{"id":45598,"date":"2026-04-05T22:48:51","date_gmt":"2026-04-05T21:48:51","guid":{"rendered":"https:\/\/couleursjazz.fr\/?p=45598"},"modified":"2026-04-10T23:10:03","modified_gmt":"2026-04-10T22:10:03","slug":"pascal-anquetil-pourquoi-jaime-le-jazz","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/pascal-anquetil-pourquoi-jaime-le-jazz\/","title":{"rendered":"Pascal Anquetil &#8211; Pourquoi j\u2019aime le jazz"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"color: #993300; font-size: 18pt;\"><strong>Celui qui aime le jazz<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Avec son livre <em>Pourquoi j\u2019aime le jazz<\/em>, le journaliste Pascal Anquetil signe en une s\u00e9rie de pr\u00e9cis d\u2019admiration un plaidoyer fort et \u00e9rudit sur la musique qui nous occupe, nous pr\u00e9occupe, nous chavire\u00a0: le jazz. <\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Un jour de 1957 ou 58 (je ne sais plus), un disque orange arriva par la poste \u00e0 la maison. Il \u00e9tait \u00e9dit\u00e9 par la Guilde du jazz, label \u00e0 l\u2019\u00e9poque domicili\u00e9 51 rue Vivienne \u00e0 Paris, la m\u00eame adresse que connut \u00e0 ses d\u00e9buts en 1984 le Centre d\u2019Information du jazz que j\u2019ai eu le bonheur de diriger pendant trente ans. Hasard ou pr\u00e9destination, comment savoir\u00a0? Ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que ce myst\u00e9rieux 25-cm inonda la m\u00eame ann\u00e9e des milliers de foyers fran\u00e7ais et contamina toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019adolescents au virus du swing. Ce disque qui s\u2019intitulait avec pertinence \u00ab\u00a0Horizons du jazz\u00a0\u00bb fut pour moi et mon fr\u00e8re jumeau Gilles la r\u00e9v\u00e9lation \u00e9blouie d\u2019un nouveau monde. \u00c0 l\u2019affiche de cette premi\u00e8re anthologie jamais publi\u00e9e en France, des noms qui m\u2019\u00e9taient, \u00e0 l\u2019exception de Sidney Bechet, tous encore inconnus\u00a0: Art Tatum, Charlie Parker, Coleman Hawkins, Dizzy Gillespie, Erroll Garner, Buck Clayton, Jack Teagarden, Woody Herman, etc. Dans le texte de pochette, on pr\u00e9sentait le jazz comme \u00ab<em>\u00a0l\u2019expression vivante de la musique du peuple afro-am\u00e9ricain.\u00a0<\/em>\u00bb. Il n\u2019avait pas tort. Je ne cesse depuis d\u2019essayer avec passion et d\u00e9termination de faire reculer et d\u2019\u00e9largir les horizons toujours plus lointains du jazz. Une vie n\u2019y suffira pas. C\u2019est tant mieux\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-45602 aligncenter\" src=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"599\" srcset=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200.jpg 600w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200-300x300.jpg 300w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200-150x150.jpg 150w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200-140x140.jpg 140w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200-100x100.jpg 100w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200-500x500.jpg 500w, https:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/s-l1200-350x350.jpg 350w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>Jazz &amp; philosophie<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Mes ann\u00e9es de philo \u00e0 la Sorbonne au milieu des ann\u00e9es 60, jusqu\u2019\u00e0 la l\u2019obtention d\u2019une Ma\u00eetrise en 1969, avant d\u2019\u00eatre l\u2019ann\u00e9e suivante d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9 \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation, restent de merveilleux souvenirs. Je ne laisserai personne dire qu\u2019avoir 22 ans en mai 68 \u00e0 la Sorbonne fut une exp\u00e9rience d\u00e9sagr\u00e9able. R\u00e9jouissante, mouvement\u00e9e et lib\u00e9ratrice, Oui\u00a0! Pour autant mon approche de la musique est-elle aujourd\u2019hui empreinte de philosophie\u00a0? Indirectement sans doute. La philosophie est d\u2019abord une dr\u00f4le de machine intellectuelle dont la principale fonction est de fabriquer des concepts les plus op\u00e9ratoires possibles pour tenter de comprendre le monde. Son apprentissage ouvre des cl\u00e9s utiles pour toute une existence. Au contraire, la musique est \u00e0 mes yeux et oreilles avant tout un art de vivre dont le but est de provoquer en nous des \u00e9motions que les mots ne peuvent pas dire et les concepts saisir. Ceci explique sans doute pourquoi mon amour du jazz a finalement supplant\u00e9 celui de la philo dans ma vie de \u00ab\u00a0pigiste\u00a0\u00bb que j\u2019avais commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 70 dans les pages des <em>Nouvelles Litt\u00e9raires<\/em> comme \u00ab\u00a0journaliste d\u2019id\u00e9es\u00a0\u00bb, comme on disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque. \u00c9poque, vue d\u2019aujourd\u2019hui, incroyable o\u00f9 l\u2019on pouvait lire et fr\u00e9quenter en m\u00eame temps Deleuze et Derrida, Foucault et Serres, Barthes et Jank\u00e9l\u00e9vitch\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Seule peut-\u00eatre la question que pose le titre de mon livre rel\u00e8ve de la philosophie. La question du pourquoi est perfidement ambigu\u00eb. Elle renvoie \u00e0 la cause, mais \u00e0 laquelle\u00a0? On sait depuis Aristote qu\u2019il y a la cause efficiente (\u00ab\u00a0\u00e0 cause de quoi le jazz\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce qui explique son apparition improbable au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle ? \u00bb), mais aussi la cause finale (\u00ab\u00a0pour quoi faire\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e0 quelle fin\u00a0?\u00a0\u00bb. Il est une autre cause qu\u2019Aristote avait oubli\u00e9e : la cause existentielle, contingente, impr\u00e9visible, celle qui transforme le hasard en n\u00e9cessit\u00e9. Mais pourquoi donc le jazz est-il entr\u00e9 dans ma vie pour la chambouler et l\u2019irriguer depuis plus de soixante ans\u00a0? Pour ce qui concerne toutes ces causes, la lecture de mon livre donne quelques r\u00e9ponses et ouvre, je l\u2019esp\u00e8re quelques pistes. A vous de les chercher et trouver\u00a0! A\u0300 l\u2019occasion de la sortie en 2010 du guide-annuaire \u00ab\u00a0<em>Jazz de France<\/em>\u00a0\u00bb, j\u2019avais souhait\u00e9\u0301 enrichir sa sixi\u00e8me \u00e9dition d\u2019une enqu\u00eate in\u00e9dite. J\u2019avais interrog\u00e9\u0301 une centaine d\u2019acteurs de la vie du jazz en France : musiciens, journalistes (dont vous Franck), photographes, responsables de festival et de club, agents et tourneurs, producteurs phonographiques, etc.). Je leur avais demand\u00e9\u0301 de r\u00e9pondre en toute liberte\u0301 a\u0300 cette question faussement simple : pourquoi le jazz ? A\u0300 ma grande surprise, 77 acteurs sur 100 ont r\u00e9pondu a\u0300 cette dr\u00f4le de question volontairement ouverte, tout a\u0300 la fois na\u00efve, vaine, \u00e9vidente, saugrenue, essentielle, stupide, pertinente, impossible. Finalement \u00ab<em> parfaite<\/em> \u00bb pour reprendre l\u2019adjectif sugg\u00e9r\u00e9\u0301 par Francis Marmande. Vous pouvez aujourd\u2019hui retrouver toutes les r\u00e9ponses \u00a0ici en exclusivit\u00e9 sur <a href=\"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/pourquoi-le-jazz-la-cause-du-jazz-ou-les-causes-dune-passion\/\">le site de Couleurs Jazz<\/a> : <\/span><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>Qu\u2019est-ce que le jazz\u00a0? <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">A cette question pi\u00e8ge que m\u2019a aussi pos\u00e9 r\u00e9cemment une journaliste de <em>Ouest France<\/em>, cette r\u00e9ponse spontan\u00e9e m\u2019a \u00e9chapp\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le jazz ne se d\u00e9finit pas, il se vit<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0 Vite dit\u00a0! O\u00f9 commence et finit le jazz\u00a0? Peut-\u00eatre la meilleure d\u00e9finition fut-elle trouv\u00e9e par Louis Armstrong lui-m\u00eame. Un jour qu\u2019une dame pria Satchmo de lui expliquer ce qu\u2019\u00e9tait le jazz, il eut cette r\u00e9ponse ph\u00e9nom\u00e9nologique,\u00a0admirable d\u2019\u00e9vidence\u00a0: \u00ab<em>\u00a0Si vous me demandez ce que c\u2019est, vous ne le saurez jamais.\u00a0<\/em>\u00bb Fa\u00e7on de dire que le jazz recule quand on s\u2019essaie \u00e0 le d\u00e9finir. Dans le premier chapitre du livre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0La cause du jazz\u00a0\u00bb, je tente \u00e0 ma mani\u00e8re de r\u00e9pondre \u00e0 cette question in\u00e9puisable.