{"id":4546,"date":"2016-05-23T12:10:25","date_gmt":"2016-05-23T11:10:25","guid":{"rendered":"http:\/\/couleursjazz.fr\/site\/fr\/?p=4546"},"modified":"2016-06-12T23:55:31","modified_gmt":"2016-06-12T22:55:31","slug":"only-kurt","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/couleursjazz.fr\/fr\/only-kurt\/","title":{"rendered":"Seulement Kurt"},"content":{"rendered":"<p><strong>Il n\u2019est pas commun pour un festival de pr\u00e9senter deux ann\u00e9es cons\u00e9cutives le m\u00eame nom dans son programme. C\u2019est pourtant ce qu\u2019a fait cette ann\u00e9e (2015), le Festival International de Barcelone, en agrippant par le bras le guitariste am\u00e9ricain Kurt Rosenwinkel, pour lui demander de revenir jouer une fois encore, le mercredi 18 novembre, dans la ville m\u00e9diterran\u00e9enne qui, en automne, s\u2019habille en jazz. Il ne faisait aucun doute que le succ\u00e8s serait au rendez-vous, car le concert que Rosenwinkel donna l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, avec le Matosinhos Jazz Orchestra, n\u2019avait rien \u00e0 voir avec celui de cette derni\u00e8re \u00e9dition.<\/strong><\/p>\n<p>Le temps froid tente alors de p\u00e9n\u00e9trer Barcelone, mais ce n\u2019est pas encore le moment. \u00c0 la place, s\u2019installe le Festival de Jazz qui se r\u00e9pand dans toute la ville entre le 26 septembre et le 11 d\u00e9cembre. \u2026\/\u2026<\/p>\n<p>Kurt Rosenwinkel arrive directement du Jazz Institute de Berlin, o\u00f9 il y enseigne la musique.<\/p>\n<p>Cette fois, \u00e0 l\u2019inverse de l\u2019ann\u00e9e pass\u00e9e, le guitariste de Philadelphia appara\u00eet seul en sc\u00e8ne dans L<em>\u2019Auditori <\/em>de Barcelone. Ou peut \u00eatre pas si seul\u2026 Sa guitare, et plusieurs \u00e9quipements sonores l\u2019accompagnent. Amplificateurs,synth\u00e9tiseurs, mixeurs. Un clavier, un iPad fonctionnant comme un lutrin, la pomme illumin\u00e9e de son MacBook attend sur la table, enterr\u00e9 sous un monceau de c\u00e2bles.<\/p>\n<p>Une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s sp\u00e9ciale. Mystique ? Tous ces attirails \u00e9lectroniques forment un cercle autour d\u2019une chaise encore vide. Une esp\u00e8ce d\u2019autel, pr\u00eat pour un rituel pa\u00efen au milieu de la for\u00eat. La lumi\u00e8re bleue sombre, projet\u00e9e sur les murs, nourrit l\u2019attente, transform\u00e9e en sorte de transe.<\/p>\n<p>Il arrive alors, v\u00eatu de couleurs claires, pantalons larges, chaussures de sport noires et d\u2019une simple chemise. Applaudissements enrag\u00e9s. Il sourit. Mais quelles<\/p>\n<p>bonnes vibrations. Il regarde la guitare. Il la caresse. Elle parle\u2026 et lui aussi. Il l\u2019accompagne, chante avec elle. Doucement, pas fort, presque imperceptiblement, presque comme si il s\u2019agissait d\u2019un tic. Mais le microphone trahit l\u2019intimit\u00e9 de ce chant personnel, pas destin\u00e9 \u00e0 devenir public. Et \u00e9tonnamment, la projection de ce cantique, ce murmure doux et chaleureux, devient spectaculaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_3409\" style=\"width: 690px\" class=\"wp-caption alignnone\"><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/maxresdefault-1-e1463996487802.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3409\" class=\"size-full wp-image-3409\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/maxresdefault-1-e1463996487802.jpg\" alt=\"\u00a9 tous droits r\u00e9serv\u00e9s\" width=\"680\" height=\"383\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3409\" class=\"wp-caption-text\">\u00a9 tous droits r\u00e9serv\u00e9s.<\/p><\/div>\n<p>Sa voix m\u00eal\u00e9e aux g\u00e9missements de sa guitare vient du moment o\u00f9 Rosenwinkel d\u00e9cide de donner un tournant \u00e0 sa production artistique apr\u00e8s une crise qu\u2019il a connue au milieu de sa carri\u00e8re. Il se sentait d\u00e9connect\u00e9 de la musique et d\u00e9cida de changer ce qu\u2019il faisait. Il modifia alors les r\u00e9glages de sa guitare et commen\u00e7a \u00e0 chanter avec elle.