pas les d\u00e9bordements physiques, m\u00e9lodiques et rythmiques. Il y a encore quelques lustres, un concert de <strong>l\u2019Art Ensemble of Chicago<\/strong>, du <strong>Willem Breuker Kollektief<\/strong>, de l\u2019<strong>Italian Instabile Orchestra <\/strong>ou de <strong>l\u2019Arkestra<\/strong> de <strong>Sun Ra<\/strong> \u00e9tait une exp\u00e9rience visuelle et auditive fort r\u00e9jouissante et qu\u2019on ne pouvait gu\u00e8re oublier.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-46123\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra.jpg\" alt=\"\" width=\"850\" height=\"850\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra.jpg 850w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-768x768.jpg 768w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-350x350.jpg 350w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/05\/Sun-Ra-800x800.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 850px) 100vw, 850px\" \/>Par contre, effectivement, ce type de jazz n\u2019est pas \u00e9coutable sur disque \u00e0 n\u2019importe quel moment de la journ\u00e9e et avoir vu et entendu sur sc\u00e8ne les formations cit\u00e9es plus haut n\u2019impliquait pas n\u00e9cessairement d\u2019acheter leurs disques.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mais vous, auditeurs europ\u00e9ens ou \u00e9tats-uniens, mangeriez-vous une pa\u00eblla, un couscous \u00e9pic\u00e9 ou un plat indien ou indon\u00e9sien au petit d\u00e9jeuner\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&#8212;&#8211;======&#8212;&#8211;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">PS\u00a0: Un petit conseil d\u2019\u00e9coute pour terminer\u00a0: si vous \u00eates allergique au free jazz, allez \u00e9couter le morceau \u00ab\u00a0<em>Conference of the Birds\u00a0<\/em>\u00bb du contrebassiste britannique <strong>Dave Holland<\/strong> sur le label ECM. Peu apr\u00e8s son passage chez <strong>Miles Davis<\/strong>, qui s\u2019\u00e9tait converti au jazz \u00e9lectrique, <strong>Holland <\/strong>compose un morceau enti\u00e8rement acoustique et \u00e0 cinq temps avec <strong>Sam Rivers <\/strong>\u00e0 la fl\u00fbte, <strong>Anthony Braxton<\/strong> au sax soprano et <strong>Barry Altschul<\/strong> \u00e0 la batterie et au marimba. <strong>Rivers <\/strong>(qui a collabor\u00e9 un temps avec <strong>Miles<\/strong>) vient du hard bop et <strong>Braxton<\/strong> est un fan du jazz cool de <strong>Paul Desmond<\/strong> et <strong>Lee Konitz<\/strong>.<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/track\/5Vmt3ascqbh0QJCV1een0Q?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A eux quatre, ils proposent une musique hautement m\u00e9lodique et rythmiquement chaloup\u00e9e qui n\u2019a pas grand-chose de free mais s\u2019inspire de la libert\u00e9 de ce style. Ecouter ce morceau est, selon moi, la meilleure porte d\u2019entr\u00e9e vers le <em>free jazz<\/em> qui, dans sa dynamique extravertie et souvent bruitiste ou d\u00e9sordonn\u00e9e, a produit des d\u00e9chets mais aussi de belles p\u00e9pites.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A vous de fureter, si le c\u0153ur vous en dit, et de vous faire une playlist free \u00e9coutable (au moins par vous). Ne comptez pas sur moi pour vous y aider\u00a0: je ne suis pas votre p\u00e8re ni votre prof. Je suis un homme liiiiiiibre, que diable\u00a0!\u00a0;-)))<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aujourd\u2019hui, il est commun\u00e9ment admis par la majorit\u00e9 du grand public du jazz (celui qui pl\u00e9biscite le jazz vocal, va aux concerts et ach\u00e8te des r\u00e9\u00e9ditions de disques historiques \u00e0&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":178,"featured_media":46115,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70,13],"tags":[10551,10541,10550,10540,10552,149,5728,10547,223,3869,10115,10543,10544,10554,10545,302,10553,303,10557,3474,10546,76,8123,10549,10555,10556,10542,7416,5997,5887,6505,101,10548,7640],"class_list":{"0":"post-46112","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une","8":"category-actualite","9":"tag-alan-silva","10":"tag-anthony-braxton","11":"tag-art-ensemble-of-chicago","12":"tag-barry-altschul","13":"tag-bobby-few","14":"tag-charles-mingus","15":"tag-dave-holland","16":"tag-derek-bailey","17":"tag-don-cherry","18":"tag-eric-dolphy","19":"tag-evan-parker","20":"tag-free-jazz","21":"tag-george-gershwin","22":"tag-gunther-schuller","23":"tag-han-bennink","24":"tag-john-coltrane","25":"tag-john-lewis","26":"tag-lee-konitz","27":"tag-louis-armstrong","28":"tag-miles-davis-fr","29":"tag-misha-mengelberg","30":"tag-paul-desmond","31":"tag-peter-brotzmann-fr","32":"tag-peter-kowald","33":"tag-pharoah-sanders","34":"tag-rashied-ali","35":"tag-sam-rivers","36":"tag-shelly-manne-fr","37":"tag-sonny-rollins-fr","38":"tag-stan-getz-fr","39":"tag-ted-curson-fr","40":"tag-thelonious-monk","41":"tag-tony-levin","42":"tag-willem-breuker"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46112","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/178"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46112"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46112\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":46139,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46112\/revisions\/46139"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/46115"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46112"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46112"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46112"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}