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019aimerais dire que j\u2019aime le mot \u00ab\u00a0jazz\u00a0\u00bb, sans doute parce qu\u2019il est habit\u00e9 d\u2019une \u00e9trange magie et d\u2019une myst\u00e9rieuse origine \u00e9tymologique. C\u2019est un mot court, vif, sensuel, qui claque et qui n\u2019a pas trop de ces deux Z pour marquer comme un double coup d\u2019\u00e9p\u00e9e de Zorro son caract\u00e8re r\u00e9solument pluriel. C\u2019est pourquoi je dirais comme Bill Frisell\u00a0: \u00ab\u00a0\u00ab<em> Ce qui me d\u00e9range, c\u2019est quand on utilise ce mot pour d\u00e9crire une musique qui en exclut d\u2019autres. D\u00e8s qu&rsquo;on commence \u00e0 enfermer la musique dans des cat\u00e9gories, on la limite.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019aime le mot \u00ab\u00a0jazz\u00a0\u00bb parce que c\u2019est mot passe-partout. Mieux, c\u2019est un mot de passe\u00a0par lequel les amateurs (pas toujours les musiciens\u00a0dont certains rejettent le mot) se reconnaissent imm\u00e9diatement. Mieux encore \u00ab\u00a0<em>le jazz est une passe<\/em>\u00a0\u00bb comme aimait \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter mon ami Francis Marmande. Une passe qu\u2019il faut comprendre dans ses multiples acceptions\u00a0: chemin, ouverture, laissez-passer et transmission, comme on se passe entre joueurs un ballon de rugby. Depuis plus d\u2019un si\u00e8cle le jazz passe, d\u00e9passe ses limites et outrepasse continuellement ses fronti\u00e8res. Il passe librement de bouche \u00e0 oreille gr\u00e2ce \u00e0 tous ces musiciens qui sont des passeurs<em>\u00a0: <\/em>passeurs entre hier et demain<em>, \u00ab\u00a0entre ancien et moderne, entre sacr\u00e9 et profane, entre ma\u00eetrise et folie, entre spiritualit\u00e9 et combat.\u00a0\u00bb <\/em>Conclusion\u00a0: le jazz passe mais jamais ne tr\u00e9passe.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong><em><span style=\"color: #993300;\">\u00a0Pourquoi j\u2019aime le jazz<\/span>\u00a0<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je ne sais vraiment \u00e9crire que sur les musiciens ou les musiciennes que j\u2019aime et admire. Pourquoi\u00a0? J\u2019aime faire aimer et communiquer en passeur ma passion. C\u2019est ma nature profonde. S\u2019il faut quelque fois, je le reconnais volontiers, ne pas h\u00e9siter \u00e0 d\u00e9noncer les escroqueries, supercheries ou autres abus de confiance, je me refuse \u00e0 tout exercice de d\u00e9testation, voire d\u2019ex\u00e9cration. Certains critiques aiment faire mousser leur ego en montrant qu\u2019ils ont la dent dure et la plume acide. Pourquoi\u00a0? Afin qu\u2019on parle d\u2019abord d\u2019eux avant de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019artiste \u00e9pingl\u00e9. Ce n\u2019est pas mon style. Sans tomber dans l\u2019exc\u00e8s d\u2019encensoir ni de flatteries courtisanes, je pr\u00e9f\u00e8re aimer qu\u2019abominer, m\u2019enthousiasmer que me moquer et d\u00e9nigrer. Je sais trop le mal sournois et ind\u00e9l\u00e9bile que peut faire \u00e0 un musicien la lecture d\u2019une phrase assassine, d\u2019un adjectif cruel, d\u2019un commentaire pervers et malveillant pour me l\u2019interdire. J\u2019ai connu des musiciens vraiment d\u00e9vast\u00e9s par une critique injuste. C\u2019est pourquoi, quand je n\u2019aime pas, je choisis de me taire, pr\u00e9f\u00e9rant toujours le silence, voire l\u2019indiff\u00e9rence, au tapage et au tintamarre. Dans mes chroniques d\u2019album pour <em>Jazz Magazine<\/em>, j\u2019ai surtout plaisir \u00e0 donner des CHOCS plut\u00f4t que pratiquer les descentes en fl\u00e8che, m\u00eame si je reconnais volontiers qu\u2019elles peuvent \u00eatre parfois utiles et n\u00e9cessaires. L\u2019\u00e9loge, mon exp\u00e9rience de plus de soixante ans d\u2019\u00e9criture en fait preuve, est finalement un exercice beaucoup plus difficile que celui de la critique assassine. Argumenter sur les r\u00e9elles qualit\u00e9s d\u2019une musique est v\u00e9ritablement moins ais\u00e9 que d\u00e9truire avec un seul trait d\u2019humour meurtrier, un jeu de mot cinglant le projet d\u2019un musicien qui a mis des ann\u00e9es \u00e0 le vivre et le murir. J\u2019en connais trop d\u2019exemples.