<\/p>\n<p>De ce changement est sorti <em>Zhivago<\/em>, dans l\u2019album The Next Step\u00a0; il deviendra l\u2019une des chansons les plus acclam\u00e9es de sa carri\u00e8re.<\/p>\n<p>Peut \u00eatre se sentait-il plus lui-m\u00eame comme \u00e7a?<\/p>\n<p>En effet, on dirait. On pourrait m\u00eame le ressentir. Et \u00e0 cela, il faut ajouter le jeu de lumi\u00e8res de l\u2019Auditori. Toujours sublime, les lumi\u00e8res changeaient, tout en entourant le musicien d\u2019une aura spirituelle.<\/p>\n<p>Cette voix au niveau du sol, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la guitare et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des jeux d\u2019\u00e9chos, r\u00e9p\u00e9titions, r\u00e9verb\u00e9rations. Les conversations entre synth\u00e9tiseurs, amplificateurs et claviers s\u2019\u00e9tendent. Les minutes passent, les heures passent, et\u00a0Rosenwinkel encha\u00eene <em>avec Imaginary Friend, State of the Heart<\/em>, la beaut\u00e9 moche de Thelonious Monk avec sa <em>Ugly Beauty<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/maxresdefault1-e1463996612927.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-3410\" src=\"http:\/\/couleursjazz.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/05\/maxresdefault1-e1463996612927.jpg\" alt=\"KR\" width=\"680\" height=\"386\" \/><\/a><\/p>\n<p>Les doits virevoltent, le niveau technique est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9. Sans stress. Maintenant il joue la m\u00e9lodie initiale, puis petit touch\u00e9 sur l\u2019iPad et\u2026 surprise, les notes se r\u00e9p\u00e8tent, en boucle. Encore et encore. Et lui, il commence \u00e0 improviser sur elles. Il a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 cinq th\u00e8mes et il ne semble pas du tout fatigu\u00e9, car tandis qu\u2019il fait g\u00e9mir sa guitare d\u2019une main, l\u2019autre caresse le clavier. Il laisse les hurlements de ce dernier se r\u00e9p\u00e9ter et il retourne, avec toute sa concentration, aux cordes de sa guitare qui s\u2019accorde automatiquement.<\/p>\n<p>Et il continue comme \u00e7a, en d\u00e9pla\u00e7ant ses mains comme si elles \u00e9taient des tentacules : du clavier \u00e0 l\u2019iPad, de l\u2019iPad au clavier, du clavier aux cordes&#8230;<\/p>\n<p>Il se balance un peu, se l\u00e8ve. Il ferme les yeux. Il a un tic qui lui fait tr\u00e9sailler les sourcils. Mais au d\u00e9but, quand le temps de r\u00e9action est insuffisant, ces mouvements nerveux gagnent son front tout entier qui semble \u00eatre m\u00fb par le rythme des accords qu\u2019il tresse.<\/p>\n<p>Un concert qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec celui que Rosenwinkel donne accompagn\u00e9 de son groupe, le Matosinhos Jazz Orchestra qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 Barcelone lors de l\u2019\u00e9dition pr\u00e9c\u00e9dente et qui remplit la salle Barts.<\/p>\n<p>Le concert vient de finir. Il part, mais les applaudissements l\u2019attirent \u00e0 nouveau sur sc\u00e8ne. Avant de jouer, avant de prendre sa guitare en main, il parle des attentats du 13 de novembre \u00e0 Paris. Il parle d\u2019un copain pianiste qu\u2019il conna\u00eet l\u00e0-bas, et il reproduit la conversation :<\/p>\n<p>-Man, this world is crazy. (Mec, ce monde est fou)<\/p>\n<p>-I know, I know\u2026 It\u2019s terrible. (Je sais, je sais\u2026C\u2019est terrible)<\/p>\n<p>-What can we do? (Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire?<\/p>\n<p>-Well mate\u2026 I guess play well! (Bah mec\u2026 J\u2019imagine, jouer bien !<\/p>\n<p>Peut \u00eatre que Kurt devra chercher autre chose \u00e0 faire pour changer le monde, car il joue d\u00e9j\u00e0, bien. Tr\u00e8s bien, m\u00eame.<\/p>\n<p><em>(Original publication in<\/em><strong> <a href=\"http:\/\/elcorso.es\/solo-kurt\/\" target=\"_blank\">El Corso\u00a0<\/a><\/strong>)<\/p>\n<p>https:\/\/youtu.be\/lrhFig6VRMo<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019est pas commun pour un festival de pr\u00e9senter deux ann\u00e9es cons\u00e9cutives le m\u00eame nom dans son programme. 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