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>Le jazz par l&rsquo;\u00e9criture <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00ab\u2009<em>N\u2019\u00e9crivez pas sur la musique. La musique parle pour elle-m\u00eame<\/em>\u2009\u00bb proclamait Miles Davis. C\u2019est vrai, la musique seule peut parler de la musique. Mais elle nous parle sans pouvoir rien dire. J\u2019ai donc oubli\u00e9 le conseil p\u00e9remptoire de Miles pour m\u2019interroger sur les raisons qui me poussent \u00e0 coucher des mots sur du papier pour partager mon amour du jazz avec les autres. Quand on a choisi d\u2019\u00e9crire <em>sur<\/em> la musique (je consacre un article \u00e0 cette question), il faut toujours avoir la pleine conscience que c\u2019est un langage sans aucun sens. Elle ne signifie rien, ne d\u00e9signe rien et ne d\u00e9finit quoi que ce soit. Impuissante \u00e0 signifier, ne relevant d\u2019aucun m\u00e9talangage, la musique peut en revanche, sans rien dire, de fa\u00e7on \u00e9vasive et fugitive, exprimer avec une puissance d\u2019\u00e9vocation infinie une parole enchant\u00e9e. Ce qui oblige celui qui ose \u00e9crire \u00ab\u00a0dessus\u00a0\u00bb \u00e0 user d\u2019un discours de valeur, qu\u2019il soit d\u2019\u00e9loge, d\u2019indiff\u00e9rence ou de d\u00e9testation. D\u2019o\u00f9 le jeu oblig\u00e9 des correspondances et des m\u00e9taphores ainsi que l\u2019emploi souvent abusif des adverbes et des adjectifs.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je le confesse sans probl\u00e8me\u00a0: je ne suis pas musicien et nullement frustr\u00e9 de ne pas l\u2019\u00eatre, sachant en toute lucidit\u00e9 que je n\u2019ai ni les capacit\u00e9s ni l\u2019imagination requises. N\u2019ayant jamais jou\u00e9 d\u2019un instrument, j\u2019ai la chance (je ne l\u2019ai compris que tardivement) de ne pas appartenir \u00e0 la tribu des journalistes qui pratiquent en amateurs la musique, mais \u00e0 la famille des \u00ab\u00a0\u00e9coutants\u00a0\u00bb qui, au fil des ann\u00e9es, ont appris \u00e0 d\u00e9velopper et aiguiser une oreille musicale \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9raliste\u00a0\u00bb et non pas seulement technique. Je ne suis pas non plus, faute de comp\u00e9tences dans l\u2019\u00e9tiquette de critique. \u00ab\u00a0<em>Critiquer c\u2019est toujours rompre<\/em>\u00a0\u00bb a \u00e9crit le critique litt\u00e9raire Angelo Rinaldi. Il a raison sans doute, mais \u00e0 quel prix ? Choisir entre complaisance ou v\u00e9rit\u00e9, indulgence ou f\u00e9rocit\u00e9, rage ou cirage, tel est le dilemme due tout critique. C\u2019est pour cela que je pr\u00e9f\u00e8re me situer ouvertement comme \u00ab\u00a0journaliste de jazz\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire m\u00e9diateur qui privil\u00e9gie l\u2019empathie et l\u2019enthousiasme\u00a0; entremetteur entre le musicien et le lecteur jazzophile\u00a0; passeur qui tente, tant bien que mal, de communiquer en mots et de transformer en phrases l\u2019\u00e9motion qui m\u2019envahit lorsque je d\u00e9couvre un disque inconnu ou assiste \u00e0 un concert inattendu.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Bien s\u00fbr\u00a0que j\u2019ai des pr\u00e9occupations musicales lorsque j\u2019\u00e9cris sur le jazz. \u00ab\u00a0<em>De la musique avant toute chose<\/em>\u00a0\u00bb comme a dit l\u2019ami Verlaine que j\u2019ai beaucoup lu dans mon adolescence comme Baudelaire et Apollinaire. Quand j\u2019\u00e9cris, j\u2019ai toujours le souci de la fluidit\u00e9 lyrique et de la cambrure m\u00e9lodique de la phrase ainsi que de son juste tempo. J\u2019avoue que j\u2019abuse souvent du rythme ternaire, comme aussi desallit\u00e9rations, voire des assonances. Je ne peux m\u2019emp\u00eacher que \u00e7a sonne. Mieux que \u00e7a chante\u00a0! Quand j\u2019y arrive, apr\u00e8s le plus souvent moult labeur et douleur, h\u00e9sitation et ind\u00e9cision, j\u2019en suis finalement ravi.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>Duke Ellington, Stan Getz, John Coltrane &amp; Sonny Rollins<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Je reviens r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e9cis\u00e9ment vers les disques de tous ceux qui chantent le plus naturellement du monde. A savoir ceux d\u2019Ellington (\u00e0 savoir tout Duke) ; ceux de Stan Getz, John Coltrane et Sonny Rollins (impossible pour moi de les d\u00e9partager) pour les saxophonistes t\u00e9nor ; Charlie Parker, Art Pepper et Frank Morgan pour les saxophonistes alto ; Louis Armstrong, Miles Davis, Chet Baker et Art Farmer pour les trompettes ; Monk, Bill Evans, Keith Jarrett et Brad Melhdau pour le piano ; Django, Wes Montgomery, Jimi Hendrix et Jim Hall pour la guitare. Etcetera\u2026<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>Mes cinq disques de jazz de l\u2019\u00eele d\u00e9serte <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">1 \u2013 Louis Armstrong : <em>The Complete Hot Five and Hot Seven Recordings<\/em> (coffret Columbia Legacy)<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce ce que, comme l\u2019a dit Duke, \u00ab\u00a0<em>Louis<\/em><em> est l\u2019\u00e9pitome du jazz et le restera pour toujours\u00a0\u00bb<\/em>. A savoir sa quintessence originelle. Dou\u00e9 d\u2019une sonorit\u00e9 solaire et d\u2019un sens naturel de la mise en place, il fut enfin l\u2019inventeur du solo en jazz. Avant lui, tout le monde jouait \u00ab\u00a0raide\u00a0\u00bb\u00a0; avec lui, tous les musiciens jouaient mieux. <em>\u00ab\u00a0\u00c0 la trompette<\/em>, a dit un jour Miles Davis, <em>on ne peut rien jouer qui ne vienne de lui, pas m\u00eame les trucs modernes\u00a0\u00bb. <\/em>Je laisse le dernier mot \u00e0 Frank T\u00e9not qui r\u00e9sume toute ma philosophie du jazz : \u00ab\u00a0<em>Il suffit d\u2019un solo de Louis Armstrong pour chasser mes pires soucis. La vie change de couleur avec cette musique. J\u2019y d\u00e9couvre ma propre vie. On oublie de dire et de r\u00e9p\u00e9ter que le jazz, c\u2019est aussi du bonheur. Est-il n\u00e9cessaire de comprendre pour aimer ? Peut-\u00eatre qu\u2019en aimant d\u2019abord, comprendrons-nous bien mieux<\/em> \u00bb.<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/1fw3JJvlzlyRGDNVRQOzOK?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">2 \u2013 Miles Davis\u00a0:\u00a0<em>Kind of Blue<\/em> (Columbia)<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que c\u2019est le premier album de jazz que j\u2019ai achet\u00e9 et dans sa version fran\u00e7aise Fontana avec sa sublime pochette dor\u00e9e (\u00e9dition que l\u2019on doit \u00e0 Boris Vian, peu avant son d\u00e9c\u00e8s) chez Raoul Vidal, c\u00e9l\u00e8bre disquaire \u00e0 l\u2019\u00e9poque, situ\u00e9 place Saint-Germain-des-Pr\u00e9s \u00e0 Paris. Son \u00e9coute fut une v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation. La d\u00e9couverte d\u2019un nouveau monde ! Je ne savais pas alors que cet album d\u00e9sormais culte deviendrait le disque le plus vendu de toute l\u2019histoire du jazz. Hasard ou pr\u00e9destination ?<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/4sb0eMpDn3upAFfyi4q2rw?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">3 \u2013 Thelonious Monk : <em>Monk Alone <\/em>(Columbia)<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Pourquoi ? Un seul \u00eatre vous&#8230;Monk et tout est d\u00e9peupl\u00e9. A l\u2019\u00e9coute de ces plages solitaires, commentne pas \u00eatre marqu\u00e9 \u00e0 vie par cette musique paradoxale qui en un m\u00eame mouvement r\u00e9alise l\u2019union des contraires tout en \u00e9tant sereine et angoissante, fluide et min\u00e9rale, laconique et lacunaire, aust\u00e8re et dr\u00f4le, troublante et apaisante, \u00e9nigmatique et \u00e9vidente.\u00a0? Comment s\u2019en lasser\u00a0?<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/1057gGpzI3MzGn8OGvvFVR?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">4 \u2013 Bill Evans : <em>Affinity <\/em>(Warner Bros, 1979)<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Avec ce merveilleux disque de Bill, j\u2019ai aussi d\u00e9couvert tout \u00e0 coup Toots Thielemans, g\u00e9nie unique et inou\u00ef sur un instrument impossible, l\u2019harmonica \u00e0 quatre octaves, que l\u2019on croyait \u00e0 jamais interdit au jazz. Une merveille\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Parce que j\u2019y \u00e9tais (je raconte le concert dans le livre).<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/4qG5obbcJcjzQXlGF1dtEk?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">5 <strong>\u2013 <\/strong>Stan Getz-Kenny Barron\u00a0: <em>People Time \u2013 The Complete. <\/em><em>Recordings<\/em> \u00a0(Universal)<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Du 3 au 6 mars 1991, pour quatre nuits, trois mois avant de mourir, Stan Getz revient au Caf\u00e9 Montmartre, son club pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aujourd\u2019hui disparu, avec Kenny Barron comme seul compagnon pour partager ensemble le m\u00eame sens du lyrisme et y d\u00e9livrer un bouleversant chant du cygne. Dans mon livre tout un article est consacr\u00e9 \u00e0 ce coffret magique.<\/span><\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" style=\"border-radius: 12px;\" src=\"https:\/\/open.spotify.com\/embed\/album\/4OlI4YCwXMErm7HB1L6nmD?utm_source=generator\" width=\"100%\" height=\"352\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-testid=\"embed-iframe\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Billie Holiday<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>\u00ab\u00a0Chanteuses de jazz\u00a0? Il y a les autres et Billie Holiday\u00a0<\/em>\u00bb. Depuis cette phrase d\u00e9finitive de Boris Vian, l\u2019affaire est entendue\u00a0: Lady Day restera \u00e0 jamais pour moi et beaucoup d\u2019autres la plus directement bouleversante chanteuse de toute l\u2019histoire du jazz, l\u2019une des plus grandes \u00ab\u00a0musiciennes\u00a0\u00bb de tous les temps, un g\u00e9nie de l\u2019improvisation instantan\u00e9e qui remodelait \u00e0 l\u2019infini les chansons qu\u2019elle s\u2019appropriait. C\u2019est bien pour cela qu\u2019elle a droit \u00e0 quatre articles dans mon livre. \u00a0Mais il n\u2019y a pas que Billie. Il y aussi bien s\u00fbr Ella, Shirley Horn, Abbey Lincoln, Anita O\u2019Day, Helen Merrill et beaucoup d\u2019autres comme aujourd\u2019hui Youn Sun Na et Diana Krall. J\u2019aime beaucoup le jazz vocal auquel je consacre tout un chapitre\u00a0intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Toutes voix dehors\u00a0\u00bb. La voix est un dr\u00f4le d\u2019instrument invisible. C\u2019est un miroir qui ne triche jamais et ne pardonne rien. C\u2019est pourquoi cet impitoyable r\u00e9v\u00e9lateur des tr\u00e9fonds d\u2019une \u00e2me suscite toujours des r\u00e9actions tr\u00e8s contrast\u00e9es, de l\u2019adoration \u00e0 la d\u00e9testation, sans jamais passer par la case de l\u2019indiff\u00e9rence. <em>\u00ab\u00a0Quand vous chantez<\/em>, a dit Lennie Tristano, <em>vous ne disposez pas des b\u00e9quilles que sont les instruments, mais de vos seules oreilles pour vous guider. Il s\u2019agit alors de retrouver le feeling qui vibre entre les mots.\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0\u00c0 ce jeu, pour \u00eatre chanteur de jazz, mieux vaut \u00eatre chanteuse. A l\u2019exception de Frank Sinatra, Eddie Jefferson et Ray Charles, c\u2019est une \u00e9vidence, les ma\u00eetres chanteurs sont en grande majorit\u00e9 des\u2026femmes. Pourquoi\u00a0? La femme est plus courageuse que l\u2019homme. Elle n\u2019a jamais peur sous les projecteurs de se d\u00e9couvrir, se livrer, se d\u00e9livrer, corps et \u00e2me. Sans fausse pudeur, sans inhibition narcissique, elle ose et s\u2019expose \u00e0 travers \u00ab\u00a0sa\u00a0\u00bb voix, son grain, sa transparence, dans ses moindres glissements, f\u00ealures, intonations et explosions.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>John Coltrane, Ray Charles, Mingus et Dolphy, Ornette Coleman<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Les concerts de jazz marquants sont si nombreux\u00a0en plus de soixante ans ! J\u2019en raconte quelques-uns dans mon livre, surtout les premiers qui ont illumin\u00e9 et marqu\u00e9 ma jeunesse de jazz fan des <em>sixties<\/em>\u00a0: John Coltrane et Ray Charles \u00e0 l\u2019Olympia, Monk \u00e0 l\u2019Alhambra, Mingus et Dolphy au Th\u00e9\u00e2tre des Champs-\u00c9lys\u00e9es \u00e0 minuit, Sonny Rollins et Ornette Coleman \u00e0 la Mutualit\u00e9, George Russell Octet et le Second Quintet de Miles Davis \u00e0 Pleyel, etc. Plus tard, Bill Evans \u00e0 Cardin, le concert d\u2019adieu \u00e0 Paris d\u2019Ella au Palais des Congr\u00e8s, Eddy Louiss et sa fabuleuse Multicolor Feeling Fanfare \u00e0 Sevran dans le cadre de Banlieues Bleues, le dernier concert Stan Getz \u00e0 Marciac. J\u2019arr\u00eate l\u00e0 ma liste qui pourrait \u00eatre beaucoup plus longue.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>John Coltrane, Olympia, 17 novembre 1962 <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Citons ce que j\u2019\u00e9cris dans mon livre sur ce concert qui fut pour moi \u00ab\u00a0fondateur\u00a0\u00bb : telle une \u00ab\u00a0coupure \u00e9pist\u00e9mologique \u00bb comme disait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le philosophe gourou de la rue d\u2019Ulm, Louis Althusser, il d\u00e9termina dans mon existence d\u2019amateur de jazz un avant et un apr\u00e8s. Je garde encore en m\u00e9moire l\u2019empreinte fossile du big bang qu\u2019il provoqua en moi. Jamais un enregistrement ne pourra ressusciter l\u2019intensit\u00e9 magn\u00e9tique que d\u00e9gageaient sur sc\u00e8ne les quatre musiciens, ni reproduire la puissance \u00ab\u00a0physique \u00bb du son de cath\u00e9drale qui s\u2019\u00e9chappait du t\u00e9nor de Trane. Jamais il ne pourra aussi restituer la dimension visuelle de ce tsunami sonore, comme ces images d\u2019Elvin Jones, ses grimaces et grands moulinets dans l\u2019espace. Comment un disque pourrait-il faire revivre un tel tintamarre incendiaire ? Et pourtant&#8230;<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>Eddy Louiss, Barney Wilen, Bir\u00e9li Lagr\u00e8ne &amp; G\u00e9raldine Laurent<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Parmi les musiciens de jazz, il y eut des amiti\u00e9s avec d\u2019abord ceux qu\u2019il m\u2019a fallu, parce que je le voulais vraiment, apprivoiser, amadouer pour r\u00e9ussir \u00e0 gagner leur confiance, pas \u00e9vidente au d\u00e9part. Je pense \u00e0 Eddy Louiss, Barney Wilen, Bir\u00e9li Lagr\u00e8ne, Michel Graillier, Alain Jean-Marie, \u00c9ric le Lann et quelque autres. Il y aussi tous ceux avec qui la communication fut et reste tout de suite imm\u00e9diate, naturellement confiante et amicale. Je pense parmi les chers disparus principalement \u00e0 St\u00e9phane Grappelli, Martial Solal, Didier Lockwood, Michel Petrucciani. Chacun d\u2019eux a droit d\u2019ailleurs \u00e0 un portrait dans le livre. Chez les vivants, la liste est longue\u00a0: Fran\u00e7ois Jeanneau, Henri Texier, Daniel Humair, Laurent de Wilde, Emmanuel Bex, Pierre de Bethmann, Pierrick P\u00e9dron, G\u00e9raldine Laurent, M\u00e9d\u00e9ric Collignon, Manuel Rocheman etc. Chez les Am\u00e9ricains, mes plus belles rencontres furent avec Art Farmer auquel je consacre un long portrait, Pepper Adams, Frank Morgan, George Russell, Abbey Lincoln et Luther Allison.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">J\u2019aime les musiciens de jazz. Presque tous, m\u00eame les plus compliqu\u00e9s ou tortur\u00e9s, bourrus ou bougons. Souvent paranos, ingrats, forc\u00e9ment \u00e9gocentriques\u00a0; ne pas l\u2019\u00eatre serait une faute professionnelle\u00a0! Qu\u2019importe ! J\u2019aime leur monde rieur et joyeux, leur courage, liberte\u0301, fragilit\u00e9\u0301, force, folie, sinc\u00e9rit\u00e9\u0301, obstination, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9\u0301 sans fond. Ma plus grande fiert\u00e9 tout au long de mon activit\u00e9 au CIJ \u00a0(Centre d\u2019Information du Jazz), d\u2019\u00ab entremetteur du jazz\u00a0\u00bb est d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par les musiciens eux-m\u00eames au conseil d\u2019administration de l\u2019Union des musiciens de Jazz (UMJ) d\u00e8s sa cr\u00e9ation, et ce pendant plus de dix ans. Preuve qu\u2019ils ont s\u00fb me renvoyer l\u2019amiti\u00e9 que je leur porte.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt; color: #993300;\"><strong>\u00ab<em>\u00a0Le jazz est all\u00e9 plus vite que la musique.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Au fil du temps, plus que mon regard, c\u2019est mon \u00e9coute qui s\u2019est surtout aiguis\u00e9e et enrichie au fil des d\u00e9cennies. Pendant longtemps, comme l\u2019a dit Gerber, \u00ab<em>\u00a0le jazz est all\u00e9 plus vite que la musique.\u00a0Les r\u00e9ponses venaient d\u2019abord, les questions couraient derri\u00e8re. <\/em>\u00bb C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque h\u00e9ro\u00efque o\u00f9 il s\u2019inventait tous les jours dans un climat d\u2019effervescence cr\u00e9atrice toujours recommenc\u00e9e. Entre 1925, date des premiers chefs d\u2019\u0153uvre enregistr\u00e9s par Armstrong, et 1945, date de ceux publi\u00e9s par Charlie Parker, signant la r\u00e9volution du bebop, seulement vingt ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es. On a peine aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019imaginer. C\u2019est dire \u00e0 quelle vitesse cette musique a su se transformer et atteindre si rapidement l\u2019\u00e2ge adulte. De 1920 \u00e0 2020, le jazz a connu autant d\u2019avatars, sinon davantage, que la musique europ\u00e9enne entre Bach et Berg.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Le plus \u00e9tonnant, c\u2019est qu\u2019en un si\u00e8cle aucun des styles n\u00e9s au cours de son histoire n\u2019a vraiment disparu. Du New Orleans au free en passant par le swing, le bebop, le cool, le jazz rock, l\u2019\u00e9lectro jazz, ils se sont tous succ\u00e9d\u00e9s en une coexistence plus ou moins pacifique sans jamais se d\u00e9truire. J\u2019ai eu la chance de d\u00e9couvrir le jazz au d\u00e9but des ann\u00e9es 60 \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les Anciens \u00e9taient encore verts (Armstrong, Duke, etc.) et les Modernes en pleine explosion cr\u00e9atrice (Mingus, Monk, Rollins, Coltrane, etc.). Il m\u2019a donc fallu apprivoiser et \u00e9duquer mes oreilles \u00e0 passer en un temps record de Sidney Bechet \u00e0 Albert Ayler, de Maxim Saury \u00e0 Martial Solal. \u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\">Aujourd\u2019hui, ce qui a le plus chang\u00e9 \u00e0 mes yeux, ce n\u2019est pas \u00e0 vrai dire le jazz mais son public. Il y a soixante ans, il \u00e9tait jeune, masculin, enthousiaste, bruyant et col\u00e9rique. Aujourd\u2019hui plut\u00f4t \u00e2g\u00e9, presque paritaire, sage et respectueux. J\u2019aime \u00e0 dire avec un brin de provocation que le jazz est jou\u00e9 aujourd\u2019hui par des musiciens de plus jeunes (et brillants) pour un public de plus en plus vieux. Je constate avec tristesse qu\u2019\u00e0 l\u2019exception des n\u00e9crologies la pr\u00e9sence m\u00e9diatique du jazz dans les journaux g\u00e9n\u00e9ralistes se r\u00e9duit d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e. Mais je reste n\u00e9anmoins optimiste sur son avenir. Pourquoi\u00a0? Parce que cette musique de braconnage perp\u00e9tuel n\u2019est pas une forme pure. C\u2019est un m\u00e9lange par essence, une mouvance n\u00e9buleuse aux contours tr\u00e8s pr\u00e9cis et aux limites tr\u00e8s floues. Comme l\u2019a dit mon ami Alex Dutilh<em>, \u00ab\u00a0<\/em>l<em>e jazz est un vampire m\u00e9tis qui, depuis sa naissance, suce le sang des autres musiques pour se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer, Tous les dix ans on annonce sa mort et tous les dix ans il s&rsquo;invente une nouvelle jeunesse. Le jazz a les rides de ses h\u00e9ros disparus et affiche le sourire juv\u00e9nile de ceux qui regardent le futur droit dans les yeux.\u00a0\u00bb.<\/em> On ne saurait mieux dire.<\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Propos recueillis par Franck M\u00e9dioni<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\"><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<h1><span style=\"font-size: 14pt;\"><em>Pourquoi j\u2019aime le jazz<\/em> &#8211; <em>Ecrits sur le Jazz et autres exercices d&rsquo;admiration<\/em> de Pascal Anquetil (<a href=\"https:\/\/www.fremeaux.com\/fr\/7873-pourquoi-j-aime-le-jazz-9782382833759-fal3375.html\">\u00c9ditions Fr\u00e9meaux<\/a>) a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en mars 2026.<\/span><\/h1>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Celui qui aime le jazz Avec son livre Pourquoi j\u2019aime le jazz, le journaliste Pascal Anquetil signe en une s\u00e9rie de pr\u00e9cis d\u2019admiration un plaidoyer fort et \u00e9rudit sur la&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":329,"featured_media":45604,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[],"class_list":{"0":"post-45598","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-a-la-une"},"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45598","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/329"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45598"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45598\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":45608,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45598\/revisions\/45608"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/45604"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45598"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45598"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45598"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}